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vendredi 7 mars 2014

De Charybde en Quetteville

Ceux qui connaissent Sophie Quetteville savent ce qu'il en est: cette femme est une agitée aux mille bocaux. Ancienne libraire (MK2 Quai de Loire, Le Genre urbain, et rapide passage à Compagnie), ardente défendrice (eh oui) de la plus exigeante littérature, capable de monter sur une table à tout moment pour déclamer du Hélène Bessette ou d'imiter à brûle-pourpoint l'approche circonspecte du suricate, Sophie Quetteville a plus d'une passion dans son sac, et c'est en tant qu'inlassable lectrice que la librairie Charybde lui a demandé de venir jouer – non: incarner ! – le rôle de libraire d'un soir.
Donc, tonight, vendredi 7 mars, à 19h30, elle présentera sept ouvrages particulièrement chers à son cœur à la librairie Charybde, 129 rue de Charenton, 75012 Paris (09.54.33.05.71 – M° Gare de Lyon).

Signalons que la librairie Charybde n'est pas moins active que la grande Sophie, puisqu'elle multiplie à un rythme réjouissant les rencontres de qualité entre ses murs. Pas plus tard que mercredi dernier, elle invitait Emmanuel Ruben pour un ouvrage paru aux éditions du Sonneur, Kaddish pour un orphelin célèbre et un matelot inconnu. Ruben dont on devrait entendre parler à mon avis lors de la parution le 2 avril prochain chez Rivages de son excellent roman La Ligne des glaces (on vous en causera longuement lors de sa parution).
Charybde recevra également bientôt l'exponentiel Sébastien Doubinsky le 19 mars, et le duo Carole Zalberg/Arno Bertina le 28 mars. Croyez-moi, on n'est pas couchés…

mardi 4 février 2014

Bander l'arc: Bertina et les ruades de la bête

Les récits d'élaboration d'un texte sont, au final, assez rares. Souvent, on ne trouve que quelques mentions dans des notes, au fil d'un journal. Que se passe-t-il? Quelles pistes sont perdues, modifiées? Quels échecs ponctuent le "progrès"? Autant de raisons de lire attentivement SebecoroChambord, un journal de résidence, un court mais lumineux texte d'Arno Bertina.
Or donc : à la faveur d'une résidence de trois mois en 2012 au château de Chambord, l'écrivain Arno Bertina, qui a sur le feu un texte intitulé Numéro d'écrou (paru depuis au Bec en l'Air), va profiter de ce trimestre entre les murs (et quels murs!) pour non seulement écrire son livre mais surtout interroger les problématiques qu'il lui pose (c'est un livre sur Idriss, un sans-papier malien originaire de Sebecoro, c'est un livre avec des photos d'Anissa Michalon).
Ecrire sur un projet en cours est compliqué: ça peut menacer jusqu'à l'accomplissement du projet. Mais pour Bertina, "l'écriture est d'abord une façon de se mettre en mouvement", il bougera donc deux fois plus, s'il le faut. Alors il s'interroge: écrire un livre à deux, penser la position de l'immigré, écrire sur un sans-papier malien quand on est dans un château conçu au départ pour François Ier… Bon, le mur d'enceinte de Chambord est long de 32 km, "comme le périph'", lui dit-on, ce qui permet au moins à Bertina de spatialiser et d'opérer des conversions imaginaires. Bertina cherche alors, dans quelques "ailleurs", les moteurs de son écriture, de son rapport à l'écriture, la mémoire, ses grands-parents, etc. Et surtout il se penche sur ce qui lui semble, parfois, des faiblesses dans d'autres de ses textes.
Car l'enjeu, au final, est de taille, puisque la question qu'est en droit de se poser l'écrivain est la suivante: ai-je progressé? Là-dessus, Bertina (qui pense que oui, il a progressé) est clair:
"L'expression est atroce, évidemment – tout comme l'idée que je me la raconte, sans doute –, mais elle désigne autre chose que l'habileté ou le savoir-faire: le sentiment, par exemple, de mieux repérer les fausses notes (plus rapidement, et de manière plus exhaustive); celui d'avoir enfin pris le dessus (mais la bête est encore capable de ruades désarçonnantes) sur la tentation de souligner, motivée par la crainte de ne pas être compris, et – plus détestable ou consternant – le désir que le lecteur ne passe pas à côté de l'intelligence du texte."
Tout cela, Bertina l'appuie par des exemples précis, pris dans ses textes passés et son texte alors en cours. Pas d'impudicité, pas de fanfaronnade à l'envers: juste rappeler que "la phrase n'est pas un écrin pour les mots ou les images, c'est un arc bandé." Donc: comment bander l'arc? comment être sûr qu'on l'a bien bandé? Le doute, le travail, la chasse aux complaisances, l'étude des erreurs, la réflexion permanente sur le travail fait et à faire: impossible d'en faire l'économie si l'on veut "échouer mieux". 
Bertina le dit d'ailleurs assez malicieusement à la fin de sa préface:
"A Chambord je ne me suis pas rasé, le matin, en m'imaginant roi."
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Arno Bertina, SebecoroChambrod, un journal de résidence, éd. domaine national de Chambord/Ciclic, 9€

