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mercredi 20 mai 2015

Brian Evenson à Rennes: un corps en colloque

Jeudi 21 et vendredi 22 mai, le département d'anglais de l'Université Rennes 2 se penchera sur le cas Brian Evenson, un des auteurs phares de la collection Lot 49, publié par le cherche midi éditeur, qui a édité à ce jour sept de ses livres, dont voici les titres:




Père des mensonges, Le Cherche midi, 2010 (Father of Lies, 1998) – trad. Héloïse Esquié

La Confrérie des mutilés, Le Cherche midi, 2008 (The Brotherhood of Mutilation, 2003) – trad. Françoise Smith

Inversion, Le Cherche midi, 2006 (The Open Curtain, 2006) – trad. Julie et Jean-René Etienne

Baby Leg, Le Cherche midi, 2012 (Baby leg, 2009) – trad. Héloïse Esquié

La Langue d'Altmann, Le Cherche midi, 2014 (Altmann's Tongue, 1994) – trad. Claro

Contagion, Le Cherche midi, 2005 (Contagion and Other Stories, 2000) – trad. Claro

(mais aussi, en collection Neo: Alien, no exit, trad. Héloïse Esquié)

***

Ce colloque internationale, qui durera deux jours, sous l'égide de Sylvie Bauer, Nawelle Lechevalier-Bekadar et Florian Tréguer, devrait permettre de mieux approfondir – en présence de l'auteur, précisons-le – l'univers particulièrement troublant d'un écrivain américain, héritier de Kafka et Beckett, qui manie l'humour noir et célèbre les noces de la différence et de la répétition au fil de ses livres. Pour ce faire, outre de nombreux universitaires et traducteurs (parmi lesquels l'excellente Anne-Laure Tissut et Marc "O Captain ! My Captain"  Chénetier), Antoine Volodine et moi-même seront présents et parés en veux-tu en voilà pour la mutilation. Je reprends ici le texte de présentation proposé par Rennes2:

"Eventrés, éclatés, démembrés, les corps de Brian Evenson sont ramenés à leur matérialité la plus élémentaire. Au fil de ses nouvelles et romans l'auteur met en scène des corps mutilés à l'extrême qui dans leurs contorsions douloureuses rappellent d'autres corps, ceux de Francis Bacon, des corps obscènes et abjects réduits à l'état de chair informe.  Ces corps qui portent les stigmates des ravages du mormonisme viennent critiquer de façon acerbe les dérives du fanatisme religieux. Plongés au cœur d'élucubrations mystiques, les personnages qui traversent la fiction d'Evenson viennent littéraliser les écritures saintes, dont le corps se fait le support privilégié. Cette empreinte dans le corps du discours religieux constitue l'un des tenants esthético-moraux saillants de la production complexe et protéiforme de Brian Evenson. Ces corps ainsi anéantis, vidés de toute transcendance se font les oracles muets de l'asignifiance du monde. Ils mettent en cause un rapport particulier entre le monde et sa représentation par le langage qui semble se faire sur le mode de la déchirure. On pourrait parler de langage de la cruauté pour qualifier cet usage unique et inquiétant des mots qui viennent blesser les corps et empoisonner l'intélligibilité du réel. Si la notion de corps constitue un point nodal de l'oeuvre d'Evenson, elle ne forme qu'un point d'entrée non exclusif dans cette production étrange et violente."

Pour le détail des réjouissances, c'est ici.







lundi 24 novembre 2014

Volodine et les roquets

On ne va pas épiloguer sur l'émission radiophonique Le Masque et la Plume, qui a depuis longtemps confondu pseudo-irrévérence et vulgarité assumée, fausses postures et vrais ressentiment, mais force est de constater qu'à chaque fois, à part quelques audaces vite châtrées, il s'agit, globalement, de se "moquer" de la littérature. De ricaner du fond de son ignorance. D'ériger le péremptoire en lampadaire et de s'y soulager à sa faible lumière.

En les écoutant parler l'autre jour de Terminus radieux, le roman de Volodine ayant décroché le Médicis, on a donc pu, une énième fois, assister à ce si français carnaval de la bêtise qui fait se gondoler les panses et enfler les "cerveaux".

Qu'ont-ils dit, ces critiques éclairés dont la verve semble se tendre à elle-même un miroir orné de lampions. Que le roman de Volodine était d'une "lecture ardue" (Garcin) – mais que "ce n'était pas grave" (ceux qui le défendaient). Passons sur la sortie d'Arnaud Viviant, d'une virulence grotesque et complaisante, où l'éructation confina au haut-le-cœur, où le tapage de cuisses parut l'inverse démesuré de l'applaudissement. Même ceux qui cherchaient à défendre Volodine se sentaient impuissants face au mépris goguenard de Garcin et consorts. Que retenir alors de cette levée de boucliers contre Volodine? Dans le fond, rien. Sur Volodine, ils n'avaient rien à dire: juste des sensations, des boutades, des insultes. C'était censé être drôle, je suppose. Mais en fait, ce qui se jouait là une fois de plus, ce n'était rien d'autre que la haine de la littérature dès lors qu'elle s'incarne dans un projet souterrain et perdure à l'écart du cirque promotionnel ; une haine de tout ce qui se fait dans l'ombre et accède soudain à la (relative) lumière. Comme l'a souligné d'emblée Garcin, "avant ce prix personne d'ailleurs quasiment ne l'avait lu". On sent bien ce que signifie ce "quasiment", quel clivage il célèbre. Mais voilà qu'un prix lui est décerné, et là c'est la curée.

