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mercredi 10 juin 2015

La phrase du jour: Moix et le bruit du bourdon

Dans Technikart, l'écrivain de livres Moix se foule d'un commentaire sur sa future participation pugilistique à l'émission télévisuelle de Ruquier, On n'est pas couché :
"Je ne ferai rien pour provoquer le buzz. Sachant que je vais être moi-même, il est clair que, n'étant que moi-même, ça fera simplement le buzz parce qu'il y a des choses que je pense et que peu de gens pensent."
What the buzz? Buzzer sans chercher à buzzer? Buzzer à couilles rabattues? L'être-là du buzz? To buzz or not to buzz, là serait donc la question. Mais surtout: penser des choses que peu de gens pensent: il fallait y penser, non?

On n'est pas couché peut désormais se rebaptiser De la singularité de la pensée moixienne et de son naturel retentissement dans les consciences. Je crois que j'ai bien fait de m'acheter un robot Kenwood plutôt qu'une télé. Bon mercredi, dis.

mercredi 27 mai 2015

De la notoriété des célébrités qui sont connues pour leur renommée





C'est pas tout d'être célèbre: s'agirait aussi d'être connu! La renommée a cela de bien qu'une fois acquise, elle peut se désolidariser des raisons qui l'ont justifiée. Peu importe, au final, ce qui vous a rendu célèbre si vous êtes parvenu à faire fructifier votre notoriété. Je résume: le bruit est une vibration de l'air. Comment faire pour que le bruit demeure quand l'air a cessé de vibrer? Réponse: faire vibrer un autre air. (Vous me remercierez plus tard pour cet exposé pénétrant qui sert d'introduction à ce post.)

On le sait, la vie est composée à parts égales d'injustice saignante et de désarroi bien pourri. Pourtant, je n'avais aucune idée du drame qui perdurait dans l'ombre des people depuis des décennies. Fort heureusement, la création du festival "Plumes de Stars", une "escapade littéraire" qui se tiendra du 12 au 14 juin à Aix-en-Provence, vient mettre un terme à une situation odieuse. Qu'en est-il? 

"Plumes de stars est une manifestation culturelle [sic], dédiée aux ouvrages [sic] écrits [sic] par des célébrités (comédiens, chanteurs, sportifs, animateurs, humoristes…). Depuis une dizaine d’années, ce genre littéraire [sic] connaît un engouement exceptionnel [sic] auprès du public [sic]. A ce jour, aucune manifestation [sic] n’a encore jamais honoré [sic] les célébrités pour leurs ouvrages [sic]."

Horreur!!! Jusqu'ici les célébrités étaient donc ignorées des salons et festivals littéraires où s'ébattaient les "authentiques" écrivains!!!! C'est vrai qu'on ne les voyait pas beaucoup dans ce genre de manifestation, les stars ayant pondu un livre. Des people dans les salons littéraires? On l'aurait su, non? Bon, moi je croyais que si on les voyait pas trop, c'est parce qu'il y avait une file de trois cents clampins devant leur stand, mais je me trompais, apparemment. Bref, on leur a concocté un petit salon du livre rien que pour eux, c'est-y pas trognon? Les bases et les atouts de cet événement? En voici les grandes lignes afin de vous mettre un peu de poudre aux yeux:
  • Un évènement populaire qui souhaite instaurer un dialogue entre les auteurs et le public.
  • Un événement dont la vocation est de créer un lieu d’échanges et de rencontres privilégiés permettant d’approcher en toute simplicité, des auteurs célèbres, de grands éditeurs, et bien sûr les livres.
  • Une parenthèse amicale et conviviale pour permettre au plus grand nombre de croiser des célébrités.
  • Un programme riche sur deux journées, rythmées par des séances de dédicaces, des lectures publiques, et des débats.
  • Des conférences privilégieront le dialogue entre le public, les auteurs et les éditeurs.
  • Un rayonnement médiatique à la hauteur de l’événement grâce à une large couverture nationale et régionale, blogs et réseaux sociaux.

(I'm not shitting you. This is fucking real.) Bon, je vous épargne les détails. Ça aura lieu à la Faculté de droit, d'économie et de sciences d'Aix-en-Provence. Il y aura Michel Leeb, Sophie Davant, Macha Méril, Ingrid Chauvin, Patrick de Carolis, PPDA, Chistophe Lambert, Nicolas Bedos… et oui, of course, Michel Drucker sera le parrain de cette manifestation. 
Bon, vous savez ce qu'il vous reste à faire: soutenir de tout votre enthousiasme cette audacieuse entreprise assez risquée visant à faire plus connaître les best-sellers des gens renommés qui ont en commun d'être des célébrités dont les livres se vendent énormément. Arf. Ne les laissez pas tomber! L'été approche, et il est possible qu'une fois de plus nombre d'entre eux soient abandonnés sur les routes. Alors tous ensemble, plongeons dans cette "parenthèse amicale". Oui, plouf! Allez, du nerf! Ploufons !


mercredi 8 avril 2015

Pour ce que rire est le propre de l'homme

Je ne sais même plus ce que je suis allé faire sur le site de Dominique Hoppe, président de l’Assemblée des francophones fonctionnaires des organisations internationales, mais en tout cas je ne le regrette pas. Oh que non. Ça m'a permis d'apprendre que le lauréat du Prix Richelieu 2015 n'était autre que le gendrelettre François Busnel. Le quoi? Le Prix Richelieu, les amis: il récompense chaque année un journaliste de la presse écrite ou audiovisuelle qui "aura témoigné, par la qualité de son propre langage, de son souci de défendre la langue française". Oui, car comme l'a si joliment dit Jean Dutourd: "La langue française est notre trésor, sachons le préserver." T'as raison, zy-va. Déchire ta race, Richelioque. Mais surtout, j'ai eu la joie indicible de lire le portrait que fait Mister Hoppe du Docteur Busnel, et là, accrochez-vous, c'est du lourd, on est dans de la prose top-chef, c'est un régal, je vous dis que ça :

"Il est des êtres lunaires dont la douce brillance illumine les tortueux sentiers nocturnes des causes qui peuvent sembler perdues. Pour les pèlerins de la langue française et les amoureux de littérature François Busnel est un tel être! Bienveillant contagieux, curieux de tout et de tous, adepte et défenseur d'un temps qui sait se prendre, passionné de mots, de phrases de livres et de ceux qui les écrivent, il est le maître d'œuvre de "La Grande Librairie", dernière émission littéraire de la télévision que quelque 400.000 téléspectateurs suivent avec passion tous les jeudis à 20h35 sur France 5."

