vendredi 26 avril 2019
jeudi 9 février 2017
La structure est pourrie, camarade
jeudi 5 janvier 2017
Une femme léopard à Charybde
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mardi 22 novembre 2016
Pas les mains vides
"Ayant décidé d’écrire la biographie romancée d’un anthropologue russe – un certain Nikolaï Mikloukho-Maklaï (1846-1888) –, l’auteur retrace le parcours de cet aventurier qui s’exila volontairement en Nouvelle-Guinée et finit par faire l’objet d’un culte étrange. Mais ce qui aurait pu donner lieu à un « petit bijou ciselé » prend vite avec Claro une autre tournure. L’entreprise littéraire vacille sous les heurts d’une voix soudain plus personnelle. S’engageant dans le récit comme si c’était une partie de roulette russe, Claro lâche le mort pour le vif et retourne sans vergogne l’auto-fiction contre elle-même."
Au cœur de la capitale arménienne et de cette révolution architecturale, Yann Kebbi, et l'énergie monumentale de son trait, associé à l'humour absurde de l'écrivain Viken Berberian, dessine un portrait grotesque et terriblement réaliste de notre monde. — “Il faut tout reconstruire, terminés les vieux immeubles historiques, place au renouveau !”
Avec Animal Machine, Eleni Sikelianos rend hommage à Melena, sa défunte grand-mère, dans un texte saisissant à la frontière des genres, et raconte l’expérience poétique d’une femme qui a vécu aux marges de la société américaine. Richement illustré, ces mémoires sauvés du désert continuent de tisser le travail mnésique et poétique entrepris l'auteure avec son précédent opus traduit, Le Livre de Jon.
Après le suicide de son amie d’enfance, un homme entreprend de poursuivre le carnet dans lequel ils avaient ensemble construit un monde imaginaire et terrible. À la fois lettre d’amour, tentative de rédemption et manuel de survie à nos pulsions autodestructrices, La Maison des Épreuves est un rêve fiévreux à ranger aux côtés de La Foire aux atrocités de J. G. Ballard et de La Maison des feuilles de Mark Z. Danielewski.
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| Salam says hello |
lundi 14 octobre 2013
Cendrey furioso
/calebasse d'os comme la maraca (s) que mon corps de reste / coque et cou l'instrument de mon mal sur ce corps d'un coup comme lépreux / pleine de graines si calebasse comme de graviers si maraca (s) et ce corps insensé qui le secoue si sec pour annoncer sa lèpre /
(dans la molle argile utérine qu'est ma matière grise il n'y a plus de lui que des fragments fossiles et l'empreinte des douces inquiétudes qu'il me causait)
jeudi 3 octobre 2013
Le Caïmantoultan, cet inconnu
mardi 19 février 2013
Le marathon immobile
"On aurait dit que quelque chose, imperceptiblement, venait de mal tourner. Comme un appareil qui tombe en panne: avant qu'il ne lâche, il se passe quelque chose d'anormal – il fait un bruit bizarre ou tout d'un coup il ralentit."
"Ainsi, m'exprimant à la première personne, je finis par me portraiturer sous les traits d'un écho en mouvement. Je ne suis rien de plus qu'un nom. […] La relation à soi-même passe par une écriture qui masque et dévoile en même temps. Là réside la difficulté de son travail: l'écriture exige d'accepter qu'une partie de lui soit à découvert, livrée au public, et que tout un chacun puisse le feuilleter à sa guise."
"[…] j'ai souvent l'impression d'être un traître quand il m'arrive de rester un jour chez moi. Je déclare: 'J'ai envie de sortir.' Je savoure les rues aveuglément, je me laisse conduire par elles, je ne rentre que lorsque je suis exténué et rien ne m'interdit de succomber de nouveau à ce plaisir le lendemain."
"[…] les loques humaines, les débris humains qui nous entourent ne nous font pas grande impression. Et voilà que nous nous sommes transformés en un musée de ruines."
vendredi 8 juin 2012
Tous les diamants du ciel (et tout autre chose)
C’est l’histoire d’une jeune femme, Lucy, junkie échouée à New York à la même époque, et que les drogues poussent de case en case sur un échiquier de plus en plus complexe, avec l’assentiment de la CIA et d’un certain Wen Kroy.
