FestivAlvugnon (3) : Silence, par Lucie Antunes et Mathilde Monnier

 


Il faut imaginer le décor naturel: la carrière de Boulbon. À ciel ouvert et déchiqueté par les bords d'une passe en fictif écroulement. Dans cette arène sèche, sur scène, un immense disque blanc rappelant un 33t démesuré ou une surface lunaire encore jamais profanée. Et au centre de ce disque, groupés comme des amis de longue date, une batterie d'instruments de musique. C'est alors que la transe commence, partie du centre elle envoie à la périphérie du disque sept danseurs qui chacun reçoit et incarne les décharges de sons.

Outre la musique intensément envoûtante et les danses toutes en ondulations et fractures, ce qui marque c'est l'absolue solidarité de cette phalanstère, chaque dansant se démenant comme une particule, à la fois soucieuse de ses échos et attentive à la proximité des autres particules. On est comme dans un prodigieux cyclotron, où l'énergie accumulée et diffusée passerait par des canaux amicaux, bienveillants. Bref, le "silence" mis en onde par Lucie Antunes lui permet, grâce à la magie-Monnier, de nous donner à voir ni plus ni moins la formation et exultation d'une communauté.

Et tandis que les dansants tournent autour de la piste et autour d'eux-mêmes, tantôt déchaînés, tantôt rampants, tour à tour glorieux, humbles et tordus par les affects que distille la musique, on a l'impression d'être face au Mystères d'Eleusis, au cœur du Télestérion. Mais cette fois-ci, le chamanique l'a emporté sur le mythique, et ce sont des états de conscience modifiée qui ici troublent et dynamisent les corps.

On sort de cette "scene" plein d'ondes généreuses, longtemps suivi par les sourires de Lucie Antunes et Mathilde Monnier. Pour une fois, le silence était d'or et nous a réveillés.

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https://festival-avignon.com/en/edition-2026/programme/silence-355010

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