Voilà, je vous avions prévenus. "Il est des êtres lunaires dont la douce brillance illumine les tortueux sentiers nocturnes des causes qui peuvent sembler perdues." Voilà une phrase qui va me faire toute la fin de semaine, je crois. Défendre la langue? Je sais pas trop, mais celle de Hoppe, c'est pas la défendre qu'il faudrait, c'est la faire bouillir… avec du bouillon Busnel pour parfumer?


mercredi 11 février 2015

La phrase du jour : étreinte et moiteur

En lisant le blog de Pierre Maury, je tombe sur cette phrase, qu'il cite dans un article consacré au roman dont elle est extraite:
"À l'étreinte furieuse se mêlaient aussi leurs souffles exaltés, jusqu'à ce que les forces leur manquent et qu'ils s'endorment dans la moiteur des draps." (Marc Levy, Elle et lui, éd. Laffont)
Bon, outre le fait, relevé par Maury, que le titre du livre réussit l'exploit de citer discrètement deux magazines modernes, qu'en penser? Est-ce l'adjectivisation qui rend cette phrase possiblement ridicule? Essayons sans:
"A l'étreinte se mêlaient aussi leurs souffles, jusqu'à ce que les forces leur manquent et qu'ils s'endorment dans la moiteur des draps."
Hum. A moins que l'article possessif alourdissent les choses? Sans compter ce "aussi", assez mal placé convenons-en. Essayons sans:
"A l'étreinte se mêlaient les souffles, jusqu'à ce que les forces leur manquent et qu'ils s'endorment dans la moiteur des draps."
 Reconnaissons que le "jusqu'à ce que" manque d'élégance, et que les "que" peinent à faire s'envoler la phrase. Essayons sans:
 "A l'étreinte se mêlent les souffles, les forces leur manquent, ils s'endorment dans la moiteur des draps."
Cette "moiteur des draps" ne passe pas, rien à faire, essayons sans:
"A l'étreinte se mêlent les souffles, les forces leur manquent, ils s'endorment dans la moiteur."
 On y est presque. Mais bizarrement, ce "les forces leur manquent" sonne bizarre, on le dirait traduit du latin, virons-le:
"A l'étreinte se mêlent les souffles, ils s'endorment dans la moiteur."
 Réflexion faite, on a du mal avec ce "mélange" d'étreinte et de souffle, unissons-les:
"Etreinte et souffles, ils s'endorment dans la moiteur."
Là, c'est un peu bizarre, syntaxiquement parlant. On peut faire mieux:
"Etreinte, souffles, moiteur."
N'est-ce pas un tantinet télégraphique, un peu sec? Il faudrait redonner de la chair à cette phrase, lui rendre aussi la notion du temps, du rythme. Je propose donc, non sans audace:
 "À l'étreinte furieuse se mêlaient aussi leurs souffles exaltés, jusqu'à ce que les forces leur manquent et qu'ils s'endorment dans la moiteur des draps."
Comme quoi, ça vaut la peine parfois de se fouler un peu pour arriver à une phrase qui tienne la route…

mercredi 4 février 2015

Un jour sans fin (mais avec deux marmottes)

La nouvelle est tombée hier tel un fruit mûr appelé à d'ineffables compotes: le nouveau roman de Guillaume Musso sortira le 26 mars prochain. Il s'appellera Elle & Lui. L'intrigue est la suivante: «Mia est une actrice anglaise venue se réfugier à Montmartre. Paul est un écrivain américain vivant dans le Marais. Leurs chemins se croisent par le biais d'un site de rencontres, et tous les deux décident de rester amis. Ils doivent tout tenter pour ne pas tomber amoureux.» Ah non pardon je me suis trompé, en fait il s'agit de l'intrigue du prochain livre de Marc Levy, qui s'appelle effectivement Elle & Lui et sortira, si mes sources sont fiables, le 5 février. Je me dois donc de rectifier les informations précédentes, aussitôt dit aussitôt fait, voici donc l'intrigue du prochain roman de Guillaume Musso à paraître le 26 mars prochain. Il s'appellera Elle & Lui. L'intrigue est la suivante: «Mia est une actrice anglaise venue se réfugier à Montmartre. Paul est un écrivain américain vivant dans le Marais. Leurs chemins se croisent par le biais d'un site de rencontres, et tous les deux décident de rester amis. Ils doivent tout tenter pour ne pas tomber amoureux.» Ah non pardon je me suis trompé, en fait il s'agit de l'intrigue du prochain livre de Marc Levy, qui s'appelle effectivement Elle & Lui et sortira, si mes sources sont fiables, le 5 février. Je me dois donc de rectifier les informations précédentes, aussitôt dit aussitôt fait, voici donc l'intrigue du prochain roman de Guillaume Musso à paraître le 26 mars prochain. Il s'appellera Elle & Lui. L'intrigue est la suivante: «Mia est une actrice anglaise venue se réfugier à Montmartre. Paul est un écrivain américain vivant dans le Marais. Leurs chemins se croisent par le biais d'un site de rencontres, et tous les deux décident de rester amis. Ils doivent tout tenter pour ne pas tomber amoureux.» Ah non pardon je me suis trompé, en fait il s'agit de l'intrigue du prochain livre de Marc Levy, qui s'appelle effectivement Elle & Lui et sortira, si mes sources sont fiables, le 5 février. Je me dois donc de rectifier les informations précédentes, aussitôt dit aussitôt fait, voici donc l'intrigue du prochain roman de Guillaume Musso à paraître le 26 mars prochain.Il s'appellera Elle & Lui. L'intrigue est la suivante: «Mia est une actrice anglaise venue se réfugier à Montmartre. Paul est un écrivain américain vivant dans le Marais. Leurs chemins se croisent par le biais d'un site de rencontres, et tous les deux décident de rester amis. Ils doivent tout tenter pour ne pas tomber amoureux.» Ah non pardon je me suis trompé, en fait il s'agit de l'intrigue du prochain livre de Marc Levy, qui s'appelle effectivement Elle & Lui et sortira, si mes sources sont fiables, le 5 février. Je me dois donc de rectifier les informations précédentes, aussitôt dit aussitôt fait, voici donc l'intrigue du prochain roman de Guillaume Musso à paraître le 26 mars prochain…