C’est l’histoire de leur rencontre à Paris, à l’automne 69, dans un sex-shop qui sert de planque aux derniers insurgés. Entre-temps, il faudra s’embarquer à bord d’un sous-marin, composer avec des poupées gonflables, s’égarer dans le désert algérien, vivre l’été de l’amour à San Francisco, jouer avec le feu et tout sacrifier au dieu LSD. Il faudra aussi marcher sur la Lune et apprendre à trahir.
C’est peut-être l’histoire d’une tentation. Mais c’est tout autre chose, bien sûr.
lundi 15 août 2011
La terreur dans toute la région
"Antoine cavalait désormais loin devant le bruit, sur le velours feutré d’une portion de route neuve sur laquelle les Pirelli Diablo glissaient comme les fers sur la glace des patinoires."
jeudi 22 juillet 2010
Ferrari: La réponse à la question
La grande affaire du lecteur n’est peut-être pas tant de lire entre les lignes, mais plutôt dans les lignes – or, chez Ferrari, les lignes sont profondes, ce sont des marques, des rigoles, creusées tantôt dans la chair, tantôt dans le sol, toujours dans l’espace de la parole où s’est réfugiée la mémoire. Avec Où j’ai laissé mon âme, qui paraît ces jours-ci chez Actes Sud, il plonge les mains, en trois journées de l’année 1957, dans le magma maudit de deux consciences, celle du capitaine André Degorce et du lieutenant Horace Andreani, deux hommes confrontés à une question, la grande question de la guerre d’Algérie, celle dont avait su parler en son temps Henri Alleg, après avoir été « interrogé » dans la commune d’El-Biar.
Les deux protagonistes du magnifique poème déchiré de Ferrari se connaissent, ils ont connu l’abandon et l’humiliation à Diên Biên Phù , trois ans plus tôt, et le livre raconte, à sa façon fracturée, leur passage de l’état de victime à celui de bourreau. Surtout, il raconte leur délitement, et leur douloureuse difficulté à situer précisément le moment où ils ont laissé leur âme derrière eux.
Degorce, quelques années plus tôt, a connu lui aussi la torture, sous les poings de la Gestapo, il a survécu à Buchenwald, et renoncé à une carrière dans les mathématiques pour épouser la grande muette : le monde avait renoncé à la perfection, et aucune équation cristalline ne pouvait plus résoudre les conflits de l’univers – un tort restait à redresser, il fallait s’engager, et sans doute se salir, mais une frontière brouillée a été franchie et « il a fait entrer dans le monde tout ce qu’il voulait en chasser ».
Andreani, lui, qui dans le livre s’adresse à son capitaine, est déjà de l’autre côté. Il est celui qui, du fond des enfers, parle, parle à l’homme affamé par le Viêt Minh, au soldat confit dans la boue et l’attente, celui qui l’a aidé à revenir d’Indochine. Maintenant, ce sont eux les maîtres. Et leur guerre est celle des renseignements, qu’on doit obtenir coûte que coûte, dans une escalade d’horreur que plus personne ne songe même à justifier.
Degorce, Andreani : deux moments de conscience explosé, l’un résistant encore à l’absurde, mais sans espoir, se noyant inexorablement dans le puits (qui en arabe se dit el-biar) de l’inadmissible, se raccrochant à force de larmes sèches à quelque margelle éthique que tous piétinent ; l’autre avançant dans la nuit, en interpellant son mentor d’autrefois, en lui reprochant son attitude timorée devant la seule pratique susceptible selon lui de mettre fin à la sale guerre : la torture. Et ces deux hommes vont s’affronter ans s’affronter autour d’un prisonnier d’importance : Tahar.
