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vendredi 24 janvier 2014

Le charme du presbytère, l'éclat du jardin (et la clé à molette)


Le roman policier est un genre littéraire à part entière et tout le monde sait que les genres littéraires se définissent, hélas, par leurs limites qui sont comme des clôtures amoureuses de leur champ. On ne sait pas trop dans quel gourbi est né le roman policier, mais on suppose qu’il a (é)puisé son inspiration dans la part de plus en plus importante qu’a prise la police dans nos vies par ailleurs éprises de liberté. D'ailleurs, j'en veux pour preuve qu'on ne parle pas de « romans criminels » mais de « romans policiers », histoire de bien faire comprendre que c'est l'éclat du képi qui compte, et non le vernis du crime.

Les premiers romans policiers sont donc apparus à une époque où les flics avaient le vent en poupe, autrement dit avant qu’on se fasse contrôler pour un oui ou pour un non. Et le fait est que ce genre littéraire repose sur des invariants qui ne varient pas des masses : tout d’abord quelqu’un (x) a commis quelque chose (aïe) de pas bien (oh!), et quelqu’un d’autre (y) va s’efforcer de l’empêcher (han!) de remettre ça ; ensuite, les modalités du crime sont troubles, on n’y comprend souvent pas grand-chose, et il revient donc à l’enquêteur de lire d'abord le roman dont il est le héros pour pouvoir l'énigme. Mais de même que personne n’a encore jamais résolu l’agaçant mystère des chaussettes systématiquement dépareillées après essorage dans la machine à laver, le roman policier se distingue souvent par une énigme faussement résolue qui nous empêche de nous frapper le front en nous exclamant bon sang mais c'est bien sûr.

Je défie en effet quiconque de pouvoir m’expliquer de façon satisfaisante le mystère de la chambre jaune. Et d’ailleurs, pourquoi jaune ? Quant à Sherlock Holmes, laissez-moi rire. S’il suffisait de s’habiller ridiculement et de se droguer pour résoudre une histoire de chien enragé, ça se saurait. Bon, d’accord, certains auteurs s’en sortent mieux que d’autres, et pendant des années la Série Noire nous a bassiné avec Chandeleur, Annette, Goudas, Tomsson et quelques autres, mais bon, personne n’a été dupe : non seulement les héros qu’ils ont mis en scène sont tous des alcooliques qui se font entuber par des fausses blondes, mais en plus ils s’expriment dans un argot parisien très douteux. Ah oui, il y a eu aussi le « nouveau polar », avec des gens comme Manchot, PDG, Puits, Déninque, etc., mais franchement, ça n’a pas servi à grand-chose sinon à agiter le spectre du gauchisme et faire des jeux de mots vaseux. Bref, il était temps de dépoussiérer un genre par trop sclérosé, un genre engoncé dans les stéréotypes, prompt à faire l’apologie du crime ou à stigmatiser dangereusement les faiblesses de la police, un genre qui plus est misogyne, machiste, sexiste, où on passe son temps à picoler et s’aventurer dans des quartiers mal famés en s’étonnant après de se prendre des coups de clés à molette à l’arrière du crâne, j’arrête là, car franchement, reconnaissez-le, tout ça n’est pas très passionnant.

Il importait donc de renouveler de fond en comble, pour ainsi dire  de l’intérieur et sans prendre de gants, histoire de laisser des empreintes durables, ce genre sinistre et pathétique qu’est l’obsolète roman policier.

De le sortir des oubliettes un peu âcres et dignes d’une cave de commissariat où il somnolait entre deux bitures et trois passages à tabac. De l’extraire du marais des complaisances où il s’astiquait le chinois et le pistolet afin de le hisser à la lumière des plus hautes exigences littéraires. Bref, de le transcender, de le magnifier, de lui donner l’occasion non seulement de s’emparer de la queue du Mickey et des couilles du forain, mais également d’être un manège en soi, un éblouissant carrousel avant-gardiste, une iliade et une odyssée digne d’une divine comédie de la légende des siècles !

Oui, s'emparer du roman policier et lui tordre le cou, le ressusciter à coups de pompes sataniques ! Tel était le défi. Or c’est précisément ce que mon roman policier, Les souffrances du jeune ver de terre, malgré l’apparente modestie de son propos et la retenue subtile de son écriture, a complètement oublié de faire. Au suivant !

mercredi 20 novembre 2013

Les souffrances du jeune ver de terre

A paraître le 8 janvier 2014. En Babel Noir. Ours polar? Nouare novelle? Allez savoir. Ce texte, paru au vingtième siècle au Fleuve Noir sous le défunt titre Eloge de la vache folle (mais  épuisé même sur Amazon.arnak, c'est pour dire) reparaîtra donc sous de nouveaux atours. C'est un texte drôle [sic] qui parle de la mort du nouveau-né, des corrections qu'on mérite et aussi d'une méthode inédite d'épilation des harengs (ainsi que des amitiés défuntes). Ça sera le numéro 100 de la collection Babel Noir. On vous dit ça, on ne vous dit rien. Allez, extrait:
"Je m’apprêtais à entamer une quatrième et improbable longueur lorsque mes yeux rougis au chlore devinèrent, à l’extrémité du plongeoir de trois mètres – celui réservé aux acrobates suicidaires –, une forme évidemment féminine, nettement gracieuse et certainement inabordable. Mais les bains prolongés ont la particularité de développer chez moi une certaine assurance propice aux fantasmes.
Le bras caoutchouteux, la bouche fontaine, je crawlai ingénument vers le point de chute hypothétique de la naïade. Celle-ci tourbillonna trois fois sur elle-même dans l’air immobile et vitré, se contracta en une turbulence fuselée, puis, à l’instant même où ses muscles magnifiés par l’effort se détendaient, disparut dans les eaux soudain brouillées, comme avalée, niée, bue. Je la cherchai vainement autour de moi. aucun remous. nulle bulle. je levai les yeux en direction des douches. Personne. Le maître nageur était occupé à réprimander un yuppie qui avait gardé sa cravate pour, disait-il, mieux flotter.
Soudain, petit miracle neptunesque, la déité réapparut sur ma droite, mystérieusement souriante, logiquement mouillée, le crâne capuchonné d’un bonnet ponceau. Son maillot de bain était le plus heureux des hommes."