A paraître en janvier 2013 en LOT49, au cherche-midi éditeur: La Tunique de glace, de William T. Vollmann, premier volume dans le cycle des "Sept Rêves", cette histoire symbolique du continent nord-américain dont est déjà paru il y a quelques années un volume, Les Fusils (Lot49/Babel). Traduit par l'incontournable Pierre Demarty – l'homme qui traduit Didion, Paul Harding… et J.K. Rowling ! –, La Tunique de Glace (en anglais: The Ice-Shirt) est une entreprise romanesque assez particulière, puisque l'auteur se permet de revisiter les célèbres sagas islandaise. Imaginez: Nous sommes au dixième siècle de notre ère. Venus de Suède, de Norvège ou
d’Islande, une longue lignée de rois vikings s’apprête à franchir les océans de
glace qui les séparent d’une terre mythique : le Vinland, sésame de la
gloire et de tous les fantasmes dont l’Amérique sera le nom. Cinq cents ans
avant Colomb, Erik le Rouge, Leif le Chanceux, Freydis Eiriksdottir et quelques
autres seront ainsi les véritables premiers « inventeurs » du Nouveau
Monde. Quittant l’Europe nordique aux vieux parapets peuplés de monstres et de
dieux du froid, ils toucheront à ce pays de cocagne, terre de lait, de miel et
de légendes, avant d’en être chassés par ses habitants natifs, les redoutables indiens
Skrælings…
De cette odyssée grandiose, la
mémoire et les mythes ont été conservés dans l’un des documents les plus
prodigieux de notre littérature : les Sagas
islandaises. C’est à ce monument que s’attaque William T. Vollmann dans ce
roman non moins monumental. L’auteur de La
Famille Royale, des Fusils et du Livre des Violences, depuis longtemps
hanté par les origines héroïques et sanglantes de l’Amérique, ne pouvait pas ne
pas se lancer à la conquête de cette mythologie – mais en la transfigurant au
gré ses propres obsessions, avec la facétie, la folie des grandeurs et le génie
littéraire qu’on lui connaît.
La Tunique de Glace est un opéra de
bruit et de fureur, une ode somptueuse et barbare à la splendeur des paysages arctiques
et à la geste de nos ancêtres vikings, où dans un joyeux tohu-bohu se mélangent
mythologie nordique, fantasmagorie historique, récit de voyage et d’aventures, contes
inuits et pastorale américaine…
Extrait:
"Quand un orage s’annonçait dans le ciel, l’herbe et la mousse semblaient jaunir sous cette lumière. Les glaciers devenaient d’un gris vitreux, striés d’escarpements en cascade. Le vent soufflait par timides à-coups, en rafales de plus en plus fortes. Le bruit qu’il produisait semblait émaner du lit du fleuve, d’où il traversait ces longs corridors de pierre en grinçant, et de quelque part sous les ailes de la Montagne Sans Visage, et l’herbe frémissait (à l’exception des petites plantes de la toundra qui demeuraient parfaitement immobiles), et le ciel s’assom- brissait, le soleil blanc faisant pâle et pauvre figure à présent comparé aux nombreux visages de neige dont le sourire était ô combien plus étincelant que le jour lui-même."