mercredi 17 avril 2013

Lit, écrou & aberration : Sorman, Bertina, Sorrentino

 On vous engage à vous rendre ce soir mercredi 17 avril à la librairie Atout-Livre où aura lieu une rencontre avec les écrivains Joy Sorman et Arno Bertina – et le photographe Frédéric Lecloux – autour de leurs derniers livres, parus tous deux aux éditions Le Bec en l'Air.

C'est à 19h30, et pour les renseignements, c'est ici. Ils nous expliqueront le comment et le pourquoi de leur travail dans le cadre de la collection Collatéral :

Lit national (texte Joy Sorman / photographies Frédéric Lecloux) et
Numéro d’écrou 362573 (texte Arno Bertina / photographies Anissa Michalon).
Point commun de cette collection : un dialogue entre texte et image. "La collection Collatéral, qui mêle le regard d’un écrivain à celui d’un photographe, est emblématique de cet exercice de croisement. Les écrivains de la collection découvrent dans le dialogue avec l’image un mode d’expression stimulant et souvent inédit pour eux." Voilà, c'est dit.
(Bien sûr, si vous avez le don d'ubiquité, vous pouvez également vous rendre le même soir, à 20h, à la librairie Le Comptoir des Mots, pour écouter Bernard Hoepffner vous parler de Gilbert Sorrentino. Les infos c'est plutôt ici. Je cite: "A l’occasion de la parution d’Aberration de lumière aux éditions Actes Sud, son traducteur vient nous faire partager sa connaissance intime de l’œuvre de Gilbert Sorrentino (1929-2006).")
Bon, je vous laisse, je dois aller me couper en deux.
 

lundi 1 octobre 2012

Cadence Cadiot

Retour de Manosque, ni définitif ni durable, on l'espère. Les Correspondances, conduites à merveille de scène en salle, ont permis moments et rencontres, voix et regards. Il y a eu cet échange avec Arno Bertina, assez magique, où, passé quelques tâtonnements autour de nos deux livres (ce qu'ils, malgré eux, disent), chacun s'est autorisé à décrire le mouvement de l'écriture, Arno expliquant, avec en contrepoint les précises arabesques laissées dans l'air par ses mains, quel moteur est le doute, et combien la recherche d'une adéquation entre vitesses de pensée et d'écriture sous-tend son travail, ce que progresser veut dire pour un écrivain. Car oui, Manosque est un des rares festivals où on peut parler écriture, et non raconter ce qui l'est déjà (merci à Yann Nicol et Pascal Jourdana, entre autres, de laisser se déployer les intermittences et les métaphores). Il y a eu cette parole tenue et quasi nocturne de Bernard Comment sur son ami Tabucchi, impeccable, tout en boucles et écarts, accompagnée de longs extraits dont il était difficile de se défaire. Il y a eu Emmanuelle Pireyre, distillant sa note juste à bonne et généreuse distance du public, extorquant rires et sourires, légère, prudente dans ses audaces et audacieuses dans ses prudences, parce que la féérie, parce que la musique. Et puis des rencontres, entre deux moments, dans la rue, à une terrasse, au bar-librairie du Théâtre… François Bon le premier vu et qui vous prend en photo comme on vous serre contre lui. Sylvain Prudhomme, qui non seulement ne craint personne au bras de fer, mais dont le sourire, tout juste revenu d'Afrique, vous ouvre les pages de son livre. Joy Sorman, Frédéric Forte, les libraires, les bénévoles, les éditeurs…
Mais impossible de rapporter tous les croisements, échanges, marques de confiance, dons et rires. Juste évoquer un grand moment, celui que fut la lecture d'Olivier Cadiot le dimanche à 11h. On a pensé évidemment au piano préparé de John Cage, quand Cadiot s'est mis à lire des morceaux de son Mage et d'un travail en cours (intitulé "Balzac", et s'échouant à Ruffec…), les commentant parfois à même les plis de sa lecture, montrant toutes les coutures et les cachant toutes, tant son art du bégaiement et du ressort rendait justice au trépignement même des mots. Cadiot, exposant le chantier en cours, nous en faisant partager les éboulements et obstacles, jonglant avec ses hésitations, tantôt hilarantes tantôt poignantes, à nu dans les invisibles déguisements de l'empereur, mécanicien génial ne parlant finalement que musique, tension, respiration, sa voix toujours en construction, s'interdisant les élans, revenant sans cesse sur la feuille, qu'on tourne, et tourne encore, consistante jusque dans le silence. Cadiot qui prend son temps, habité, comme Bertina et quelques autres, par le doute, ou plutôt la force du doute. Leçon. De lumière.

