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jeudi 5 janvier 2017

Une femme léopard à Charybde



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"Ce livre fait partie d’une histoire familiale plus vaste, un système circulatoire comportant des morphinomanes et des héroïnomanes, des réfugiés, des comtes ioniens, une des plus riches familles des Etats-Unis ayant dilapidé sa fortune en essayant de ressusciter le théâtre grec antique, des Juifs lithuaniens, une demi-douzaine de musiciens, un peintre, plusieurs poètes (dont l’un candidat au prix Nobel) et des lesbiennes, des trafiquants d’opium, des faussaires, des serveuses, des entraîneuses de bastringue, une effeuilleuse du nom de Melena la Fille-Léopard (un de ses nombreux noms de scène), et un nain (un de ses cinq époux), qui tous  finirent par échouer sur les rivages de notre patrie américaine. Cette histoire débute en des temps et des lieux ignorés de nous – dans les plaines ambrées d’Anatolie, sous la lumière dorée de l’Attique,  dans les ombres de la Forêt Noire, avec des mariniers et des beaux esprits –, serpente à travers les premiers arpents de l’histoire écrite sur ce continent, parcourt l’Europe bohème et l’Amérique, et s’écrase contre l’histoire ordinaire de tous ces gais projets familiaux qui ont mal tourné."

Ainsi débute Animale machine, d'Eleni Sikelianos, qui paraît cette semaine en traduction aux éditions Actes Sud – certains d'entre vous ont peu-être lu Le Livre de Jon, dans lequel l'auteure explorait l'image-souvenir, à jamais diffractée, de son père. Dans Animale machine, la figure centrale bien que sans cesse décalée est sa grand-mère Melena, la Fille-Léopard. Des faubourgs de Smyrne au désert américain, des soirées bouzouki aux pierres semi-précieuses du rêve, Eleni Sikelianos s'attache à l'ombre fuyante de cette "féline" insaisissable, en tissant documents d'époques, récits fragmentaires, poèmes, digressions, souvenirs, entretiens, créant ainsi un vivant cabaret mnésique pour que danse une fois de plus Melena, et avec elle d'autres femmes fortes.

A l'occasion de la venue d'Eleni Sikelianos, à Paris, une rencontre-lecture à ne pas manquer :
le samedi 7 janvier 2017
Rencontre avec Eleni Sikelianos
à la libraire Charybde – 19h
129 rue de Charenton, 75012 Paris
(en présence de son éditrice et de son traducteur)
Venez nombreux!

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Eleni Sikelianos, Animale machine, traduit de l'anglais (Etats-Unis) par Claro, éd. Actes Sud

Note: Rappelons que, outre Le Livre de Jon et Animale machine, plusieurs recueils d'Eleni Sikelianos ont été traduits en français par les soins de Béatrice TrotignonLe poème Californie et Du soleil, de l'histoire, de la vision (éd. Grèges) – un autre recueil est en préparation. Par ailleurs, la librairie Charybde a déjà reçu Eleni Sikelianos, lors de la parution du Livre de Jon, le 16 mai 2012. 


vendredi 11 mai 2012

Eleni Sikelianos: Dans la ménagerie du temps et de l'espace

Le mercredi 16 mai, à 19h, la librairie Charybde (129 rue de Charenton, 75012 Paris) aura le plaisir d'accueillir ELENI SIKELIANOS, de passage à Paris. En compagnie de ses traducteurs Claro et Béatrice Trotignon, l'écrivaine américaine nous parlera du poignant  Livre de Jon (Actes Sud), et de son magnifique Poème Californie (Editions Grèges). "Une occasion rare de rencontrer une auteur atypique, baignant depuis l'enfance dans une impressionnante multi-culture littéraire, et capable d'en extraire régulièrement de la force et du sens" (dixit Hugues Robert, un des libraires de Charybde, qui en parle également sur le site senscritique). On lira des extraits de son œuvre, on parlera de l'absolue nécessité de la poésie, on trinquera aux "étoiles ténébreuses, censées dispenser la nuit"…

Le Livre de Jon est un scrap-book poétique et mental, où les membres épars du père ont droit à une ultime charade, un anti-portrait fait d'éclats et de fils, où les souvenirs sont traités comme des pulsations, où le verbe ne cherche pas à dire mais à traverser, effleurer, secouer. Au cœur du deuil de l'exhaustive mémoire, l'auteur traque non pas le père mais son empreinte fracturée dans l'enfance et l'absence. Jon, comme autant de versions de lui-même, partagées ou inconciliables, distant à soi, à la fois tourbillon tourbillonnant à l'héro, rêveur impénitent, ludion fâché avec la permanence et la volonté, point devenu confetti dans la nouvelle parade géométrique orchestrée par Eleni Sikélianos. 

Le Poème Californie, dont une partie était déjà parue dans le recueil Du soleil, de l'histoire, de la vision, est un poème-monde dont la traductrice, Béatrice Trotignon a su nous rendre la dimension baroque et charnelle. Géographique par sa matière mais épique par son ambition, Le Poème Californie est un de ces livres inépuisables sur l'Amérique, comme le célèbre Mobile de Michel Butor, un livre bousculé et whitmanien, "libre et ondoyant", tout en cadences et scories, où plantes et bêtes ne cessent d'échanger leurs intensités:
"Instructions: Ecris la scène de la mort du personnage, le personnage
Californie, quelles seraient les pensées
du Personnage Californie, quelle
aigrette s'envolant
du lac, quel regret?"
(Eleni Sikelianos est l'arrière-petite fille du grand poète grec, Angelos Sikelianos. Elle est aussi l'épouse du romancier Laird Hunt, que publie Actes Sud.)