Trois journées, donc – les, 27, 28 et 29 mars 1957 – auxquelles Ferrari assigne trois références à la Bible, dont il ne nous livre pas le texte en exergue, se contentant de ces trois mentions : Genèse, iv, 10 ; Matthieu, xxv, 41-43 ; Jean ii, 24-25 – comme si la parole sainte n’avait même pas droit de cité, de citation, au seuil franchi de cet enfer français en Algérie. Il nous faut donc aller les chercher, ces paroles, afin de voir quelle lumières elles ont laissé derrière elle, comme une âme, avant la dévoration par les ombres :
Genèse, iv, 10 — Dieu dit : Qu’as-tu fait ?
Matthieu, xxv, 41-43 — Ensuite il dira à ceux qui seront à gauche : Retirez-vous de moi, maudits ; allez dans le feu éternel qui a été préparé pour le diable et pour ses anges. Car j’ai eu faim et vous ne m’avez pas donné à manger ; j’ai eu soif, et vous ne m’avez pas donné à boire ; j’étais l’étranger, et vous ne m’avez pas recueilli…
Jean ii, 24-25 — Mais Jésus ne se fiait point à eux, parce qu’il les connaissait tous…
Bien sûr, ces trois moments sont dans le livre, tissés à même la prose de Jérôme Ferrari, et disent assez la réprobation intérieure que tentent de fuir les deux personnages, désormais aveugles, désormais convaincus que « le corps est un tombeau ». Et l’auteur de dire l’horreur et les plis de l’horreur, au sein d’une phrase en perpétuel déploiement, scandé par les « je m’en souviens très bien » d’Andreani et les aveux entre parenthèses et en italique de Degorce, un Degorce qui dira vers la fin :
Je suis un brouillard, une pourriture douceâtre qui s’insinue partout. C’est moi qui corromps les couleurs de la création. J’instille au monde mon venin et la beauté se détourne de moi.
Ferrari raconte ainsi le délitement de la beauté dans l’âme, quand celui qui, ayant été promu victime, s’invente sans s’en rendre compte bourreau, tous ses actes justifiés par l’injustifiable mépris de l’autre, avec pour se guider dans le labyrinthe de la conscience des mains si souillées de sang qu’il ne sait plus si c’est l’autre ou lui-même qu’il tourmente, avilit. L’écriture de Jérôme Ferrari, tel un tremblement qui ne tremble pas, en un flux de fureur contenue et d’effroi révélé, parvient à hanter et la chair dégradée des vaincus et la pensée crevée des démons dans un même geste ondulatoire, en lignes, on l’a dit, profondes, grâce à cette poétique du désastre que l’on avait pu déjà admirer dans son précédent roman Un dieu un animal.
L’honneur / l’horreur : tel est le bégaiement insupportable que donne à entendre Où j’ai laissé mon âme, poème du déni, du parjure – et de notre mémoire sale.
Jérôme Ferrari, Où j’ai laissé mon âme, Actes Sud, 17 euros [sortie le 18 août 2010]
samedi 12 décembre 2009
Vollmann Yes, Vollmann Nô
Alors que trône encore sur la table de chevet le monumental Imperial de William T. Vollmann publié par Viking cet été, exploration méticuleuse, obstinée, polychromatique de la zone frontalière USA/Mexique, auquel il convient d'adjoindre le non moins splendide livre de photos au titre éponyme sur le même sujet, publié par powerHouse Books, voilà que se profile déjà un nouvel opus – le vingt et unième… – de cet écrivain américain dont aucun éditeur français ne voulait entendre parler au milieu des années 90, avant que Brice Matthieussent décroche son téléphone pour me dire que, oui, ça l'intéressait, et qu'il allait le publier chez Christian Bourgois. L'occasion d'un retour en arrière, donc, sur l'histoire d'une difficile implantation outre-atlantique…Commence alors une drôle de guerre. Je traduis des extraits, les envoie à divers éditeurs, prends des contacts – en vain. Un jour, par l'agent de Vollmann, Susan Golomb, j'apprends que Balland a acquis les droits de ces deux premiers titres. Je commence alors la traduction de You Bright pour Balland, mais trois mois plus tard Balland est contraint de mettre la clé sous la porte. D'autres projets m'accaparent, même si de temps en temps je tente de "fourguer la came Vollmann". Personne ne veut entendre parler de l'ami Bill, qui entre-temps écrit, écrit, écrit… Enfin, un jour, Brice Matthieussent m'appelle, suite au dossier que je lui ai envoyé sur Vollmann. Du temps a passé, du temps passe encore, et il faut attendre 1999 pour que paraissent chez Bourgois Des putes pour Gloria et Treize Récits & Treize Epitaphes. L'année d'après sera publié Les récits arc en ciel. Puis Bourgois connaît des difficulté financières et jette l'éponge en voyant arriver sur son bureau la pachydermique Famille Royale. Tout est à recommencer. Il faudra s'armer de patience, une fois de plus. C'est alors que je fais la connaissance, lors d'un débat sur la traduction avec l'incroyable André Marcowicz, de Marie-Catherine Vacher, éditrice chez Actes Sud. Elle me reçoit la semaine qui suit dans son bureau de la rue Séguier, m'écoute lui présenter plusieurs projets de traduction qui me tiennent à cœur (Vollmann, bien sûr, mais aussi Mulligan Stew et Le Tunnel, entre autres curiosités…) et me rappelle dix jours plus tard pour me dire que, oui, La Famille Royale, c'est un grand livre, on va le faire, on va enfin imposer Vollmann.
