Une fois pour toutes: Vie et destin de la collection Poésie Flammarion

© Jean-Luc Bertini

Quiconque habite, visite, explore, découvre, dévore la poésie ne peut que s'incliner devant l'aventure qu'a été la collection "Poésie", créée chez Flammarion en 1985 par Claude Esteban et dirigée de main de maître-poète depuis 1994 par Yves di Manno, une collection qui s'arrête aujourd'hui, marquée par la parution d'un recueil de son "directeur", Élagage.

Au cours des trois dernières décennies, "Poésie Flammarion" aura publié 205 titres et 69 auteurs (dont un tiers de femmes). C'est – c'était – sans doute la dernière collection grand format de poésie publié par un éditeur important (Gallimard publie de la poésie, mais sans collection attitrée). Impossible de citer ici les 69 auteurs publiés par Yves di Manno. Je me contenterai de nommer quelques-uns de mes préférés - Mathieu Bénézet, Bernard Chambaz, Paul Louis Rossi, Auxeméry, Florence Pazzottu, Hervé Piekarski, Franck Venaille, Iva Ch'Vavar, Fabienne Courtade, Jean-Michel Espitallier, Cédric Demangeot, Serge Pey, Dominique Quélen…

Élagage, le dernier titre, revient à sa manière sur cette aventure, en réunissant divers textes d'Yves di Manno consacrés à de nombreux auteurs – publiés ou non dans la collection –, offrant ainsi un kaléidoscope vivant des prédilections et compagnonnages de l'auteur. L'ethnopoésie et la question de la traduction occupent une place importante dans ce volume, tant di Manno y a consacré une belle partie de son énergie – rappelons qu'il a traduit, entre autres, Paterson de William Carlos Williams. Il est aussi beaucoup question de la poésie belge, mais aussi de Denis Roche, de Venaille, de Tellerman, de la revue Catastrophes, de Fourcade, d'Armand Robin, de surréalisme…

Est-ce l'heure des bilans? On aimerait que ce soit plutôt celle des émerveillements. Car si "Poésie Flammarion" s'arrête, les livres, eux, restent, plus de deux cents, on l'a dit, deux cents monde à découvrir, tous différents, tous audacieux, curieux, sombres, lumineux, excitants… Sans eux, la poésie de langue française paraîtrait exsangue. (À titre personnel, découvrir les œuvres d'Auxeméry et de Demangeot a été bouleversante, inespérée.) Et être publié dans cette collection une des plus grandes fiertés de ma vie d'écrivain. Où iront les poètes, désormais? Cette question, il faut se la poser non avec dépit mais avec défi, ne serait-ce que pour rendre hommage et justice au travail inlassable et désintéressé d'Yves di Manno. Certes, la lecture en générale bat de l'aile, et la poésie en fait les frais la première. Mais dans ce crépuscule quelque peu inquiétant, il n'est pas interdit de penser et de prétendre que les 205 titres qui ont paru depuis trente-trois ans ne cessent, à leur manière, de paraître et d'essaimer.

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Yves di Manno, Élagage, Poésie Flammarion

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