Timothée Zourabichvili, ou le plomb changé en or
Plomb , le premier roman de T imothée Zourabichvili , fait assurément partie de ces rares surprises dont a grandement besoin la littérature contemporaine. Non content de travailler une matière en apparence raréfiée (un jeune homme et une jeune femme dans leur brutale nudité et leur descente aux enfers), un décor minimaliste (une chambre, une rue, un terminus de bus…), un dialogue impossible, il enferme le lecteur dans les têtes tantôt crispées tantôt en vrac de ses deux protagonistes. Ici, le principe du "boy meets girl" se change en un drame sordide où Adam et Ève se résument à deux corps perdus, oscillant entre violence, oubli, déni, effroi, silence, rejouant sur fond de grisaille l'éternel Massacre des Innocents. L'histoire? Il a couché avec elle, à la faveur d'une permission, et neuf mois plus tard le fruit de leur triste fornication devient un problème à régler. Ce qui fait l'incomparable puissance du livre c'est le parti pris grammatical assez gonf...




