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vendredi 12 avril 2013

La nouvelle de la mort de Pynchon est très exagérée

La nouvelle de la mort de Pynchon est très exagérée, pour reprendre la célèbre formule de Mark Twain apprenant son propre décès par voie de presse. Quand une journaliste du Monde vous appelle un vendredi en fin de journée (alors que vous envisagez très sérieusement de vous préparer un confit de canard aux pommes) pour vous demander si: 1/vous êtes au courant de la rumeur selon laquelle Pynchon serait mort et 2/ vous êtes au courant de la rumeur selon laquelle Don DeLillo serait Pynchon, forcément, vous vous posez des questions. Mais pas sur Pynchon et son état de santé. L'écrivain est âgé et c'est son droit de disparaître. Sa mort le regarde, comme nous tous. Non, vous vous posez des questions sur les réseaux, puisque c'est par eux, et par Twitter plus précisément que la fausse et morbide nouvelle s'est répandue. Et vous vus demandez pourquoi les journalistes vibrent dès que la toile frémit. La peur de rater un scoop? Mais les amis, la mort d'un homme n'est pas un scoop. Pas que je sache. Bref, il a suffi qu'un crétin ouvre un faux compte DeLillo et annonce que Pynchon était mort (et ce il y a à peine trois heures!) (parce qu'il était Pynchon, et avait donc écrit, bien qu'étant DeLillo, tous ses romans depuis les années 60 – oh my god…), pour que l'info – l'un-faux – circule et que les rédactions s'affolent. Avec  seulement 1720 abonnés, ce crypto-DeLillo a réussi à semer le doute. Jusqu'au Monde. Au point de m'interrompre dans la contemplation d'un canard en train de confire.
Bon, on n'a rien contre le canular littéraire. Il permet parfois de lever certains lièvres et de déclencher des questions assez grotesques. Combien de fois m'a-t-on demandé si Pynchon existait vraiment? La question est tellement dépourvue de sens qu'on ne sait quoi répondre. Et si Shakespeare n'avait pas écrit ses pièces, mais qu'elle étaient l'œuvre d'un autre auteur se faisant appeler Shakespeare? Je suis plus inquiet pour tous ces écrivains qui se croient vivants alors que leur œuvre clame le contraire.
En fait, avec les réseaux, un nouveau sport est apparu. L'annonce (prématurée) de la mort d'une personne connue. Comme si, face à la pseudo existence que le réseau confère à des gens qui pensent qu'avoir la parole sous forme de bytes c'est réinventer la démocratie, on bénéficiait soudain, faute d'avoir quelque chose à dire, du pouvoir (bidon) de vie et de mort, le but étant bien sûr d'attirer les regards, sous forme de connections, de followers (ces disciples électroniques dotés de peu de foi, en vérité), et de les attirer sur soi, ce fameux soi qui fait apparemment défaut à tant de gens, lesquels en rêvent au point de ne plus dormir. Ah, exister sur la toile! Rappelons que cette pensée est apparue pour la première fois dans l'esprit d'une mouche et qu'elle l'a plutôt regrettée.
Alors non, désolé boys & girls, Pynchon n'est pas mort. Comment je le sais? Oh c'est très simple. Il m'a dit un jour que si jamais il venait à mourir, il m'appellerait dès le lendemain pour me confirmer la nouvelle. Or c'est un homme de parole.