lundi 14 décembre 2009

Détectives sauvages et critiques domestiques

Comment devient-on Bolaño? Ou plutôt comment fabrique-t-on Bolaño? Non pas l'auteur des Détectives sauvages, mais son image, le culte de sa persona, entre Jim Morrison, Arthur Rimbaud, etc? Et surtout, comment l'importe-t-on. L'écrivain salvadorien Horacio Castellanos Moya, que publient en France Les Allusifs, se penche avec un certain agacement sur la fabrication du mythe Bolaño aux Etats-Unis, dans un texte intitulé Bolaño Inc., en ligne sur le site Guernica et tente de comprendre pourquoi la critique littéraire américaine avait besoin d'un digne successeur à Garcia Marquez.
Moya était l'ami de Bolaño, et son propos n'est pas de dépouiller l'écrivain défunt de sa gloire posthume, mais de dégager une certaine stratégie du marché:
The market has its landlords, like everything on this infected planet, and it’s the landlords of the market who decide the mambo that you dance, whether it’s selling cheap condoms or Latin American novels in the U.S.
Au passage, Moya cite un email que lui avait envoyé Bolaño, dans lequel ce dernier éreinte l'establishment littéraire latino-américain:
"the rancid private club full of cobwebs presided over by Vargas Llosa, García Márquez, Fuentes, and other pterodactyls.”
Balzac a dit que la gloire est le soleil des morts. Evitons-leur néanmoins les brûlures.

7 commentaires:

  1. Je me permets de préciser qu'on retrouvera le texte de Castellanos Moya "Le mythe Bolaño aux Etats-Unis" dans son intégralité (non coupé par rapport à la version initiale parue dans La Nacion) dans le troisième numéro de Cyclocosmia à paraître en février 2010.

    RépondreSupprimer
  2. Le mythe Bolaño arrive en France aussi, porté par la vogue américaine, sans doute (dont naïvement j'ignorais l'existence) mais aussi, ici, par une forme de critique "sauvage" et "underground".
    Un snobisme Bolaño ? Peut-être, mais reste une oeuvre puissante et unique, que l'on peut si l'on veut rattacher à une tradition même si selon moi elle se caractérise par les libertés qu'elle prend, s'abreuvant à toutes les sources pour mieux s'en émanciper. J'ai été sidérée par la lecture de 2666, dont les univers finissent par n'en former qu'un, dispersé, morcelé à l'image de notre monde. Roberto Bolaño est pour moi une découverte récente (dans ma lointaine province, les nouveautés arrivent tard), mais quelque chose me dit que cet auteur aurait été le premier à rejeter ce star system auquel on le soumet à titre posthume.
    PS : j'aime votre travail de traduction qui redonne vie à des oeuvres qu'on avait tendance à faire ronronner, dont vous retrouvez l'outrage, la violence... Je me réjouis de lire votre Vikram Seth!
    Anne-Françoise

    RépondreSupprimer
  3. Dans une médiathèque, un coin avec un casier à part "petits éditeurs" j'y vois 2 petits livres de Oliver Rohe qui donne la réplique Thomas Bernhard à un livre de Horacio Castellanos Moya -Le Dégoût- (plusieurs de ses livres dans ce casier), les bibliothécaires qui font leur travail semblent dire : quand la France s'éveillera, il sera trop tard.

    Anne-Françoise, il se passe sur la toile des rencontres étranges comme si elles avaient été préparées sur un coup de baguette magique comme si une machine labyrinthique œuvrait en silence.Mais peut-être que vous vous déclinez au féminin et que vous existez vraiment, les lecteurs de -2666- ne sont pas si nombreux à se manifester. J'ai lu votre critique de -2666- sur votre blog -De seuil en seuil- : "L’image du labyrinthe cède ici à celle de la bifurcaria bifurcata, cette algue autotrophe et pérennante dont les ramifications s’étendent presque à l’infini. 2666 est d’une construction à la fois savante et aléatoire...". Algue autotrophe par photosynthèse, hermaphrodite, symétrie par bifurcation, non racinaire, c'est pourquoi j'ai choisi ce titre pour ma composition (voir à Installations sur mon site) un travail en cours, je vous invite à franchir le seuil, à contaminer un territoire avec 2 mots de votre ressenti de -2666- que je reproduirai sur un feuillet (image 2) avec votre nombre (uniquement le résultat, en principe un nombre à 3 chiffres) calculé avec la valeur de chaque lettre de vos prénom et nom sur votre carte d'identité dans l'alphabet espagnol. Si vous ne connaissez pas comme moi la langue il y a 3 lettres de plus qu'en français E est à la 6e place en espagnol alors qu'en français c'est à la 5e place. Le nombre est important car l'addition de tous les nombres qui représentent des identités finira le titre de ce travail en commun.

    J'attends également les 2 mots du faiseur de ce blog, "mots dispersés, pas pressés, pour parvenir à la Libérature", -Larva- de Julian Rios, "Aucun système formel ne peut affirmer sa propre cohérence", "Au commencement ce furent des chiffres coupés par des rayures..." -La ville absente- de Ricardo Piglia

    RépondreSupprimer
  4. comme l'immobilier en espagne où on a construit du luxe en cinq ans,alors que cela aurait du être fait en 20 ans.les critiques on fait la même chose avec bolano,et ils n'ont plus rien à dire,c'est une crise de la critique contre bolano,il n'y est pour rien et il ne la mérite pas cette critique!viendra du plus lucide sur bolano,des détectives sauveurs

    RépondreSupprimer
  5. Marylin, mes mots sont "infini" et "quête", je le confirme... A bientôt!
    Je continue à lire Bolano, dans le désordre, mais de cette incohérence est en train de naître un monde qui s'organise de plus en plus. Du chaos semble surgir l'idée du destin qui s'incarne en la figure de l'écrivain, celui qui donne au monde un sens - ou alors qui est capable d'exhumer une sorte de fil conducteur dans tout cela...
    Claro, je m'engage dans la lecture de votre traduction (ou de votre écriture) de "Golden Gate" : une perspective enthousiasmante!