Pourtant, le véritable tour de force de ceux qui ce jour-là ont insulté Volodine et son œuvre (et ses lecteurs, tant qu'à faire) fut le suivant: établir clairement et sans complexe la supériorité de la raillerie poisseuse et hoquetante sur une œuvre jugée "ardue". Répondre à la complexité par la simplification. Passer du "ce n'est pas ma tasse de thé" à "ça sent la bile". Au vu de l'incroyable et obscène véhémence mise en branle, on est contraint de s'interroger: comment se fait-il que la littérature la plus discrète qui soit paraisse à ce point dérangeante à ces "esprits chagrins"? Serait-ce justement sa discrétion, son travail de sape, qui l'ait rendue aussi odieuse aux yeux de ces grosses têtes qui n'ont rien à envier Philippe Bouvard et sa clique?

En fait, il aura suffi d'un prix littéraire pour qu'un écrivain, qui par ailleurs s'est toujours "méfié" du milieu littéraire, soit livré en pâture à quelques histrions. Comme si ces fiers masqués et cocasses emplumés n'avaient pas supporté que, soudain, l'inestimable ait un prix. Le lecteur, même s'il fait partie du "quasiment personne", en tirera les conclusions qui s'imposent.






vendredi 20 juin 2014

La rentrée avant la rentrée

Ils arrivent.
Ils sont arrivés.
Qui ça?
Mais les livres de la rentrée, voyons. Écrits, imprimés, signés, envoyés, par troupeaux entiers ils se fraient un chemin dans les rédactions et les boîtes aux lettres. Ils trépignent déjà, mais devront attendre fin août pour se ruer dans les librairies. J'ai eu la chance d'en recevoir quelques-uns, et je compte bien les dévorer cet été. Les attachées de presse insistent pour qu'on n'en parle pas avant parution, mais bon, on peut toujours contourner la loi et s'offrir le plaisir du teaser… Au programme, donc, pour l'instant: 

Tristesse de la terre, d'Eric Vuillard. Sous-titré "Une histoire de Buffalo Bill Cody", et paraissant dans la collection "Un endroit où aller", aux éditions Actes Sud, ce récit d'environ cent cinquante pages s'interroge sur la notion de spectacle à travers le phénomène du Wild West Show.

Goldberg: Variations, de Gabriel Josipovici, éd. Quidam, traduit de l'anglais par Bernard Hoepffner. Paru en 2002, ce roman de Josipovici, dont vous avez peut-être déjà lu Tout passe et Moo Pak, est une ode aux vives et aux vertus de la lecture, à la conversation et à quelques bonshommes comme Shakespeare et Homère.

Le soleil, de Jean-Hubert Gailliot, éd. L'Olivier. 530 pages, une table des matières de 6 pages, avec une petite centaine de pages imprimées sur du papier rose: l'objet intrigue. Il y est question d'un manuscrit volé. Chouette.

Les barrages de sable, traité de castellogie littorale, de Jean-Yves Jouannais, éd. Grasset. Vingt textes, stimulants, surprenants, libres, qui parle de castramétration, de Cadiot, de bibliothèque rose. 

Selon Vincent, de Christian Garcin,  éd. Stock. Quatre récits séparés par le temps et l'espace, mais avec pour pivot un drame commun. On salive d'avance.

Terminus radieux, d'Antoine Volodine, éd. Seuil. Six cents pages au fin fond d'une Sibérie radioactive où le rêve s'obstine. "Il n'y a plus d'araignées, dit Hannko Vogoulian." Brrr.

L'envoleuse, de Laure des Accords. Un premier roman magnifique qui sort aux éditions Verdier – un texte soleil noir, hanté par la prose de Rimbaud, épiphanique à souhait jusque dans l'écriture.

Voilà voilà. Ça fait déjà pas mal de lecture, non? Mais bon, j'ai peur que ça ne suffise pas à remplir mon été. Alors, si jamais des éditeurs ou des attachées de presse bienveillant(e) lisent ce blog, qu'ils/elles sachent que je serais ravi de recevoir les nouveautés des auteurs suivants: David Foenkinos, Jean-Marie Rouart, Olivier Adam, Frédéric Begbeider, Aurélien Bellanger. Allez, je promets même de ne pas en parler sur Le Clavier cannibale si je les reçois.