A dater de ce jour, l'ami Bill a trouvé sa place parmi ses contemporains traduits, il a remporté le prestigieux National Book Award (mais un seul prix littéraire en France à ce jour, pour Poor People) et d'autres éditeurs prêtent main-forte pour diffuser son œuvre (Tristram, Lot49), d'autres traducteurs s'y attellent vaillamment (Jean-Paul Mourlon, Bernard Hoepffner…).
(Je garde des souvenirs incroyables de chacune de mes rencontres avec Vollmann. La première fois, je lui avais offert un exemplaire des Chants de Maldoror, publié par Guy Levis Mano, et lui, en échange m'avait demandé si je voulais bien lire ses prochains textes. Et comment! Je revois encore Vollmann me tendre une enveloppe contenant… dix-sept disquettes. L'intégral de The Royal Family and de Rising Up and Rising Down! Deux imprimantes ont fini par y passer mais j'ai longtemps gardé ces incroyables manuscrits près de mon bureau. Autre souvenir: les mêmes flics nous arrêtant une deuxième fois près de Barbès alors que Vollmann essaie de convaincre un travelo de se laisser dessiner… Vollmann et moi aux objets trouvés dans l'espoir de remettre la main sur un cahier de dessins qu'il a perdu dans le métro après avoir fait un malaise… Vollmann en tee-shirt jaune canari lisant au Village Voice, à son retour de Sarajevo, ses bagages ayant été perdus par la compagnie de vol… La liste serait longue.)
Le 4 février, donc, on pourra découvrir chez Actes Sud un nouveau texte de Vollmann, Etoile de Paris, encore inédit aux Etats-Unis. En attendant la parution, donc donc donc, de son vingt et unième livre aux USA, le 6 avril 2010, chez l'éditeur Ecco (celui qui a déjà publié la version "light" de son livre sur la violence). Un essai de 528 pages intitulé Kissing the Mask: Beauty, Understatement and Femininity in Japanese Noh Theater, with Some Thoughts on Muses (Especially Helga Testorf), Transgender Women, Kabuki Goddesses, Porn Queens, Poets, Hou.
Avec Vollmann, on a toujours l'impression que l'aventure ne fait que commencer. Actes Sud a acquis les droits de Riding Toward Everywhere, son récit sur les hobos. Lot49 a encore quelques volumes des Seven Dreams dans sa ligne de mire. Il est question de publier un jour son premier roman, You Bright and Risen Angels. Une coédition Inculte/Lot49 pour un Face à Vollmann, comme nous avions fait Face à Pynchon, est en gestation.
