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mardi 13 septembre 2016

Par ici l'âme honnête: Adely en caisse

Dépensier: ainsi est l'homme, contraint de rythmer sa vie en achats pour vivre. Chemin faisant, il nous faut, inlassablement, nous désargenter, en échange de quoi des biens s'invitent dans notre vie, nos yeux, notre ventre. Et pendant ce temps, on s'en doute, tourne le manège du monde, qui fonctionne à l'économique et au carnage, souvent aux deux. La littérature n'est pas toujours à même de dire la dépense, autre qu'orgiaque, et voilà pourquoi le livre d'Emmanuel Adely, Je paie, devrait retenir votre attention. Je paie: ça ne veut pas dire seulement, bien sûr, je débourse, mais également je donne de moi, je me dépouille, me déleste. Sauf qu'ici c'est moins du fric qu'on claque que des claques qu'on reçoit.

jeudi 23 décembre 2010(L'ensemble des frais liés aux découverts assure aux banques plusieurs milliards d'euros de revenus par an, deux milliards d'euros annules selon Le Canard enchaîné.)
j'achète 46,90 un sapin Nordman et une bûche au Carrefour Du positif chaque jour, à 11:13:32; total: 46,90€

Je résume: Je paie est le récit circonstancié et minutieux de toutes les dépenses effectuées par l'auteur entre le 1er septembre 2005 et le 31 décembre 2015, et ce récit s'accompagne de "bulletins", disons d'information, qui sont la trace "objective" d'événements survenus dans le monde. Le principe de juxtaposition, emporté par la lecture fascinée, transforme ce qui pourrait être une sèche recension ménagère en épopée de la dépense. D'un côté, la course du monde; de l'autre, le monde des courses. La folie globale au coude à coude avec le délestage quotidien. Pas seulement pour nous rappeler que tout ou presque a un prix, que notre portefeuille s'ouvre plus souvent que nos gueules. Pour dire, concrètement, la singularité de chaque achat et son éternel retour, dans nos vies cadencées.

mercredi 6 juillet 2011je n'achète rien

Le lecteur, confronté à cette énorme et formidable machine qu'est Je paie, devra s'inventer un chemin, qu'il pourra tenter patient et horizontal ou tout en coups de sonde. Il pourra faire ses emplettes biographiques et tenter d'élaborer un portrait de l'auteur en consommateur, ou suivre l'augmentation du coût des choses, ou se laisser dériver au gré poétique de ces énumération si concrètes qu'elles en deviennent farfelues. Il pourra additionner des morts et des coca, des malversations et des parkas. Savourer, dans la précision, la part de confusion. Se repasser le film tendu des dix dernières années. Chercher des dates précises. 

jeudi 12 avril 2012(De l'iode radioactive a été détecté dans les algues au large de la côte ouest des Etats-Unis, conséquence de la catastrophe nucléaire de Fukushima.)
je paie 26,90 € d'abonnement Bouygues pour solal par prélèvement; total: 26,90€

Ce qui est sûr, c'est que Je paie n'est pas un coffee table book, un de ces livres qu'on laisse traîner sur la table basse entre un flacon d'essence à briquet (6,50€) et deux bouteilles de Freixenet (11€- j'ai vérifié, c'est un vin pétillant des côtes catalanes et Adely en achète fréquemment). Je paie est un livre ouvert, qui semble continuer à s'écrire, et c'est sans doute le premier et le dernier roman réaliste. Mais c'est aussi, à sa façon, un traité de désespoir et un bréviaire affolé. Il ne cache rien mais ne dit pas tout, étant fondé sur un principe absolu: nous ne sommes pas ce que nous achetons. Nous sommes cachés dans nos achats. Ou plutôt: nos achats nous cachent. Une partie de cash-cash – en sommes.

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Emmanuel Adely, Je paie, éd. Inculte, 23,90€

jeudi 5 novembre 2015

Mon autobiographie enfin rééditée !

Dans mes livres, j'ai toujours pris soin de ne rien révéler de moi-même, faisant barrage à l'intime, préférant des voies/voix détournées pour explorer les profondeurs troubles et grisantes de la psyché et les ressorts charnus et maniaques du corps. Et puis un jour, avec l'âge – j'aurai bientôt trente-huit ans… –, j'ai pris conscience qu'il manquait à mon œuvrette la note personnelle qui aurait pu leur valoir une plus vaste audience et leur garantir un retentissement plus retentissant. J'ai donc décidé d'écrire mon autobiographie, de tout dire, de ne rien cacher, bref, de mettre mon âme à nu. L'écriture de ce livre fut longue et pénible, mais, une fois la pudeur rejetée et la vanité bridée, j'ai réussi à mener à terme ce qui est selon moi un de mes projets les plus ambitieux. A sa sortie en 2012, mon livre-confession a connu un succès très modeste, mais heureusement, suite sans doute à sa récente traduction en coréen, il vient de paraître en édition de poche et je ne désespère pas de voir son lectorat enfler à vue d'œil. Bref, si vous voulez en savoir plus et mieux sur l'auteur de ce blog où les bisounours finissent systématiquement étripés, je vous conseille de vous lancer à corps perdu dans la lecture palpitante de mon édifiante autobiographie, que publient ces jours-ci les éditions Tom'Poche, et qui a pour titre Qui veut sauver le caïmantoultan. L'ouvrage est généreusement illustré par Nathalie Choux. En voici, pour les curieux, les grandes lignes:
Caïmantoultan est un drôle d’alligator, du genre râleur mais pas méchant... Avec lui, on a toujours tort. Aussi, préfère-t-il rester seul à bouder sous son gros tas de feuilles ou caché dans les eaux troubles du fleuve. Mais avoir mauvais caractère n’est pas ce qu’il y a de mieux pour se faire des amis, et Caïmantoultan en aura besoin d’… amis ! Un album pour aider les petits (les plus grands !) râleurs a retrouver le sourire !!