lundi 2 mai 2016

Surveillance mode d'emploi



Juste pour vous informer de la parution prochaine (11 mai) d'un ouvrage collectif auquel j'ai apporté ma petite contribution. Intitulé Surveillances, et publié par publie.net, ce livre réunit douze auteurs ayant eu pour mission, si vous l'acceptez, consistera à rédiger un texte sur la notion de surveillance – comme toujours, si vous ou l'un des membres de votre unité était pris ou tué, l'agence niera avoir connaissance de vos activités… Hum. Pardon.

Voici l'argumentaire rédigé par l'éditeur afin que vous vous fassiez une petite idée de ce qui vous y attend :

"Fut un temps où la sauvegarde de nos vies (sauvegarde au sens informatique qu’on lui prête aujourd’hui) était l’apanage des artistes, et notamment des écrivains. Mais, à l’heure de la surveillance de masse, des réseaux sociaux et des algorithmes invasifs, si nos vies sont suivies en temps réel, serons-nous encore capables de les écrire ? Née dans un contexte sécuritaire particulier où, de New York à Paris, sous prétexte de lutter efficacement contre le terrorisme, l’état d’urgence est devenu la norme, cette question nous concerne tous.

Parce que la pratique de l’écriture se heurte tout particulièrement à ces enjeux, et dans le prolongement d’un symposium organisé en novembre 2014 dans le cadre du Festival du Film de Lisbonne sur le thème « Créateurs et surveillance », Céline Curiol et Philippe Aigrain ont invité dix écrivains contemporains à donner corps à cette question.

D’Orwell à Amazon en passant par les drones espions, Noémi Lefebvre, Christian Garcin, Marie Cosnay, Céline Curiol, Claro, Carole Zalberg, Bertrand Leclair, Miracle Jones, Cécile Portier, Isabelle Garron, Catherine Dufour et Philippe Aigrain s’en remettent à la fiction et au langage pour nous ouvrir les yeux."

Et en prime, un petit extrait de mon texte, intitulé "Hadès n'en réclame pas moins ses rites":
"Ça t’embête de me prêter la vidéo de ton dernier anniversaire ? Je sais jamais quelle tête faire quand c’est une surprise. 
Ces scènes de tortures ne sont pas crédibles. Recommencez-les. Et pensez à activer le micro, cette fois-ci. 
Comment tu le sais ? Non, je déconne. 
« Un trop grand silence me paraît aussi lourd de menaces qu’une explosion de cris inutiles. » Google ? Non : Sophocle. 
Grâce à MappyMemory TM, suivez le trajet de toutes les fois où vous vous êtes perdu. 
La caméra S34 du Caveau B12 est un vieux modèle. On a du mal à voir les os sous la peau. 
T’étais où ? Et ne me dis pas que le petit point bleu au deuxième étage de ton lycée, c’était toi, hein. 
Je te vois quand tu penses que tu es seul avec nous tous."
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Surveillances, Collectif, 172 pages, 16€ prix papier, 5,99€ prix numérique — sortie le 11 mai


vendredi 29 avril 2016

Ne cherchez plus Charlie — cherchez l'homme à la tête de lustre



De qui cet écrivain est-il le non ?