jeudi 29 janvier 2015

Incroyable mais vrai

Ami lecteur, il est bon d'exercer ta sagacité. Nous te proposons aujourd'hui un petit jeu, simple mais efficace. Tu vas livre un extrait de livre, puis tu devras cocher la bonne réponse. Tu verras, ça ne prend pas beaucoup de temps, c'est distrayant, amusant, et même peut-être drôle. Allez, c'est parti? Donc: sauras-tu trouver de qui est l'extrait suivant:
"J'ai demandé en ville s'il y avait des soins de massage à domicile. Mais oui, et la voici : c'est Ada. Elle vient deux fois par semaine, en fin d'après-midi, à 19 h 30. Elle a 40 ans, c'est une petite brune aux yeux bleus, une Piémontaise un peu forte, rieuse, puissante, légère. Elle connaît les corps, elle a du génie. Des pieds à la nuque, recto, verso, elle s'approprie tout, pénètre tout, tout de suite. Je m'offre à elle, je ne lui déplais pas, au bout de la troisième séance elle m'embrasse et se plante sur moi, et voilà. C'est un peu cher, mais j'ai pris la précaution d'augmenter son prix. Elle est très experte, un vrai médium, c'est le massage complet ni vu ni connu, rien ne s'est passé, fougue et délicatesse. Elle se fait plaisir, et on parle très peu, c'est mieux."

Réponse 1: Philippe Sollers, Médium, Gallimard
Réponse 2: Tiffany Reisz, Les profondeurs du plaisir, éd. Harlequin

lundi 26 janvier 2015

Les deux phrases du jour à retenir (puis à jeter)



"Ce succès est très très important, car il démontre que l'on peut bien jouer ensemble". (Zlatan Ibrahimovic, attaquant du PSG)


* * *


"Que c’est bouleversant, ce que la littérature peut nous dire de la société !" (François Busnel, défenseur de la littérature)

mercredi 14 janvier 2015

Gonzague Saint Bris, mitigeur

Ce qui est bien avec Gonzague Saint Bris, c'est qu'en plus d'avoir inventé la soupe, il se la sert lui-même. Se qualifiant de "Tourangeau pur rillettes" (!), il s'est fignolé un CV riche en calories où titres vains et lauriers fanés alternent au gré d'une cuistrerie toc-chic, et où semble se produire quelque cryptique fusion entre André Castelot et BHL. Chantre du paon-romantisme comme d'autres de l'eau tiède – on trouve d'ailleurs sur son blog une pub promo pour un mitigeur à 28,99€, la vérité si je mens! –  il a fondé en 1995 une manifestation littéraire intitulée "La forêt des livres", que la presse étrangère aurait, selon son site, qualifiée  de "Woodstock de la littérature" – sauf qu'en place de Jimi Hendrix ou Joe Cocker on a plutôt droit à Renaud Donnedieu de Vabres ou Maurice Druon. With a little help from my right friends, quoi.

Auteur d'une cinquantaine d'ouvrages où le mot Histoire rime avec celui d'Amour (exploit!), Gonzague, qui a été conseiller municipal de Loches – respect! – mais aussi Chevalier dans l’Ordre Royal de Dannebrog – mystère! – est désormais artiste visuel. Il vient de découvrir (ou d'inventer?) ni plus ni moins l'art numérique. Il était temps. Notre scribe 2.2, après des années consacrées au collage et au coloriage des mots, aborde donc avec audace et margarine un pan encore méconnu de la création. Deux œuvres "iconoclasses" font déjà date et pitié : il s'agit du "Selfie de Vinci" et de la "Joconde Bleue". Admirez, je vous prie, sur votre droite, l'inventivité des formes et la grâce des couleurs.

Le selfie, on le sait, c'est l'autoportrait de soi par soi-même comme représentation du moi mais pour toi. Arf. Du coup, grâce à Gonzague, Vinci devient le père Fouras, et Monna Lisa pose pour le Club Med. Une façon originale de revisiter les grandes œuvrettes du passé grâce à un usage ingénieux et, disons-le, légèrement cacaochyme, de la palette graphique. A la fois hommage, détournement et astuces pour préparer vos fonds de veaux et vos macarons surprise, ces œuvres fortes et surtout colorées risquent de bouleverser l'équilibre chimiquement instable de l'art contemporain. Grâce à elles, le passé passe à la moulinette du présent et en ressort non seulement altéré mais également pignolisé. (Je fais une pause, car mon spliff vient de s'éteindre.) Elles seront exposées à Tours, fief de l'auteur des Larmes de la gloire, les 24 et 25 janvier, à la galerie… Vinci! Gonzague compose aussi des "tableaux lettristes", mais là nous avouons n'être pas encore prêts psychologiquement pour aborder ce continent maudit . Et comme si ça ne suffisait pas, il nous fait découvrir les châteaux de France à bord d'un drone. Qu'il doit piloter lui-même, suppose-t-on.

