Être lu par combien?
Être lu par combien? Cette question, discutable, travaille les auteur.es. C'est quoi combien? Techniquement, c'est ce que l'éditeur, et les représentants, appellent la mise en place, décidée en même temps que le tirage. Deviner le nombre de lecteurs/lectrice potentiel.les, imaginer le tirage rendant possible ces ventes. D'après quoi? La qualité du texte. LOL. Non, hélas, d'après les ventes précédentes du précédent ouvrage. Votre livre s'est mal vendu mais vous venez d'écrire "Madame Bovary", tant pis pour vous, c'est fichu, on a les chiffres…
Aujourd'hui, l'économie du livre est wall-streetée jusqu'à la garde. Les représentants de la maison d'édition qui vous publie, les libraires à qui on présente votre nouveau livre ont accès, via des datables, à vos performances précédentes. D'où: prudence. Vous avez peu vendu? Votre livre sera moins tiré, moins mis en place. (Et vous toucherez moins, hein.)
Mais, rassurez-vous, on vous publiera. Vous faites (encore…) partie du "catalogue". Mais on ne poussera pas votre livre car il a prouvé (pas lui, celui d'avant) qu'il n'avançait pas très vite. Sauf si. Sauf si ce nouveau livre pète le feu, mais ne rêvons pas. En plus, ne vous retournez pas, mais vous êtes douze, quinze, dix-huit sur la ligne de départ de votre éditeur, et multipliez ce chiffre par tous les autres éditeurs en lice. Vous êtes donc en général un parmi, cinq cents. Mon conseil: ne faites pas d'emprunt.
Les rentrées littéraires sont des bilans comptables calculés à l'avance, avec cette petite marge d'incertitude illusoire qui crée ce léger frisson de l'imprévu, mais globalement tout est plié, même l'éventuel imprévu. Il y a eux, il y a vous.
Votre livre est un produit, une chose, un rectangle, un poids mort. Il lui faut une place, une durée, un prix. Alors qu'au début c'était juste une pulsion. Au final, il coûte moins cher à pilonner qu'à stocker.
C'est pour ça qu'aujourd'hui, conscientes de toutes ces contraintes et pressions et aberrations, les Editions Inculte, dont je suis hélas pour vous le seul et irresponsable PDG (Profiteur Dégénéré Gratis) préfèrent publier des livres qui vous observent sans complaisance (Elsa Jonuet Kornberg, "L'enfouissement") ou sont là pour vous ouvrir les yeux, vous déplier la langue, comme le lentement et brutalement incandescent "Pute Vierge" de Dominique Sigaud.
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Ce bulletin d'information s'autodétruire quand on aura dépassé les dix mille exemplaires vendus ou quand je me serai fait virer.



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