jeudi 9 avril 2015

Party Girl : la mère en allée

Party Girl. Un film. Une femme. Une mère. Ses fils, ses filles. L'alcool. La fausse fête. L'attirance. La décadence. L'amour comme un insistance. Et aussi: l'homme qui aime Angélique, un gentil, tout en ventre et épaules. La caméra toujours à bonne et cruelle distance du visage pharaon d'Angélique, la mère, au yeux laser sidéraux, aux cernes d'affront muet, aux rides souvenirs et oubli, piégé par cette tristesse infinie qu'aucun verre ne peut avaler, absoudre.

Le fils-réalisateur, attaché aux pas chancelants de son impossible génitrice. Sa réalité éprouvée entre les failles faussement veloutées du sordide. Angélique, à jamais privée de paradis, déchue d'avance, affolée de tout.

Amours d'alcools, d'ombres, d'éphémères – ne pas s'arrêter, ne jamais esquiver, rentrer en force, qu'importe, il faut que ça tourne, que ça pulse. Et toujours ces yeux. De noir vêtus. Qui pleurent la vie et le cœur interdit. Une générosité bâclée. Une femme incapable de fondre d'amour sous la pluie des compliments et des insistances de ce corps de trop qu'est son compagnon. Et lui qui voudrait la débusquer de ce fourré dont elle ne veut, ne peut, ne pourra plus jaillir. Pas vraiment brisée, Angélique, mais sacrément déboîtée. D'elle-même. Et à chaque visée de son regard: le club de nuit bouffé de rouge incandescent où tout bouge sans bouger, où elle insulte ce qu'elle aime et dont elle dépend, à commencer par ces sœurs en consolation, ses sœurs de compassion.

Visages fardés, usés, aux rires fendus et engageants, sur lesquels s'abouchent, inexistants, des mâles de passage. Et ces intérieurs, espaces du nord inachevés, privés de perspective par la caméra. Et la famille qui tient bon, la fausse blonde, le vrai timide, l'ado délaissée aux lèvres blondes qui pleurent, oui, l'abandonnée la retrouvée, qu'a accueillie une autre famille, et le film se rêvant party, communion, entraînant les personnages dans une danse recommencée, chacun jouant-rejouant l'authentique altérité de son émotion décalée, jusqu'au mariage, la noce qui flanche. Puis la chute, l'after-party, filmée en fuite, sans suite.

Réalisé par Marie Amachoukeli, Claire Burger et Samuel Theis, Party Girl reste une comète bien longtemps après son passage. Angélique, la mère courage mais pas tant que ça, demeure une planète amoureuse de ses satellites mais sans la nécessité réelle d'un soleil. Le film traque le pivot absent de sa vie, et le tourbillon de ses attentes. Ce qu'elle aime: on le voit, c'est filmé, dit, montré. Ce qu'elle est: nulle autre qu'elle ne le sait, ne le veut. La caméra la guette tellement qu'elle lui permet enfin de disparaître, seule, silhouette, fauve, dans la rue qui va où nous savons, vers cet avenir qu'elle ne veut plus passé, cet éternel présent. 

Le dernier plan montre Angélique non pas renaître ni mourir, juste vivre, fleur carnivore égarée dans l'écosystème d'un plan irradié de blanc. La mère en allée, sans l'éternité. Une entraîneuse qui n'entraîne plus qu'elle-même, et son image.

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Party Girl, Réalisation : Marie Amachoukeli, Claire Burger et Samuel Theis; Scénario : Marie Amachoukeli, Claire Burger et Samuel Theis; Photographie : Julien Poupard; Production : Denis Carot et Marie Masmonteil; Sociétés de production : Elzévir Films; Montage : Frédéric Baillehaiche; Décors : Nicolas Migot; Durée : 96 minutes

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