Si, comme l'a écrit quelque part Saint Bris, l'absence est un "tissu flou de bouffées de présence* qui vous reviennent par morceaux déchirés et uniques", alors il devrait s'y abonner vite fait**. On attend maintenant avec impatience qu'il se lance dans la musique et nous propose une version pour hochets et tétines de la Neuvième Symphonie.

_________________
* Un tissu flou de bouffées de présence??!! Aaargh. Sors de ce corps, Alexandre Jardin !
** (Je joue sur l'expression "aux abonnés absents", hein. Je le précise parce que c'est pas évident à première lecture.)

vendredi 12 décembre 2014

Le Clavier Cannibale: bilan et perspective – une diachronie nécessaire, with a touch of ragondin

Oups, j'allais partir sans faire de bilan. Vous le savez, en fin d'année, les blogs et autres supports de la parole libérée (lol) aiment s'adonner au jeu du bilan. Ou le font en début d'année, selon l'énergie de leur propriétaire. Bref, on dresse des listes, on concocte des palmarès, on rappelle les faits marquants.

Le Clavier Cannibale est évidemment très tenté de se livrer à ce rituel, ne serait-ce que pour le plaisir de se livrer à un rituel. Que s'est-il passé en 2014 de notable? Dans le monde des lettres, bien sûr, pas au niveau politique, même si on sait désormais grâce à Sarkozy que donner des conférences au Qatar peut rapporter gros. Non, dans le monde des lettres. Ah —  enfin une bonne nouvelle : Eric Reinhardt a eu le prix France Télévision. Depuis le temps qu'il courait après les prix… A la fois, un prix littéraire comportant les mots "télévision" et "France", comment dire… Bref, on espère qu'il est content. Arf.

Quoi d'autre de mémorable depuis septembre ? Une maison d'édition baptisé l'Ogre s'est créée, qui va rééditer l'immense Max Blecher début janvier. On dit bravo. Ismaël Jude a publié son premier roman, et c'est un livre qui parle véritablement de sexe de façon véritablement transgressive – lisez donc si ce n'est pas fait Dancing with myself. Laure des Accords a publié aussi un premier roman, L'envoleuse, qui est juste une merveille, et c'est chez Verdier puisque vous me le demandez. Et oui c'est ma sœur. Autre événement paraît-il notable: Modiano a eu le Nobel, mais bon, relisez deux pages de Claude Simon et on parlera littérature après si vous le voulez bien. 

Ce blog a causé (en bien, en très grand bien) des écrivains suivants (depuis septembre, hein, je ne vous fais pas le bilan santé de l'année, ça serait trop long): G. Mar, Ismaël Jude, Max Blecher, Huysmans, Hermann Broch, Egon Bondy, Danielewski, Alessandro Mercuri, Frigyes Karinthy, Philippe Annocque, Bernard Simeone, Olivia Rosenthal, Isaac Babel, Eric Chevillard (que personne ne lit, dixi Bergé), Antoine Volodine (que personne ne lit, dixit Jérôme Garcin), Pierre Bourgeade, Yann Legendre (que personne ne lit non plus mais là c'est normal puisqu'il est graphiste), Antoine Boute, Chalamov, Jurgenson, Tavarès, Guy Robert, Paul Harding, Pierre Demarty, William Gass, Jouannais… J'en oublie, c'est évident, mais tout est en ligne, vous compléterez vous-même.

Le Clavier Cannibale a parlé conséquemment des éditeurs suivants, qu'on salue bien bas : le grand os, quidam, verticales, l'ogre, l'arbre vengeur, la contre allée, verdier, le bruit du temps, textuel… Que ceux que j'oublie, et ils sont nombreux, me lynchent (mais n'hésitez pas à m'envoyez des SP, please, parce que je suis en train d'exploser mon budget livres…).

Le Clavier Cannibale a beaucoup ricané en lisant les auteurs suivants, ou en découvrant leurs exploits faramineux dans la presse, et leur décerne à chacun le Bidet d'Or 2014: Yves Bergé, BHL, Houellebecq, Foenkinos, Alexandre Jardin, Zemmour, Beigbeder, Alexandre Jardin… J'en oublie là aussi, mais c'est tant pis pour eux.

Et pour finir, voici les livres que le Clavier Cannibale a en pile sur sa table de lecture et qu'il emporte à la campagne, histoire de ne pas faire que cuisiner, traduire, écrire et soulever des haltères (et jouer au billard, et remplir le poêle de granules, et déguster des bourgogne millésimés) :

Sylvain Coher, Nord nord ouest (Actes Sud); Boll, L'affaire est dans le sac en papier (Le tripode); Antoine Brea, Simon le mage (le grand os); François Bon, Fragments du dedans (Grasset); Isaac Babel, Œuvre complètes (le bruit du temps); Philippe Beck, Opéradiques (Flammarion); John Stoltenberg, Refuser d'être un homme (Syllepse); Christophe Macquet, Cri & Co (le grand os); Jana Cerna, Vie de Milena (la contre allée); Christophe Tarkos, L'enregistré (POL); CAConrad, Ecodeviance (Wave Vooks); Franck Guyon, Chez (éd. marguerite waknine); Hermann Broch, Théorie de la folie des masses (l'éclat); Vilém Flusser, Les gestes (al dante); French Global (Garnier)…