vendredi 28 septembre 2012

Sous le soleil de Manosque

Du 26 au 30 septembre ont lieu, à Manosque, "Les Correspondances". On le sait, il ne s'agit pas d'une manifestation à la gloire de la passion épistolaire pas plus que d'un grand raout organisé par les Postes (ni d'un long colloque autour du poème de Baudelaire), même s'il y est question de lettres, même si la Fondation la Poste y apporte son substantiel écot, même si on pourra y entendre de longs échos qui de loin se confondent. Cette année, une fois de plus, la manifestation littéraire accueille une tripotée d'auteurs et organise lectures, concerts et rencontres. Ça a commencé mercredi avec une déambulation littéraire de Frédéric Forte et un concert des Têtes Raides scandant du Genet et du Vian. Jeudi, le niortais Enard s'est entretenu avec le colombien Juan Gabriel Vasquez et le grand Marcon a honoré Rimbaud comme il se doit, tandis que Dominique A., pierre de touche des Correspondances, a donné une lecture musicale. Comment s'en plaindre?
Nous sommes vendredi, si l'on en croit le calendrier (des Postes!) et on a hâte d'aller écouter François Bon et Pascal Dibie nous parler de ce qui tient dans la main et ne fond pas dans la tête (objets + portes à 16h30). Il y a aussi Joy Sorman à la même heure (on va donc se couper en deux, mais comme c'est pour entendre parler boucherie et abattoir, ça fait sens), Emmanuelle Pireyre avec un one-woman féérie à 17h, et Manuel "Autour" Candré à 18h… (et re-Dominique A à 22h30).
Le samedi, je serai présent pour les Apéros littéraires du comité de lecture, à 11h du matin (on met son réveil, hein) en compagnie de Joy Sorman. Puis je m'entretiendrai à 15h, place de l'Hôtel-d'Herbès avec Arno Bertina sous la houlette de Yann Nicol, on causera donc LSD et balle jaune. Vous pouvez également m'écouter lire un extrait de mon livre sur le site de Télérama – ne réglez pas votre poste, c'est normal si c'est frituré et cascadé… Le soir, comment ne pas aller s'étendre dans Le Cantique des Cantiques et savourer un Hommage à Mahmoud Darwich avec Rodolphe Burger au chant et à la guitare? C'est à 21h, dans la Grande salle du théâtre Jean-le-Bleu.
Dimanche, à 11h, une évidence: Olivier Cadiot dans la petite salle du même théâtre pour une lecture rencontre. A 15h, le docteur Deville causera maladies graves place de l'Hôtel de Ville et on s'en réjouit. Et à 18h30, pour ceux qui seront restés jusqu'au bout, allez voir le film de Laurent Cantet, Foxfire (adapté d'un roman de Joyce Carol Oates), en présence du réalisateur et des productrices du film, les délicieuses Carole Scotta et Caroline Benjo (Haut et Court) auxquelles mon roman Tous les diamants du ciel est dédié, si vous voulez tout savoir.
Bon, il y a des tonnes d'autres choses à voir et lire. Le programme est . Vous êtes grands, vous saurez vous débrouiller. Sinon, le timbre vert coûte 0,57 centimes d'euro et permet d'envoyer jusqu'à 20 grammes de marchandise licite. Et, oui, Jean Giono a bien habité à Manosque : au 1, rue Torte, où il est né le 30 mars 1895 ; au 14, rue Grande, où ses parents ont déménagé peu de temps après ; au 8, rue Grande, où il s'est installé en 1930, après son mariage. On ne vous avait  donc pas menti au sujet du hussard immobile qui voyage sur les toits. On déplorera en revanche qu'on ne nous parle jamais de cet autre Manosquin, Elémir Bourges, l'immortel auteur de Les oiseaux s'envolent et les fleurs tombent. Ou pas.

jeudi 22 janvier 2009

Le Clavier Cannibale

Sous ce titre paraîtra début mars (le 12 je crois) un recueil de textes de non-fiction, près de 250 pages d'articles inédits ou parus ici et là – certains ayant été repris sur ce blog ou son ancienne et défunte version –, traitant tour à tour de la traduction, d'écrivains américains, français mais aussi d'éditions. Une lecture/signature est déjà prévue à la librairie L'Arbre à Lettres Denfert, a priori le 2 avril, on confirmera ça bientôt.
C'est publié par Inculte, dans la nouvelle collection "Temps Réel" où paraît cette semaine un livre de Luc Sante, My Lost City sur lequel on revient très vite parce que c'est comme on dit roboratif. [Les maquettes sont signées Yann Legendre, décidément très fortiche.]
Par ailleurs, les éditions Arléa ressortent dans leur collection de poche mon tout premier roman, Ezzelina (paru… en 1986), et bon, ça devrait sortir en avril.



