Nos vies comme des listes d'autres indispensables
Si je devais tenter la chose, au-delà du père-mère qui est comme la base viciée d'où doit déccoller l'impossible fusée vouée à retomber sur terre, j'aimerais laisser défiler, sans commentaires, les chas par lesquels le fil de ma vie est passé, passe. Des chas comme des visages indispensables, des voix distinctes, des démarches aimées, des gestes adoptés. Des êtres-étapes, souvent trop chéries, souvent délaissées – puisque quitter c'est isoler dans le temps ce qu'on a aimé. Ce serait une liste folle, illisible (même peut-être par moi), et il y aurait de nombreuses lacunes, puisque certaines escales n'ont pas eu l'heur d'être nommées.
Mais néanmoins, on créerait ainsi, peut-être (j'en doute, mais) un genre moins littéraire que poétique (au sens doucement élégiaque), assez illisible mais pertinent, visible pour certains, opaques pour d'autres. Etablir, donc, une liste, de ceux et celles (réel.les, imaginaire…) qui ont compté pour nous nous ont façonnés. Pas juste les amis, les amours, les hamsters. Mais les croisé.es, ceux que en croisant notre chemin lui ont donné teinte, dérapage, que sais-je.
Ferai-je cette folle liste? Y aurait-il un risque? Le risque qu'elle me prenne un temps supérieur à la fabrique de nouvelles balises? Le risque qu'elle m'aspire dans le délicieux égout du passé? Est-elle même faisable? Pas juste des noms d'écrivain.es, pas juste des noms d'ami.es, d'ennemi.es, pas juste des rencontres, des frôlements, des lectures, des catastrophes, des morts. Juste des noms croisés, dans leur chair ou esprit, lettre ou trace. On est qui, en fait? Un répertoire? C'est peut-être ça. Un répertoire; c'est un carnet, collé au cœur, c'est, aussi, surtout, musical. C'ets ça, non? Nous pensions être des agendas alors qu'en fait nous étions des répertoires. (Mais trop tard, il n'y a plus que des applis, conclut le vieux con qui nous attend au tournant.)
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PS Ma copine Zendaya est d'accord, c'est le principal.



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