Bref, que vous soyez lecteur, libraire, éditeur, auteur, attaché(e) de presse, directeur de collection ou même proxénète repenti, réparateur d'artichaut, tripoteur de galaxie, singe nyctalope, lancier du Bengale, fleur de nave, rustre dandy, ogre patenté, tiers exclu, petite musique de nuit, vibromasseur fluorescent (piles fournies), reître, mulot, surmulot, cuisinier, pornographe en noir et blanc, ormeau de taille raisonnable, cunnilincteur désintéressé, vendeur à la sauvette, contre la manif pour tous, allergique à Stendhal, trépasseur intermittent, disponible, bleu, rentier amnésique, etc., n'hésitez pas à m'envoyer vos suggestions de lecture (ou carrément des livres). Et surtout – SURTOUT ! –  n'oubliez pas de faire l'amour (beaucoup), la grève (souvent) et la cuisine (tout le temps), y a rien de mieux. 

— Claro

jeudi 20 novembre 2014

Il faut sauver le soldeur Foenkinos

Vous êtes peut-être quelques-uns à avoir lu le papier honteux qu'a écrit le journaliste David Caviglioli sur le roman de Foenkinos, Charlotte. Comme vous, si vous l'avez lu, j'ai été choqué par le procédé et la bassesse de l'attaque. Que Monsieur Cavigliolo n'aime pas le livre de Foenkinos, c'est son droit, mais qu'il le descende de façon aussi péremptoire, sans argumenter, c'est lamentable. Par exemple, il reproche à l'auteur d'être incapable de la moindre poésie. Foenkinos a décidé de solder la prose pour mieux racheter la poésie: rien que cela est digne d'un peu de dignité.

C'est ne plus savoir lire. Il suffit de se plonger à corps perdu dans la première page du livre pour en avoir la preuve contraire. Voici le vers 11:
"Leur mère est plus douce."
Ce vers de cinq pieds est d'une grande richesse polysémique, car on y entend comme en délicat filigrane l'expression douce-amère, ce qui n'est pas le moindre de ses mérites. Oui, car l'art de Foenkinos, cet écrivain littéralement habité par la langue, est à traquer, torche à la main, dans les nuances, les subtilités, et aussi la nuance des subtilités. Le paltoquet Caviglioli parle à un moment du "souffle court" de Foenkinos. Là encore, il ne sait pas lire, et s'il avait été un peu plus loin il aurait pu se faire une idée plus juste de la phrase foenkinienne, tout en élan et majesté, proche des vastes foulées d'un Claude Simon:
"Elle avance maintenant la culpabilité au cœur."
Période ample, ryhtmique, presque solaire, et qui a un je ne sais quoi de modianesque, en plus de comporter cette audace sémantique: on y parle en effet d'"avancer une culpabilité". Image forte. La culpabilité, comparée à une somme d'argent qu'on prête. Plus loin, Caviglioli, qui n'est plus à une bassesse près, ose cette affirmation grotesque: "Foenkinos n'a rien à dire." Tsss. S'il avait pris la peine de lire le début du Chant III, il aurait compris que c'est tout le contraire:
"La guerre s'enlise, paraît éternelle.
C'est une boucherie dans les tranchées."
Il était temps de dénoncer ce carnage qu'est la guerre, et de le dénoncer poétiquement, qui plus est en jouant sur la profondeur des mots et la versatilité des sens. Le verbe "enliser" préfigure la clausule du vers suivant; "tranchée", et le mot "boue" semble rugir tel un palimpseste rageur dans le mot beau, fort et puissant de "boucherie". Même Florian Zeller n'avait pas poussé la dénonciation des horreurs de la guerre que se mènent les hommes avec des armes qui tuent aussi loin (on a tous en mémoire cette phrase lapidaire de La Jouissance: "Verdun’, ce seul mot fait frémir d’horreur.").

Enfin, Caviglioli traite Foenkinos d'inventeur du "roman touristique". Comme c'est fin, comme c'est malin! Pourtant, rien de touristique chez Foenkinos, on est plutôt du côté de l'épique, pas très loin parfois de Maurice Carême, par exemple quand l'auteur dit: "C'est un soir si froid de novembre." Camper une saison et une heure de la journée avec un octosyllabe parfaitement cadencé, voilà qui force le respect.
Bref, je voudrais mettre en garde ce journaleux arrogant contre de tels odieux laminages. Il faut savoir lire avant de critiquer, mon cher Caviglioli, savoir écouter la "petite musique" de la phrase avant de persifler. Charlotte est un grand roman en vers. La preuve, il a eu deux prix.

mercredi 5 novembre 2014

Les marches du passé simple

Aujourd'hui, nous allons apprendre à conjuguer au passé simple le verbe "grimper", verbe du premier groupe qui a plusieurs significations, mais ne parlons pas ici du règne animal. Nous entendrons "grimper" au sens de "monter", "gravir". Pour ce faire, nous nous appuierons sur un exemple probant tiré du texte suivant: "Lettre ouverte à David Foenkinos", que vient de rédiger et mettre en ligne le directeur adjoint du journal Le Point et ami de David Foenkinos, Jérôme Béglé. La voici:
"À chaque livre tu grimpas les marches du grand escalier de la littérature et de la reconnaissance."
Rappelons que le passé simple est un temps du passé, et qu'il a pour fonction de souligner une action ponctuelle, sauf si bien sûr il y a plusieurs marches menant en haut de la littérature, auquel cas il faudra s'en resservir plusieurs fois pour arriver à ses fins. C'est désormais également le temps du ridicule.