[Sinon, rappel: demain soir, Enard et Bertina présentent le nouveau livre de Rohe avec l'auteur à la librairie L'arbre à Lettres Mouffetard. Venez beaucoup.]

samedi 20 septembre 2008

Bertina: Des bulles sous la banquise

Le nouveau texte d'Arno Bertina (sortie le 2 octobre aux éditions Verticales) s'appelle Ma solitude s'appelle Brando, mais celui qui dit "je" dans ce titre n'est pas l'écrivain (nul egopathie chez Bertina), mais un aïeul, un disparu brièvement croisé dans l'enfance, quand les chemins, divergents ou perpendiculaires, s'essaient magiquement au parallélisme. Bertina ne cherche pas à composer un portrait, il crée des souvenirs, précis comme des miniatures, scandés comme des arpèges à ressorts, et les ayant brassés les redistribue. Cet aïeul est autrement plus intéressant que le Tartarin mis récemment en scène par Olivier Rolin: moins de panache, moins de rodomontades, il est d'une chair plus volatile qui n'avale jamais l'écriture. Bertina tourne autour de lui tel un oiseau, sans jamais le becqueter, mais en le scrutant de ses phrases parfaites. Car Bertina nous donne ici une impressionnante leçon d'écriture: et si l'on peut, effectivement, penser à Pierre Michon (des vies minuscules plus grandes à l'intérieur qu'à l'extérieur, une syntaxe aux phalanges rusées), on pense parfois à Glenn Gould chuintant au-dessus du clavier, ou plutôt, à Keith Jarrett et son Köln Concert: une précision sans cesse renouvelée de la scansion. Certains passages se lisent avec les doigts, comme si la lecture découvrait des mètres cachés, une gamme subtile:

Ce n'est que par là – cette chose qui vous ulcère – que je mériterai pleinement de mon sang – je vous ôte ces mots d'une bouche dont vous gardez les lèvres pincées ; si nous étions nobles vous auriez du "sang" plein la bouche, mais nous ne le sommes pas et ne pouvons parler que de droiture ou de vertu.
Cet aïeul a voyagé, a administré des colonies (l'Afrique fantôme hante le livre), il est revenu, a vieilli, a décliné selon certains, implosé selon d'autres ("son espace mental s'est encore agrandi", constate le médecin…): le texte de Bertina, lui, ne se laisse pas coloniser par la nostalgie, ni exiler par l'exotisme, il avance, par blocs savants et mesurés, variant les vitesses, avec un art ponctuant qui laisse admiratif. Et jouant des temps verbaux comme un chimiste désireux de créer de minuscules précipités, d'infimes explosions.

Il y a quelque chose de mâle dans cette histoire. […] De mâle cassé pourtant, ou toujours sur le point de rompre, trop tendu vers une chose qui est hors d'âge, creusant dans leur vie un hiatus large comme un ventre vide.
Sous couvert de mémoire par contumace, Bertina crée sous nos yeux un art poétique qui jamais ne se regarde, qui jamais ne s'oublie – il dit ainsi la fêlure et des corps et des souvenirs, et des vies et des époques. Ma solitude s'appelle Brando – parce qu'un homme est une île, une terre littéralement "désappointé" – est lui-même scindé en deux, d'abord le déroulé déréglé d'une vie, des questionnements et des rêveries, une approche du sujet par esquives et caresses; puis le vent souffle, décollant les pages de l'album, et passé la page 44, les paragraphes débutent par des hiatus, justement, des (…) sont comme des grains de sable s'échappant entre les doigts du narrateur-sablier.

Sous-titré "hypothèse biographique", Ma solitude s'appelle Brando, fort de ses impeccables soixante-dix neuf pages, envoûte très sereinement le lecteur tel un piano perdu dans le désert, ou comme ces bulles dont il est question dans le livre, des bulles d'air qui se déplacent sous la banquise à la recherche d'une issue. Qu'est, et dans le ravissement, la lecture.

(Note: dans un commentaire laissé à la suite d'un autre post portant sur un autre livre, quelqu'un m'a reproché de ne traiter que des écrivains-amis ou bien des auteurs publiés par mon éditeur; je préciserai donc qu'Arno Bertina est mon ami et qu'il est publié par mon éditeur. Qu'on reproche donc à Arno d'écrire des livres qui me parlent et à Verticales d'en éditer – dans cette affaire je n'y suis pour rien. L'amitié littéraire a pour moi un sens qui se passe d'ascenseur et de censeur.)