mardi 14 mai 2013

Quand la littérature fait boum

Existe-t-il, à l'instar de ce qu'on a appelé la "littérature concentrationnaire", une littérature incendiaire, je veux dire une littérature non pas axée sur on ne sait quelle pyrotechnie festive mais sur le rude phénomène du bombardement? Des livres tournant autour de la bombe, tels des soleils révolus, et sachant raconter la guerre sous l'angle du matraquage aérien ? Et qui, bien sûr, n'en ferait pas l'apologie (sinon ça serait trop facile, et on pourrait fournir une abondante biblio).
J'en vois au moins trois susceptibles d'occuper ce pétaradant podium. Il y aurait tout d'abord De la destruction comme élément de l'histoire naturelle, l'essai de Sebald paru chez Actes Sud, qui regroupe trois conférences prononcées en 1997. Puis viendrait l'indispensable Human Smoke, de l'américain Nicholson Baker, disponible chez Bourgois. Et enfin, moins connu peut-être mais inégalable et magnifique, Maintenant tu es mort, – le siècle des bombes, de Sven Lindqvist, paru en traduction en 2002 au Serpent à Plumes, livre-jeu de l'oie, infini et terrible. A eux trois, ces livres, s'ils figuraient au programme scolaire, suffiraient à éclairer les nouvelles générations quant à la rouerie humaine et son cynisme technologique. On pourrait bien sûr, Dresde oblige, leur adjoindre Abattoir 5, de Kurt Vonnegut. Mais encore?
Je vous invite très cordialement à compléter cette bibliographie explosive (mais vous prie néanmoins de ne pas y faire figurer des ouvrages portant sur des bimbos, un peu de sérieux, que diable).

13 commentaires:

  1. Cette littérature incendiaire nourrie de réalité suicidaire mentionne-t-elle de son faisceau puissant les irrégularités du relief les interstices les mesquineries inavouables des êtres aux commandes tapis dans l'ombre des ministères Mao porno addict en point d'interrogation inquiétant finalement jusqu'à la mort des millions de suspects d'état, psychopathologie non déclarée des gouvernants qui de temps à autre trouve sa lumière pointe son nez sans rien dévoiler de la queue de l'animal qui dévie dans sa valise diplomatique pour se soulager de la pénibilité des responsabilités avec selon qu'il soit gougeât ou sadique en récompense cerise sur gâteau l'indifférence ou la satisfaction face aux dommages collatéraux.

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  2. "L'Encyclopédie des guerres" de Jean-Yves Jouannais doit certainement comporter quelques passages sur le sujet.

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  3. « Et c'est juste ici, sur cet écran obscur et silencieux, qu'est pointée la Fusée. Elle descend à quinze cent mètres par seconde, absolument et à jamais silencieuse, elle franchit ce dernier espace juste au-dessus du toit de ce vieux ciné, le dernier delta-t.

    Vous avez le temps, si vous avez besoin de réconfort, de toucher la personne à côté de vous, ou bien de tendre la main vers vos propres cuisses...»

    Thomas Pynchon, L'arc-en-ciel de la gravité. Trad. Michel Doury

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  4. Pluie noire, de Masuji Ibuse. Et tant qu'on y est, les Notes de Hiroshima de Kenzaburô Ôé.

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  5. Vu de l'autre côté des bombes, Catch 22 de Joseph Heller.

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  6. Le livre de Sebald s'étonne précisément du peu d'ouvrages portant sur les bombardements subis par l'Allemagne (qui l'avait bien cherché).

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  7. NORMANCE de Louis Ferdinand Céline.

    Seul sans Féerie pour une autre fois!

    NORMANDE:les bombes se répètent,les bombes bêtes et bruyantes comme,hélas,les hommes qui les reçoivent.

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  8. Sebald évoque Gert Ledig avec "Sous les bombes", qui vient de reparaître en poche chez Zulma, un des rares livres sur les bombardements vus par les Allemands. Boum.DV

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  9. Une mémoire pour l'oubli de Mahmoud Darwich.

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  10. (Je me permets de signaler à votre intention l'ubuesque article ci-joint : http://bibliobs.nouvelobs.com/actualites/20130514.OBS9008/j-ai-traduit-dan-brown-dans-un-bunker-il-y-avait-deux-gardes-armes.html )

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  11. J'ai toujours des frissons quand je pense à "Mes deux guerres" de Moritz Thomsen; l'une faisant référence à ses rapports avec son père "tyrannique", l'autre à son expérience de bombardier pendant la deuxième guerre mondiale. Livre autobiographique (comme toute son oeuvre), ce n'est pas de thèse ni de combat d'idées dont il s'agit ici mais de vécu, dont la brutalité est rendue avec une sensibilité et une justesse rares, avec une une plume très fine et subtile.
    C'était sorti chez Phébus à l'époque, et semble malheureusement épuisé aujourd'hui (en français du moins), et reste l'un de mes livres préférés. J'en profite aussi pour signaler l'immense qualité des autres livres de Thomsen; Le Plaisir Le Plus Triste et La Ferme Sur Le Rio Esmeralda.

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