lundi 29 septembre 2014

Pas vu, pas prix

Le Grand Prix du roman de l'Académie Française est un prix prestigieux car c'est le seul grand prix du roman décerné par l'Académie française qui porte le nom de Grand Prix du roman de l'Académie Française. On aurait donc tort de négliger son importance, sa portée et l'importance de sa portée. D'ailleurs, voici un bref rappel des chefs d'œuvre auxquels l'Académie française a par le passé décerné son grand prix du roman de l'Académie Française : L'île heureuse, de Avesnes; Histoire de Gotton Connixloo, de Camille Mayran; Pour moi seule, d'André Corthis; Reine d'Arbieux, de Jean Baide; La guêpe, d'Albert Touchard; L'orage du matin, de Jean Blanzat; Le solitaire, de Marc Blancpain; Mademoiselle de Bois-Dauphin, de Roger Chauviré; etc.
Le prix est assorti de la somme de 7500 euros. Moi je dis: soudoyer des écrivains pour qu'ils tombent dans l'oubli, fallait y penser…

mardi 1 juillet 2014

Corrigez-moi si je suis mauvais

La traduction étant ce qu'elle est, et fort heureusement n'étant pas ce qu'elle n'est pas, il arrive parfois que des bipèdes se méprennent sur ce qu'elle pourrait être. J'ai reçu hier un mail étrange, dans lequel une entité indéfinissable (mais certainement pas vénusienne) m'offre ses services pour mener à bien la transformation d'un texte en un autre. Le genre de mail auquel on a presque envie de répondre: C'est gentil mais merci on a déjà commandé. Pourtant, l'entité semble nantie d'une bonne volonté à toute épreuve et bardée d'exigences. Je vous laisse en juger par vous-même :

"Si vous avez déjà eu le sentiment que certaines traductions laissaient à désirer, sur le fond ou sur la forme, la prestation de Fast for Word, positionnée sur le créneau des traductions de très grande qualité, est susceptible de vous intéresser puisqu'elle inclut :

- un travail rigoureux d’adaptation et de documentation afin de communiquer à vos lecteurs toutes les nuances et subtilités de la langue source.
- la reconstruction syntaxique de votre document pour l’adapter aux spécificités de la langue cible.
- la recherche des incohérences et répétitions dans le texte.
- l’homogénéité de la nomenclature, afin d’assurer la cohérence des choix de traduction ou orthographiques sur l’ensemble du texte (ex. : « clé » ou « clef »).
- l'harmonisation typographique (guillemets anglais ou français, accentuation éventuelle des capitales, etc.)
- la prise en charge la relecture de la traduction pour une orthographe et une grammaire irréprochables."

Ça fait rêver, non? J'hésite presque. Cette histoire de reconstruction syntaxique adaptée aux spécificités de la langue cible est quand même hyper séduisante. Et ce truc consistant à homogénéiser la nomenclature est carrément bandant. Quant à l'harmonisation typographique, on frôle l'orgasme. Mais il y un détail qui me gêne et, accessoirement, me turlupine: suis-je vraiment prêt à faire appel à une entité qui est "positionnée sur le créneau" des traductions de très grande qualité? J'essaie de visualiser un créneau, je me concentre mentalement pour que le verbe "positionner" prenne tout son sens, puis je tente, au prix d'un effort mental quasi musculaire, de concevoir ce positionnement sur un créneau. Rien. Je bloque. Et puis franchement : Fast for Word ?! Euh. Is it some kind of joke?
Je suis quelqu'un d'extrêmement consciencieux. Non seulement je fais attention à la mention de la date limite sur les produits alimentaires mais en plus je prends soin de les manger à minuit le jour de leur expiration pour voir ce qui va se passer. C'est un exemple.
Je suis donc allé sur le site de mes nouveaux amis fastforward, et là je lis ceci:
"Au fond, avez-vous réellement besoin d’un tra­duc­teur pro­fes­sion­nel ? Pourquoi ne pas faire appel à un colla­bo­ra­teur qui « se dé­brouille » en anglais, ou com­prend « glo­ba­le­ment » le sens d’un texte écrit dans la langue d’Heming­way ? Peut-être connais­sez-vous quel­qu’un qui a sé­jour­né aux États-Unis ? Qui regarde les films en VO non sous-titrée ? Ou dont la tante est aus­tra­lienne ?

Confier une traduction à une personne de votre en­tou­rage – ou à un service de TAO – est certes moins oné­reux, mais faire l’éco­no­mie d’un vrai tra­­duc­­teur risque d’impac­ter la qua­lité de vos docu­ments.

Parce qu’on ne s’improvise pas traducteur (tout comme il ne suffit pas de savoir écrire son nom pour se dire écri­vain), l’im­­pres­­sion d’ama­­teu­­risme qui se dé­gage d’un texte mal tra­­duit se ré­per­­cute aussi sur l’image d’une entre­prise et nuit à sa cré­­di­­bi­­lité."
Ouf. C'est bien ce que je pensais: il s'agit d'un gag robotique. "Impacter la qualité": aucun traducteur ne dirait un truc pareil. Aucun être humain, d'ailleurs. Me trompè-je ?

vendredi 27 juin 2014

Oona gagné! Oona gagné!

