jeudi 12 avril 2012

Demarty foudroyé, mais Demarty primé

Le prix Maurice-Edgar-Coindreau, un prix récompensant un traducteur pour son travail sur un ouvrage écrit en langue américaine, a été décerné hier à Pierre Demarty pour sa magnifique traduction du roman de Paul Harding, Les Foudroyés, paru en mars 2011 au cherche midi éditeur dans la collection Lot49.
Pierre Demarty a également traduit L'année de la pensée magique, de Joan Didion, Le livre des fantasmes, de Brett Kahr, Prières exaucées, de Truman Capote (avec Marie-Odile Fortier-Masek), Suite indienne de Paul Theroux, etc.

Il travaille actuellement sur la traduction d'un roman de Vollmann, The Ice-Shirt, à paraître en janvier 2013 en Lot49.

Et maintenant, musique (et bravo, Pierre !):

"L’homme à qui il arracha une dent s’appelait Gilbert. Gilbert était un ermite qui vivait dans les profondeurs des bois, près du fleuve Penobscot. Il semblait n’avoir nul autre abri que les bois eux-mêmes, mais il se pouvait aussi, à en croire certains chasseurs de cerf, d’ours et d’élan de la région, qu’il se fût installé dans la cabane abandonnée d’un trappeur. D’autres pensaient qu’il vivait peut-être dans une espèce de hutte perchée dans les arbres, ou tout au moins un appentis. Tout le monde savait qu’il vivait dans la forêt depuis des années, mais jamais le moindre groupe de chasseurs en hiver n’avait aperçu ne serait-ce que les cendres d’un feu ou une seule empreinte de pas. Personne n’arrivait à imaginer comment un homme pouvait survivre à un seul hiver, livré à lui-même en pleine nature, et moins encore pendant des décennies. Howard, plutôt que d’essayer d’expliquer l’existence de l’ermite en convoquant l’hypothèse de feux de bois et autres cabanes de trappeur, préférait s’en tenir au grand vide que l’homme semblait de fait avoir élu pour domicile ; il aimait songer à une ornière dans les bois, un refuge dont seul l’ermite savait deviner la présence et trouver l’accès, où la glace et la neige, où la forêt gelée elle-même l’accueillaient, et où il n’avait plus besoin ni de feu ni de couvertures en laine, mais se contentait d’aller dans son seul habit de neige, tissé de givre, les bras et les jambes comme du bois froid et le sang comme une sève glaciale."
(Extrait des Foudroyés, de Paul Harding, traduit de l'américain par Pierre Demarty.)

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