dimanche 7 avril 2013

Trash Barthes : Happy Radi


Le livre de Fabienne Radi – Ça prend – est publié par le Mamco, autrement dit le musée d’art moderne et contemporain de Genève, mais a priori on doit pouvoir le trouver ici, sinon voyez avec votre libraire, il se fera un plaisir de vous le commander, ça le changera des nuances de Grey. Bon, vous connaissez tous le livre de Roland Barthes, Mythologies ? J’en vois qui ne lèvent pas la main, pas grave, les cours de rattrapage sont là pour ça. Bref, dans Mythologies, le sémioticien s’attaquait à des mythes modernes, comme la DS, les photos d’écrivains contemporains, etc. Eh bien Fabienne Radi prend la relève et débusque des mythes plus récents, plus retors, aussi, des infra-mythes, même, voire des non-mythes, tant qu’à faire, mais dans une langue un tantinet plus décomplexée, avec dans ses bagages un peu de Judith Butler et une once de Fredric Jameson, quelques grammes de Deleuze, et bien sûr pas mal de pincée de Barthes. A la différence de ce dernier – dont elle dit : « Si Dieu existe ; j’aimerais qu’il parle comme Roland Barthes et chante comme Robert Wyatt » –, Radi bénéficie d’une gouaille impertinente qui lui permet de dire des choses intelligentes tout en faisant la mariole. Forcément, on adore.
Les sujets abordés brillent, non, rutilent ! par leur diversité. Qu’il s’agisse des picket fences, en lesquels elle devine un avatar du rail, qu’elle cause du style échevelé du cuistot british Jamie Oliver (« un mec cool, on vous a dit ») ou des jambes que l’homme écarte pour asseoir sa virile présence et que détourne/reprend/relance une Madonna baudrillardisée, Fabienne Radi a sa méthode : elle expose, digresse, déconne, colle le sujet au train, le pousse dans les escaliers, procède par grands écarts selon un instinct joyeux. Rhizome can be fun, you know.
Icônes (Stallone et les quartiers de viande), représentations (Monroe/Russell), objets (quelques pages définitives sur la raquette électrique anti-mouches, avec détours par Deleuze et Foster Wallace), ou mots (la prononciation de « transsubstantiation » ou les évocations liées au Black Mountain College) : Radi fonce et décortique, l’allure est vive et le sérieux en notes de bas de page. C’est de la pop sociologie, si l’on veut, mais bordélique (à dessein), tantôt punk tantôt ludique – du Barthes trash, quoi (ou du Baudrillard en rollers, comme vous voulez).
Allez-y voir. C’est radissant à souhait. Avis aux éditeurs français : be smart, les gars :: passez-le en poche.
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Fabienne Radi, Ça prend – art contemporain, cinéma et pop culture, éd. du Mamco, 22€

4 commentaires:

  1. Et le proprio "nouveau" à l'avenant, contrevenant, printanier, parfait.

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  2. Ici: http://www.lespressesdureel.com/ouvrage.php?id=2727&menu=4

    et

    ici: http://www.fabienneradi.ch/index.php?/carrement-edites/ca-prend-/

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