Il fut une époque où on pouvait gagner des livres. Il fallait participer à un concours. Et en général, ça consistait à répondre à des questions, certes pas forcément très complexes, mais bon, nécessitant quand même un peu de temps de cerveau. Mais comme certains livres estiment avoir déjà gagné avant même le départ de la course, du coup, les conditions des concours ont été largement simplifiées. Par exemple, le site MyBOOX a organisé un concours pour gagner Oona & Salinger, le prochain livre de Beigbeder. Ah, ça ils sont généreux chez MyBOOX, ils offrent 5 exemplaires! Comment participer? C'est simple, vous allez sur la page facebook dudit concours, vous likez et commentez (genre: "génial jespèr jheu vé gagné") et hop, avec un peu de chances… bingo. Oui, il suffit de liker (pas d'aimer, hein) et de commenter (on n'a pas dit une disserte, hein). Bref, vous l'aurez compris, le concours, c'est comme le Goncourt: ni lu mais connu c'est gagné!

jeudi 19 juin 2014

Le tourne-page de Joël Dicker

Le roman de Joël Dicker – La vérité sur l'affaire Harry Québert – vient de paraître en traduction anglaise aux Etats-Unis. Malheureusement, la traduction littérale du titre – The Truth about the Harry Québert Affair – ne rend pas vraiment justice au subtil jeu de mots présent dans le titre français, où n'importe quelle oreille un tant soit peu attentive entend distinctement: "la vérité sur l'affreux haricot vert", indice permettant de voir dans le roman de Dicker une réécriture du mythe de Jack et le haricot magique. Mais laissons là les histoires de géant.

La critique du New Yorker, Alice Gregory, s'est vaillamment infligé la lecture de notre sémillant goncourable. Elle avait déjà croisé Dicker lors d'un repas promotionnel organisé par Penguin, et avait dû se taper les propos éclairés de ce dernier sur la littérature française – "ennuyeuse", "difficile", "des histoires de gens qui mangent des œufs pendant qu'il pleut" etc –, aussi était-elle préparée à la lecture de son "tourne-page" (page turner). A l'instar de ses confrères, elle n'a guère été emballée. Newsday a  qualifié son roman de "machine lourdingue" tandis que le Washington Post parle d'un "pensum obèse". Mais Alice Gregory a su mieux que quiconque comprendre l'utilité de ce livre:
"C'est le genre de roman que vous recommandez à un ami éploré ou à un collègue appelé à faire partie d'un jury – bref, à quelqu'un dont les facultés critiques ont été provisoirement mises en suspens et qui essaie d'oublier qui il est et où il est."
Penguin a tiré le livre à cent vingt-cinq mille exemplaires. Espérons que les jurés éplorés se l'offriront entre eux…

mercredi 18 juin 2014

Tel est prix qui croyait écrire

Ah, c'est le mois de juin, l'année littéraire touche à sa fin avant une rentrée qui promet (ou menace?) d'être riche (hum) en chefs-d'œuvre (Beigbeder, Nothomb, Rouart, Olivier Adam, Foenkinos, Besson, Delacourt…). Les températures ont remonté. Les trains prennent le frais dans les hangars. Tout est calme et serein.

Bon, d'accord, quelques prix littéraires ont été décernés, mais vraiment très peu. Pas plus tard que la semaine dernière, par exemple, c'était le désert. Trois fois rien, on vous dit: le prix littéraire des collégiens du Bessin a été attribué à Y.-M. Clément; le prix Françoise-Sagan a été attribué à Julia Kerninon; le Prix littéraire de la Porte Dorée a été attribué à Julien Delmaire; le Prix littéraires Sten-Kidna été attribué à Yann Gerven; le prix du Livre-Inter a été attribué à Céline MInard; le Grand Prix Littéraire André-Soubiran a été attribué à Philippe Cavalié; le prix littéraire d’Onet-le-Château a été attribué à Yaël Hassan; le prix littéraire Les Mots Dits a été attribué à Maxence Fermine; le prix littéraire CM2 de l’école publique de Plouha a été attribué à David Walliams; le prix littéraire de la Slab a été attribué à Jean Mopin; le prix littéraire Jeune Mousquetaire a été attribué à Sophie Van Der Linden; le prix littéraire Baie des Anges a été attribué à Sylvain Tesson; le prix littéraire Notre Dame de Sion a été attribué à Atiq Rahimi; le prix Littérature-monde a été attribué à Carole Zalberg; le prix Littérature-monde étranger a été attribué à Jospeh Boyden; le prix littéraire Valéry Larbaud a été attribué à Frédéric Verger; le grand prix de poésie Louis Montalte a été attribué à Jean-Pierre Boulic; le prix du Grand-Ouest a été attribué à Fanch Le Hénaff; le prix littéraire des lycéens et apprentis de Bourgogne a été attribué a Sandrine Collette; le prix Goya découverte a été attribué à Jean-Marie Defossez; le Grand Prix Jules Verne a été attribué à Romain Puertolas; le prix du livre Lorientales a été attribué à Elif Shafak; le prix SNCF du polar a été attribué à Ian Manook; le prix Acrolire a été attribué à Rémi Stéphani; le prix Ouest-France/Etonnants Voyageurs a été attribué à Lola Lafon; le prix littéraire Gens de Mer a été attribué à Isabelle Christophe Chabuté; le prix de la Compagnie de Pêches Saint-Malô a été attribué à Isabelle Condou; le grand prix des lectrices de Elle a été attribué à Laura Kasischke, le prix des Lycéennes de Elle a été attribué à Philippe Jaenada et Ruth Ozeki; et cetera.
— mais sinon, hein, c'était calme. Vivement la folie des prix d'automne.

lundi 9 juin 2014

Découvrons le billard (Le monde expliqué à vous, Episode 1)