William T. Vollmann n'en est apparemment qu'aux balbutiements de son œuvre – cinq livres l'occupent parallèlement en ce moment…
lundi 2 novembre 2009
La défaite en ses lieux(sur "Le Supplice de l'eau", de Percival Everett)

Le Supplice de l'eau tranche donc l'indécent fil narratif pour laisser parler la folie. Ismaël tourne autour du pot, du gouffre, il s'exile dans des dissertations minées, déploie des dialectiques vérolées, convoque Héraclite, Platon et autres, leur presse le logos pour en faire couler un jus d'inanité sonore; il lâche la bride aux mots, les laisse s'interpoler, se cannibaliser ("Pour m'occuper, haut lieu d'occrire, maquis suis écritvain, j'épris sept quasi hébétude, kelkel soi, malgré ce scissever averdissement.")
Ismaël est celui qui écrit le livre, et comme tel, il nous voit, nous, lecteurs, nous sait à l'affût de ses failles et éboulements – et il nous nie, nous conspue, nous prend en otage. Il bâtit et détruit des systèmes dans le même temps, pousse la syntaxe à son point de rupture, à son degré d'élocution maximale, fait rendre gorge aux mots. Tel un Hamlet à rebours, il hante les brumes de son livre et de maison, sevré dans sa chair, et ne craint qu'une chose, l'apitoiement.
Il est donc, aussi, question de vengeance. D'un homme qui cherche à changer un bourreau en victime afin de n'être plus cette victime vivante qu'a créé le bourreau en l'amputant d'un membre: sa fille. Il est question aussi d'un président estimé particulièrement crétin et d'un couple qui se liquéfie puis explose. On évitera de jouer au petit jeu des extrapolations, mais ici, pourtant, quelque chose de crucial est dit du rapport du citoyen à la torture.
La hantise d'Ismaël, c'est le paradoxe de Zénon, la certitude que tout, sa langue, son corps, sa souffrance, sa soif de vengenace peut être coupé en deux, puis en quatre, et ce à l'infini, sans que jamais rien ne disparaisse.
D'une liberté à toute épreuve, frondeur, épileptique, magnifique, audacieux, surprenant, le roman de Percival Everett fiche le feu au clavier de la tempérance et va plus loin que tous ces précédents livres. Mais il est vrai qu'Everett se réinvente à chaque roman, diable insolent sautant d'un ground zero à l'autre pour y édifier de furieux asiles où la pensée n'a plus qu'à griffer et mordre.
(Coup de chapeau à la traductrice, Anne-Laure Tissut, qui a su aider le monstre à divaguer en français.)
Sortie le 4 novembre.
A noter que Percival Everett sera à France à l'occasion des Belles Etrangères. Lisez le programme.
jeudi 3 septembre 2009
Honecker 21, ou la vie voilée comme une roue sans paon
Jean-Yves CendreyHonecker 21
Éditions Actes Sud
La nécessité (l’obligation ? le pari? ) de vivre dans un décor qu’on se doit d’upgrader régulièrement commence à venir à bout de sa résistance nerveuse et mentale. Alors le bonhomme Honecker, plutôt que d'ériger un mur, disjoncte, par petits court-jus, pas chassés jamais remplacés, toujours tenté d’en faire trop, bypassant les procédures normales, séduit à l’idée de se défaire, ne sachant plus s’il lui faut tout changer ou se changer, tuer ou se tuer, quel véhicule acheter, comment amadouer la panne. Berlin absorbe toutes ces velléités et dérapages tel un ventre mou, horriblement indulgent. Honecker, las de subir, voudrait non pas agir – verbe voué à l’avanie – mais fuir, faire fuir les lieux, les occasions, les rêves. Pensez Oblomov, pensez Molloy, pensez Flaubert aussi, tant Jean-Yves Cendrey nous offre un personnage incroyablement inapte à vivre la vie taillée pour lui sur mesure, mais en série hélas, et tout aussi inapte à s’en affranchir. Il y a du Bouvard et du Pécuchet dans cet Honecker aussi instable que le mercure :
« C’est alors qu’il se souvint d’avoir à faire au Joli-Monsieur. Un but pareil c’est distrayant, et ça ne vous prend pas la tête. Sauf si vous êtes timide. Il se souvint qu’il était timide. Il retomba. »
P.S. On peut entendre l'auteur lire un extrait sur le site des éditions Actes Sud.