    RépondreSupprimer
  6. Anne-Françoise, il doit y avoir des transmissions de pensées entre nous, j'avais établi un canevas c'est-à-dire 2 mots par nombre mais, dans une improvisation, il n'y a pas de plan de table il faut donc savoir composer avec les imprévus qui ouvrent des espaces. Fragment est déjà inscrit mais c'est un mot que vous auriez bien vu sur votre territoire au singulier alors comme vous avez cité Jean-Clet Martin dans notre huis clos, j'ai cherché hier dans mes notes de lecture -Les ossuaires de la pensée- et j'ai relevé cette phrase "Ce qui change, de l'une à l'autre, c'est une image de la pensée, sensible par les mouvements de l'espace qui les invagine respectivement, selon une cinétique et une dynamique irréductibles." Je vais ensuite sur son blog : -STRASS DE LA PHILOSOPHIE : Hors-champs, Contretemps, Contrefaçons-, Je lis au sujet de Deleuze "fragmentation de l’infini". Dans les années 90, J'avais dessiné -Rhizome- sans savoir que Gérard Fromanger créait ses pastels sur la notion philosophique de rhizome, j'ai donc vu ensuite son exposition et je me souviens que le galeriste n'était pas content car tous ses cartons d'invitation étaient à refaire à cause d'une faute d'orthographe "Rhizomes" était écrit "Rizhomes", je trouvais au contraire que ce déplacement du H était merveilleux parce que le R grec perd son esprit rude pour un esprit doux, le déplacement dans l'espace changeait le son du R mais visuellement, Rhizome est non racinaire comme l'algue en question. Je me suis donc dit que j'allais vous proposer en plus de vos mots "infini et quête"de créer un lien entre vos 2 territoires en traçant "fragment ation de l’infini" (avec un espace après fragment) juste entre les 2 territoires et aujourd'hui je lis votre article déplacé par le vent comme pour un rhizome sur le blog de JCM qui vient confirmer ma proposition. Qu'en pensez-vous ? Vous trouverez les écrits de 170 sur l'Esc@rgot G@rpien et en attendant, j'ai mis pour vous une autre image en ligne (image 6), le danseur qui tourne autour du portique dans la cave est invisible à gauche et pourtant sa gestuelle lumière est bien présente.

    RépondreSupprimer
  7. Anne-Françoise, vous avez donné votre accord, à huis clos, pour ne pas envahir ce blog mais par le passé j'ai beaucoup cherché sur ce territoire les lecteurs de Thomas Pynchon, vous êtes l'étrangère que j'aurais aimé rencontrer à ce moment-là mais non ce n'est pas arrivé parce que sur le net tout est incertain beaucoup plus compliqué que lors d'une rencontre de visage à visage, entre quatre z'yeux, on craint souvent une imposture avec le virtuel, les mots peuvent se métamorphoser en "Wimne game's fake" (Joyce), en -F for fake- au lieu de W for wake.

    Si on additionne 1+ 7+ 0, on obtient 8 c'est l'infini mais c'est aussi une posture de lecture, on ne sera donc pas étonnés de lire désormais les mots de 170 à -L'Envers du vent- pour laisser place à l'exemplaire féminin car hasard à peine croyable si j'additionne votre nombre espagnol j'obtiens à la fin 4 "... et nous qui sommes sous le signe du nombre quatre, le nombre féminin, ne recevons en lisant que les phrases paires des livres." Milorad Pavić, c'est exactement ce que j'ai ressenti à la lecture du livre -La piste de glace- de Roberto Bolaño.

    J'ouvre une parenthèse il y a une lecture des mots de Milorad Pavić avant -Contre-Jour-, exemple : perroquet, langue perdue - LVOV, tragédie - glagolitique, le K slavon - le lac d'Ohrid, Drim et une lecture différente des mêmes mots après la lecture de -Contre-Jour- de Thomas Pynchon, je ferme la parenthèse.

    il faut que je précise que les chiffres sur les triangles représentent le placement de chaque lettre des mots inscrits dans l'alphabet espagnol, les écrits sont d'abord en espagnol et accessibles en français grâce au traducteur Robert Amutio que je remercie, je ne comprends pas l'espagnol donc difficile de lire dans la langue d'origine. Image 7 : le 2e feuillet, image 8 : l'entropie par le milieu, à chaque nouveau feuillet correspond une nouvelle entropie qui devrait brouiller les lignes-frontières et les mots. Le mot infini donne le nombre 10167101610 il y a bien une poésie dans les nombres 1016 miroir temporel de 1610 etc. Ce que j'apprécie dans un des -Rhizomes- (voir le pdf) de Gérard Fromanger c'est que d'abord on voit un dessin abstrait mais à y regarder de plus près on voit un devenir oiseau.

    Je vais maintenant poursuivre dans le labyrinthe, quête topologique, du côté de chez -Bartleby les yeux ouverts- qui sait accueillir l'étranger.

    RépondreSupprimer