Existe-t-il des traités philosophiques sur le billard ? Je l’ignore. Mais le fait est que ce jeu a le rare mérite de pousser l’être humain à s’illusionner sur ses compétences (je parle, bien sûr, du pékin moyen jouant au billard, pas du professionnel qui s’y adonne comme un physicien titillant les particules atomiques). Donc, quand vous jouez au billard, vous êtes confronté à un  paradoxe : d’une part vous vous doutez qu’il préexiste des lois physiques, que des forces sont en jeu, que ça se joue au millimètre près, que les angles ont ici leur importance, que la taille et le poids de la bille doivent être pris en compte, que les bandes et les rebonds, les trajectoires, la queue, le bleu (souvent rouge) qu’on met sur le procédé ne peuvent être négligés – bref, d’emblée vous pigez que vous n’avez aucune chance de réussir un beau coup ; mais d’autre part, vous avez vu des films avec Paul Newman, et quelque chose en vous est persuadé que le panache – ou le hasard, ce borgne sourd qui marche en crabe – est possible.
En fait, l’astuce consiste à ne pas dire à l’avance le coup qu’on espère exécuter, et à suivre le parcours de la bille d’un air entendu. Si elle rentre dans un trou, retroussez la lèvre supérieure en prenant l’expression de celui qui contrôle le monde et ses dépendances. Si la bille s’arrête devant le trou, clignez des yeux et soupirez très discrètement, comme si, bien sûr, vous vouliez qu’elle s’arrête là, précisément, car ça permet de bloquer l’accès au gouffre, tant convoité par l’adversaire. Bon, si votre bille fait ostensiblement n’importe quoi, ne montrez aucun signe de déconvenue. Gardez l’air cryptique de celui qui sait très bien ce qu’il fait mais n’a aucune intention de dévoiler sa stratégie. Si la boule blanche tombe dans un des six trous, ne poussez pas de cris. Penchez la tête, faites une vague moue intriguée, puis tendez votre queue (on se comprend, hein) et vérifiez qu’elle n’est pas voilée.
En revanche, si vous tapez n’importe comment la bille et que vous la mettez, contre toute attente et toute logique, dans un trou, après quatre improbables rebonds, frottez-vous le front d’un air rassuré et murmurez : c’était pas gagné, mais parfois ça marche.
Bon, si vous ne parvenez à mettre aucune bille dans un des six trous, ne vous laissez pas abattre. Remuez de plus en plus les doigts en prononçant à voix basse mais audibles les mots « putain d’arthrite » (ou « saleté d’arthrose »). Mais surtout, croyez au hasard – et respectez certaines règles évidentes :
1/ la précision absolue ne s’obtient pas uniquement en plissant les yeux comme un pervers et en restant huit minutes immobile ;
2/ taper fort est jouissif mais quand la bille décolle et fonce vers le front de l’adversaire, sachez-le, vous ne ferez pas l’objet d’un culte ;
3/ n’oubliez jamais la couleur des boules qui vous sont attribuées, en cas d’erreur vous perdriez toute crédibilité – et je parle d’expérience ;
4/ n’admirez jamais la prouesse de l’autre, sinon vous n’êtes pas arrivé ;
5/ n’hésitez pas jouer parfois les yeux fermés, vous serez surpris de voir combien la cécité pallie l’incompétence ;
6/ si vous mettez la boule noire dans le trou, la partie est finie, c’est con, mais ça permet de voler une victoire talentueuse à l’adversaire, alors n’hésitez pas, si vous sentez que vous perdez vos plumes comme une poule dans un lavomatic, foutez la noire au gnouf ;

Le billard ne souffre pas la médiocrité, certes, mais vous verrez très vite combien la médiocrité peut s’enticher du billard. Sachez juste que de toute façon vous perdriez même au juke-box, qui pourtant n’est pas un jeu. Je parle, une fois de plus, d’expérience. (Cela dit, il me tarde de vous narrer mes exploits au bilboquet, un des jeux les plus injustement négligés par l’homme depuis la guillotine.)

mardi 27 mai 2014

Le prix Messardière: oral, ô désespoir

Connaissez-vous le prix Messardière? C'est un prix littéraire (n'ayons pas peur des mots). Pierre Maury en parle très drôlement sur son blog Journal d'un lecteur. Et Livres-Hebdo nous en apprend un peu plus sur la chose. Comment sait-on qu'il s'agit d'un prix littéraire? Oh, c'est très simple: le jury est entre autres constitué de Gonzague Saint-Bris, Macha Méril, Didier Van Cauwalaert. C'est donc forcément littéraire.
Et que récompense-t-il? Eh bien, là encore, ça a le mérite d'être clair: "un roman français publié au printemps et touchant à l’évasion sous toutes ses formes: amour, aventure, voyage, exotisme…." Vous suivez? L'amour est une forme d'évasion. Check. Le voyage aussi, re-check. La mort? Pas sûr. La prison, bof. La drogue? Euh… Faut voir… L'exil fiscal? On ne sait pas.

La particularité de ce prix vaut le détour (mais pas forcément le billet de train pour Saint-Tropez…) car figurez-vous que les finalistes doivent subir:
 "une épreuve ultime et décisive avant le vote final […]  un grand oral de présentation de leur livre, suivi de questions du jury et du public."
Il fallait y penser. L'oral pour défendre l'écrit. Hum. Pas la peine que Modiano se présente, je crois. Comme si l'obscénité de la compétition et la comédie des lauriers ne suffisaient pas. Maintenant, il faut défendre son livre. Trois candidats, un seul reçu. La mascarade affublée d'atours scolaires? Pourquoi pas… Mais ne pourrait-on pas aller plus loin? Demander par exemple aux candidats de faire eux-mêmes l'auto-critique de leurs livres, les obliger à réécrire certains passages, bref, les faire bosser un peu? On pourrait aussi leur demander, pour les départager équitablement, de faire preuve d'un talent autre que celui qui consiste à taper sur un clavier. Je ne sais pas, moi, un numéro de claquettes, cuisiner un tiramisu les yeux bandés, réciter à l'envers un poème de Maurice Carême. Exiger d'eux un diplôme d'études supérieures? Ou mieux, tiens: obliger les candidats à jurer sur les œuvres complètes de Gonzague Saint-Bris qu'ils n'ont pas encore perdu toutes leurs illusions littéraires.