Allez, c'est vendredi, faisons preuve d'imagination. De beaucoup d'imagination. D'énormément d'imagination. Demandons à notre imagination de dépasser les bornes et d'outrepasser les limites. Exigeons d'elle qu'elle nous surprenne au-delà du concevable. Vous êtes prêts? Bien, alors imaginons un écrivain. Qui écrit des livres, qui est publié, reconnu, a des lecteurs fervents. Ses livres, donc, sont publiés. (Jusque-là, vous le voyez, votre imagination ne s'en sort pas trop mal, mais attendez, ça va se corser très vite.) Car qui dit livres publiés, dit promotion. Or qui dit promotion dit, par exemple, photo. Alors là, ça coince. Notre écrivain:
"Maintenant la photo. C'est extraordinaire, cette manie des photos. J'ai écrit pour qu'on puisse justement se passer d'une photo de moi. Me suis-je assez montré? Eh bien, qu'est-ce qu'il leur faut encore? Je vais justement faire faire une radioscopie de mes poumons […] Je la lui enverrai, et un agrandissement de mon nombril. Soyez tranquille, c'est présentable, le cordon ne pend plus.)"
Une conférence, alors, peut-être?
"[…] N'en parlons plus."
Ah bon. Mais un prix? Un prix littéraire? Ça ne se refuse pas, non? En fait, si:
"Je ne veux pas de prix et refuserais ceux qui me seraient décernés, n'y ayant pas été candidat."
Aucune exception?
"J'excuserais une assemblée anonyme qui, siégeant secrètement dans une cave obscure, m'adresserait – expéditeur inconnu – une somme importante en signe d'enthousiasme. Un mot d'éloge pourrait être joint, court mais largement ouvert à l'imagination songeuse."
Hum. Donc, pas de prix, aucun. Mais la raison?
"Je dirais en simplifiant qu'un certain type d'écrit n'est pas fait pour recevoir une récompense."
Même si le prix est doté de 50 000 euros?
"Un prix littéraire est un tout. Depuis toujours, je n'en veux pas."
Faire partie d'une comité de rédaction?
"Non."
Accepter que vos textes soient adaptés au théâtre, au cinéma, mis en musique, traduits?
"Mon parti est pris. C'est non."
Des rééditions, alors?
"J'y suis catégoriquement opposé."
Un passage à la radio, à la télé?
"Je montre – en livre – quelques écrits […] C'est suffisamment me manifester."
Un numéro spécial de revue ?
"Je vous en prie, ne donnez pas dans le ridicule de cette accumulation soudaine de critiques et d'exposés sur [moi]."
Davantage de lecteur? 
"Il y a déjà deux mille imbéciles qui me lisent. Pourquoi y en aurait-il vingt mille?"
Bon, soit. Mais la Pléiade? Ça ne se refuse pas…
"[Ce n'est] pas pour moi: en tant que distinction, d'abord, que je préfère éviter, parce qu'elle ferait de moi un professionnel au lieu de l'amateur que je préfère être et demeurer."

Oh, comme notre imagination est épuisée! Elle a fonctionné à plein régime et produit cet étrange conversation insensée. Nous voilà en présence d'un écrivain obéissant à des principes, et capable de justifier ces principes. Une chimère, en somme. Une anomalie. Bien. Je vais à présent solliciter une fois de plus votre imagination et lui demander presque l'impossible. Imaginez que cet écrivain existe, qu'il s'appelle Henri Michaux, et qu'il ait ainsi agi et pensé toute sa vie. 

(Imaginez maintenant certains écrivains contemporains lisant les propos de Michaux et se demandant s'ils ne rêvent pas. Laissons-les à leur cauchemar climatisé.)

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Henri Michaux, Donc c'est non, lettre réunies, présentées et annotées par Jean-Luc Outers, Gallimard, 19€50

jeudi 28 avril 2016

Le tweet (nauséabond) du jour



Dixit, donc, Henry de Lesquen, fondateur du Club de l'Horloge, chantre volage de l'extrême droite, le genre de type qui trouve que Marine Le Pen est de gauche parce qu'elle "s'éclate en écoutant de la musique nègre en boîte de nuit", c'est tout dire. On espère que son "émerveillement" sera à la hauteur le jour où on donnera son nom à une fosse à purin.



Ode au détraquement (retour sur L'Anti-Œdipe)

© Tomi Ungerer
1969, l’homme s’envoie en l’air, pas seulement dans la Lune mais à la première Foire du Sexe internationale, quelque part au Danemark, c’est-à-dire nulle part. Bardot, libido, prolo : le désir, dûment attrapé par la queue, commence à circuler partout, il parle, chante, et commence sérieusement à secouer le cocotier pompidolien. Entretemps, un philosophe discret achève de fourbir ces bécanes conceptuelles. Après avoir déplié Bergson et Leibniz, un certain Gilles Deleuze s’apprête à franchir une ligne rouge et faire exploser les logiques du sens. Tout semble duel dans la transgression à venir: philo/littérature, PUF/Minuit, esprit/corps, pensée/désir, et pourtant tout est déjà en mouvement, tout vibre. Alors même que reparaît le livre fondateur de Foucault sur la folie, c’est tout autre chose qui se joue dans l’approche deleuzienne de la « schize », et ce grâce à la rencontre avec le psychothérapeute Felix Guattari. On n’est plus, avec Deleuze et Guattari, dans une archéologie taxinomique de la déraison ; on est passé du coté de la production des concepts. « Le corps est une usine surchauffée » – dixit Artaud. Trente ans après L’être et le néant, c’est au tour de L’Anti-Œdipe de jouer les pavés trublions.

