"Elle ne les voit pas, pas vraiment ; les spots qui
l’aveuglent et l’exilent ont fait d’eux des parodies
de meubles, elle sait juste qu’ils sont là, repère
chacun d’eux à sa respiration, au froissement de
tergal d’un genou, à la braise d’un cigarillo, les
sentant soudés dans la moiteur du même complot.
Ils suivent la sente de ses gestes et s’entraînent à la
désirer, mais leur excitation est mâtinée d’ennui,
comme celle de ces dogues qui ont compris que
l’os dans l’assiette du maître ne finirait pas dans
leur gamelle, pas ce soir. Parfois, un doigt bagué
fait tinter la bedaine d’une chope, la flamme d’un
briquet éclaire une lèvre mordue. déjà les têtes se
penchent, les mains montent aux bouches pour
former un fiévreux cornet ; ils aiment commenter,
confier à leur voisin la petite pensée érectile qui
leur permet de vérifier que l’abjection est la langue
commune. Ils s’estiment inoffensifs, mais c’est juste
une estimation, qu’ils pourront toujours réviser à
la hausse."
(extrait de Crash-test, à paraître chez Actes Sud le 19 août à 10h32)

Sur la piste nocturne, la bouche entr'ouverte s'exerce au sourire intermittent,
RépondreSupprimerles néons des boutiques de Pigalle, les magazines affriolants,
où vont se promener, sur le papier glacé, ces mains viriles
un verre de bière à la main, et des pensées les plus subtiles….
La moiteur du complot ne révèlera pas seulement le dos,
mais tous les petits secrets des demoiselles
( il suffira d'imaginer la tiédeur de leur peau )
outrepassant largement la souplesse de leurs mamelles
elle laissera tomber la totalité des dessous devenus inutiles,
nous pénétrons de plein pied dans le nuit érectile...
RC