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lundi 16 juin 2014

Comment taire / commentaire

Un article paru dans Slate – que signale Assouline sur son blog –, aborde, très superficiellement, la question des commentaires sur les blogs, et révèle que nombre de sites tendent à les bannir de plus en plus. Pourquoi? Parce que, selon Slate, les commentaires sont souvent lapidaires, agressifs, à côté de la plaque, et finissent par intéresser plus les lecteurs de reparties et autres trolls que les consommateurs d'articles de fond. Du coup, on verrait se développer une "culture de la moquerie", avec tous les effets pervers qu'on peut imaginer.
Alors, qu'en est-il du commentaire? Le problème est en fait assez simple. A la base, un article, plus ou moins approfondi, plus ou moins pensé, articulé, qui autorise les commentaires (après validation, souvent). Disons que la fenêtre est entrouverte. En revanche, il n'y a pas pas obligation de commentaire. Ni indication sur la nature possible du commentaire. Ce n'est pas une party. Et surtout, il arrive parfois, même souvent, que l'article n'appelle pas de commentaire.
Est-ce à dire qu'il n'y ait rien à ajouter, rectifier? Non, bien sûr, mais une réponse appropriée exigerait de la réflexion, du recul, des recherches, autrement dit du temps. Or l'usage qui est fait d'internet repose sur l'immédiateté, le réactif, en conséquence de quoi le commentaire renonce à la temporalité de la glose pour se réfugier dans le déjà-là de la remarque. Au lieu de réfléchir et de décider si un commentaire est nécessaire, l'internaute, qui vit peut-être dans l'illusion que le monde électronique est une agora, voire un forum, recourt souvent au commentaire pour s'éviter la lecture intégrale (ou relecture) de l'article. Bref, la parole vient faire acte de présence et de réaction: je commente donc je suis. Comme si le silence de la pensée n'avait pas de valeur, étant invisible. Les réseaux – Facebook, Tweeter, etc. – fonctionnent d'ailleurs presque uniquement sur le principe du commentaire. Tout énoncé appelle d'autres énoncés. Mieux (ou pire): tout énoncé produit d'autres énoncés, qui le remplacent plus qu'ils ne l'enrichissent. C'est le principe infini de l'accrétion, qui fait l'économie de la mémoire et de la réflexion.
Bien sûr, ce serait négliger un aspect fondamental de l'interactivité du net: le convivial. Mais il semblerait que l'agressivité profite impunément de ce principe de convivialité. Comme si, au final, la masse des énoncés circulant était vécue et perçue comme un entité consciente, et que le commentaire devenait l'espace inconscient où libérer les pulsions. Bref, le commentaire agirait à la façon d'un ça. (Au fait, ne cherchez pas le surmoi, il n'a pas encore été inventé.)
Le fait est que commenter est souvent plus complexe que simplement exposer ses vues. Presque aussi complexe que se taire. Que disait déjà Al Capone? Ah oui : "Quand je voudrai votre avis, je vous le donnerai."