D’une certaine façon, cette extraordinaire boîte à outils qu’est L’Anti-Œdipe, avec son indéniable résonance pop, s’avance sous des dehors polémiques. C’est avant toute chose une critique de l’œdipianisme, et donc une attaque en règle contre la psychanalyse et sa propension au repli triangulaire. Pour Deleuze et Guattari, il est clair qu’on a sous-estimé la question du désir – le grand invité de mai 68… – et qu’il convient d’en cartographier les puissances sismiques. La thèse de départ, qui flirte avec le mot d’ordre, est la suivante : « Si le désir produit, il produit du réel. » Fini l’innocuité fantasmatique, la rengaine papa-maman : on bascule dans la pratique, la production, voire le révolutionnaire. De là l’invocation aux machines désirantes, déjà présentes dans l’art (via Duchamp, Roussel et consorts), mais qui, bien que célibataires, vont chercher à se combiner, à se brancher. La force inattendue de L’Anti-Œdipe, c’est aussi cela : faire que leur livre soit aussi une machine désirante.  Il était temps de s’occuper des flux.

Ce qui frappe en premier quand on ouvre L’Anti-Œdipe, c’est l’écriture, syncopée, éprise de bricolage, décomplexée, une écriture gaie, frondeuse, en quête d’alliés, de complices, et qui invite dans ses rouages les chantres du désir et les mécaniciens schizophrènes. D’emblée, le texte est une boîte à scansion, une ode au détraquement :
« Ça fonctionne partout, tantôt sans arrêt, tantôt discontinu. Ça respire, ça chauffe, ça mange. Ça chie, ça baise. Quelle erreur d’avoir dit le ça. Partout ce sont des machines, pas du tout métaphoriquement : des machines de machines, avec leurs couplages, leurs connexions. » (p.7)
L’abolition de la métaphore : c’est sans doute le grand coup d’état perpétré par Deleuze et Guattari au sein de la sphère philo/psycho. Comme s’ils se mettaient, le temps d’un livre, à délirer, ou plutôt à faire délirer la pensée – celle du corps, celle du territoire – afin de faire sauter le maximum de verrous. L’ouvrage, rappelons-le à toutes fins utiles et séditieuses, est sous-titré « Capitalisme et schizophrénie ». La critique du psychanalysme, pour reprendre le terme employé par Castel quasiment à la même époque,  débouche très vite sur une critique sociale, politique, non des arcanes du pouvoir, dans la lignée de Foucault, mais de l’ingestion de ses rouages dans le corps même du sujet. En réévaluant les puissances de l’inconscient, nos deux auteurs cherchent à mettre sur pied une « méthode » qui serait le contraire d’une réduction, une méthode entièrement dévouée à la production de concepts nouveaux : la schizo-analyse. C’est l’art des devenirs, et c’est  le temps moléculaire. Le désir productif versus l’idéologie mortifère. Depuis, le siècle n’attend plus que nous pour devenir deleuzien.


(Article paru dans le Magazine littéraire) 

mercredi 27 avril 2016

La phrase (cavalière) du jour

"Il semble que la célébration de Mme Ernaux soit devenue obligatoire en France." (Frédéric Beigbeder)

Mais non, Monsieur Beigbeder (puisque il faut apparemment se fendre d'un titre de civilité) la célébration d'Annie Ernaux n'est pas devenue 'obligatoire' ! La preuve: vous la descendez dans les colonnes du Figaro. Tout comme elle est descendue dans le dernier numéro de Transfuge par Oriane Jeancourt Galignani. Tout comme elle est descendue dans La Tribune de Genève par Marianne Grosjean. Tout comme elle est descendue par Jean-Christophe Buisson du Figaro-Magazine

Ce qui est intéressant (hum, façon de parler), c'est la manière dont se déploie cette contre-célébration. Par exemple, Beigbeder joue la carte de l'ironie:
"Une suggestion à François Hollande: ouvrir le Panthéon aux vivants, spécialement pour Mme Ernaux."
Galignani, elle, imagine un mail d'une amie ouzbèke (?!) qui ne sait que répéter "Mais où est l'intérêt?". Quant à Grosjean, elle se contente de nous dire que le roman d'Ernaux "n’est ni mal écrit ni totalement indigne d’intérêt", mais qu'il "lui manque peut-être une certaine poésie". Elle préfère également désigner d'emblée Ernaux par le mot "une septuagénère" plutôt que par son nom, et estime que son livre "sent la naphtaline". J.-C. Buisson, lui, préfère traiter Ernaux douze fois de suite de "prétentieuse" et nous dire que "ce n'est pas de la littérature".

Rappelons que le dernier livre d'Ernaux, Mémoire de fille, raconte un viol. Mais c'était peut-être évident à la lecture de ce post.






mardi 26 avril 2016

La phrase (putride) du jour

"Nuit Debout, c'est la réinvention du totalitarisme." (Alain Finkielkraut, plombier-idéologue)

Je propose immédiatement la création d'un "point Finkraut", qu'on définira ainsi:
"Moins Alain Finkielkraut est reçu à bras ouverts, plus la probabilité qu'il fasse une comparaison impliquant Staline s’approche de 1. »
Il devrait se rendre à l'Odéon et faire un nouvel essai avec les intermittents qui occupent le théâtre, pour voir si l'accueil, cette fois, est plus chaleureux. Mais bon, c'est pas forcément en se pointant là-bas avec une épée signée Péguy qu'il va se faire des amis. Non, le mieux, c'est qu'il aille à l'Académie — ça sera plus facile pour lui de dormir debout.


mercredi 13 avril 2016

Un style sinon rien : quand Vilain poncifie

L’essai  de Philippe Vilain, La littérature sans idéal, est tout à fait passionnant, tant par l’incurie de ses thèses que par l’arrogance de ses conclusions. Précisons pour ceux qui ont du temps à perdre que le sujet de son livre est le « désenchantement de la littérature française contemporaine ». Oui, la LFC n’est plus « enchantée » — d’ailleurs, si jamais vous la croisez, vous verrez, elle ne vous tendra pas la main en disant : Enchantée ! Non, elle sera trop occupée à tweeter, sans doute. Mais trêve de plaisanterie.  De quoi s’agit-il ? Quid de ce désenchantage ? Là (ou plutôt : las), j’aimerais tant suivre Vilain dans son constat prudhommesque, quand il dit :
« Dès lors qu’elle n’éprouve plus la nécessité de faire de la langue son enjeu, la littérature triche et ment sur son statut propre, elle abuse le lecteur par une promesse littéraire qu’elle se sait incapable de tenir […]. »

Faire de la langue un enjeu, ça, je comprends. Mais à force de parler de la « littérature » comme d’une entité, on finit par croire qu’elle est entière, ou plutôt l’était, car, voyez-vous, désormais, de « faux » écrivains se sont introduits dans ses murs, « [semant] la confusion dans l’esprit du lecteur » qui ne reconnaît plus alors « le bon grain de l’ivraie ».  Que s’est-il passé ? Eh bien la littérature a subi deux rudes attaques : d’abord Céline, qui a rendu possible une écriture oralisante, pour ne pas dire relax, relaxante (et qui a fait passer Proust pour un réac) ; ensuite les Américains (ou l’argent ?), dont le roman décomplexé a introduit la mondialisation dans l’écriture et favorisé une « « rhétorique standardisée ». Bref, la littérature, aux yeux de Vilain, s’est « castrée à force de se conformer à une production commerciale convenue ».  Elle a subi un « nivellement militaire » qui a « [rasé] le crâne de toute singularité ». Ouch. Sans couilles ni tif, la voilà perdue, tel un bidasse eunuque.

Bon, je pourrais passer en revue les nombreuses thèses que Vilain retourne sur sa page comme autant de pâtés issus de moules en plastique rouges et bleus, mais à quoi bon. Il les façonne avec une rhétorique si éprouvée qu’on pourrait presque les croire résistantes à l’eau, mais à peine tente-t-on de s’en saisir que — scchhouffff, le sable soi-disant conceptuel vous coule entre les mains.

L’écrivain contemporain, selon saint Vilain, fait fi des modèles. Il a rompu avec les anciens et fraye avec l’immédiat. Il a renoncé à l’idéal (=le style) par peur du comparatif. D’ailleurs, Vilain donne plein d’exemples allant dans l’autre sens. Hum. Au lieu de prendre Voltaire comme modèle, l’écrivain préfère les people — comme Moix, par exemple,  qui s’occupe de Claude François – sauf que bon, le chanteur est le sujet de Moix, pas son référent, donc on ne comprend pas bien. Et Beigbeder ? N’est-ce pas risqué de parler du 11 septembre juste après les événements ? « La proximité temporelle » n’est « pas sans danger », nous dit Vilain. C’est vrai que Voltaire n’était pas du genre à réagir au quart de tour (tiens, un tremblement de terre ! ouh-là, attendons encore cinq minutes avant d’en causer).

Mais non, c’est foutu. La littérature est désormais fascinée par le déclin, la chute. Allons bon. Heureusement que Balzac ne raconte que des ascensions, et Hugo que des consécrations… Il faut dit que « le sens s’est dilué dans le karaoké du monde ». La formule est jolie, et si votre guéridon est bancal, je pense qu’elle pourra servir.
Passons surtout sur la typologie de l’écrivain à laquelle se livre Vilain :

1/ le pro : il a fait des études et il ne fait qu’écrire, tant mieux pour lui, c’est qu’il en a les moyens, ou est à l’Académie, mais il ne s’abaisse pas à l’intermittence ;

2/ le semi-pro : il fait plutôt ça pour vivre, souvent il bosse dans l’édition, ce grigou ; il se répartit en :
2.1 l’écrivain médiatique (il est rusé et bien coiffé)
&
2.2 l’écrivain auto-institué (il squatte les réseaux) ;

3/ L’écrivain d’obédience (là, on ne comprend ce que c’est, mais c’est pas grave).

Passons également sur la distinction entre critique légitime (la presse papier) et critique illégitime (en gros, les blogs).  La critique légitime se remettra-t-elle de ses hordes de e-critiques amateurs qui ne font que diffuser de  l’opinion ? Pas sûr. Mais il faut dire que la critique légitime n’a pas de chance : elle subit des pressions économiques. On lui a réduit son espace d’expression, du coup elle est parfois obligée de schématiser. Mais au moins elle est légitime. Alors que sur internet, ils sont jaloux, c’est la démocratie qui rame et veut la tête du capitaine. Electronique ta mère, hein.

Quoi d’autre encore ? Ah oui. La notion de valeur littéraire. Vilain voudrait – même s’il sait que ce n’est pas très réaliste – qu’il existe – idéalement… – en librairie un rayon « littérature littéraire » et un autre intitulé « littérature de consommation ». On ne sait pas si ce sont les auteurs ou les éditeurs qui décideront où que c’est qu’il vaut mieux être rangé, mon brave monsieur. Il faudra aussi prouver qu’on fait de la langue un enjeu, et pas seulement économique ou médiatique.

Bon, en fait, j’aurais pu m’abstenir d’écrire ce billet et commencer par le commencement. Oui, car le vrai hic dans tout ça, c’est le corpus dont se préoccupe Vilain. Son corpus (la fameuse LFC), il le circonscrit d’emblée et de façon assez rédhibitoire, et qui plus est en note de bas de page! Oui, à la page 13, il nous dit sans ambages ceci :
« on pourra discuter […] ma position de prendre en otage, sous l’appellation ‘littérature contemporaine’, la littérature la plus médiatisée, la plus primée, la plus vendue aussi, au détriment d’une autre, minoritaire et moins représentée ; mais c’est aussi que cette dernière, sans doute amenée à disparaître, joue un rôle secondaire dans le paysage, et, surtout, qu’elle ne pourrait économiquement pas subsister sans la première qui, si l’on peut dire, la subventionne […]. »

Les baleines qui nourrissent les goujons : on connaît la chanson. Et en plus les goujons vont disparaître. Mince alors. Et les petits éditeurs qui publient des auteurs exigeants, ils sont « subventionnés » par les gros éditeurs qui publient des auteurs faciles ?

On se demande bien comment Vilain peut penser une seule seconde déployer ne serait-ce que l’ombre du poil du cul d’une pensée, non seulement en prenant pour corpus « les plus primés », les « plus vendus », mais en noyant sans cesse le poisson, en se raccrochant aux vieilles branches moisies de la « valeur littéraire », de l’idéal littéraire, qui plus est en ne citant aucun auteur « mineur ». Guyotat est-il mineur ? On ne sait pas. Vilain préfère citer, comme « voix singulières », Nobécourt, Edouard Louis, Carrère, Liberati, Millet, Pancrazi…

Bref, le style est un idéal. Ergo, pas d’idéal = pas de style, et partant, pas de style= pas de littérature. Vilain parvient à penser comme Jourdain à proser. Sauf que je soupçonne Vilain de le faire exprès.

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Philippe Vilain, La littérature sans idéal, Grasset, 16 euros.

mardi 12 avril 2016

Le proverbe du jour

"Quand les forces de l'ordre renversent la soupe populaire, c'est aux forces populaires de renverser la soupe policière."

— Proverbe républicain ?

lundi 11 avril 2016

Anselm Kiefer



"Comme dynamités, nous recommençons à zéro. Tous nos morceaux sont là, à nos pieds, en un souk improbable, et il ne nous reste plus qu’à faire l’emplette de l’infernal."