
Je débranche le clavier cannibale jusqu'à fin août…
Toward grace…
Fickt nicht mit dem Raketemensch!
Mon ange, je t'ai haïe, je t'ai laissé aimer


"Vous pensez planer au-dessus de tout, imperméables à tout, immortels. Etes-vous stupides à ce point? Sais-tu où nous sommes, ici?"
Un cœur simple, le film de Marion Laine, vient également de recevoir le Grand Prix du Festival du film international de Saint-Petersbourg. Le film sera également présent au festival d'Ohrid (Macédoine) et Karlovy Vary (République Tchèque). Il a entretemps été primé au Festival du Premier Film à La Ciotat (prix du public et prix de la meilleure réalisation). So far, so good…
Le Parisien va faire sa une le 4 septembre avec une photo inédite de Thomas Pynchon. Le but: vendre 43 % moins d'exemplaires de ce numéro historique. On apprend également que La Vie du Rail a l'intention de faire figurer en couv une photo du Titanic. L'imagination a pris le pouvoir, c'est certain. Plus personne ne pense au pognon. On se laisse pousser les cheveux. C'est la chienlit. Quelque part, Villon tag des pendus, sous l'œil gorgé de pastis de la maréchaussée. La France est éternelle. Euh, si ça gêne personne, je vais écouter Einstürzende Neubauten en relisant Strangulation de Mathieu Larnaudie. Au moins j'apprendrai quelque chose.
Céline Minard a écrit Bastard Battle dans le cadre d'un projet intitulé "fictions (des livres bizarres"), initié par Fanette Mellier, en Haute-Marne, pour Dissonnaces/Pôle graphisme de Chaumont, Haute-Marne. Eric Chevillard avait déjà œuvré en ces lieux. Le livre de Céline Minard paraît simultanément en édition graphique limitée (mais trouvable en librairies, entre autres à l'excellent Comptoir des Mots, à Paris, dans le 20ème arrondissement) et surtout chez LaureLi. Ceux qui ont lu R., La Manadologie et Le Dernier Monde ont pu mesurer l'ampleur du talent de Céline Minard. A peine doté de 100 pages, Bastard Battle est bien sûr lus grand à l'intérieur qu'à l'extérieur. On est au XVème siècle, en terre chaumontaise, ça ferraille, y a des donjons, des caparaçons, l'œil ricochette sur les graphies archaïques (cuer, icy, moult, amor, icelle et cetera). Il y a surtout la langue, qui s'auto-cannibalise avec goûtance et furye. Car Minard n'est pas mignarde, elle ne cherche pas à ciseler un petit bijou précieux, elle n'enfile pas le gant médiéval pour que s'y pose le faucon de l'exotique historique. Plutôt, tel Rabelais en son temps, elle réinvente le français de l'intérieur, tannant la langue en peaussière furax, injectant sept samouraïs en terre pré-gaulienne… Cocasse et prompt à la casse, Minard s'amuse et ne perd pas le fil de sa romance braque. On pourrait citer Rabelais, voire les Monty Pythons. Villon. Chiolodenko. Il y a dans ces cent pages une liberté, une fronde, qui font rire d'avance des bibelots bobos qui vont envahir dès fin août les étals à livres. Plaisir de lire un écrivain insaisissable, qui prend des risques, change de vitesse, déconne comme on dit dégaine, et fait mouche comme on dit feu de tout bois. "Et puisque la volonté m'en revient, non point en tant que requis mais en tant que requérant et offensé aux noms de tous les gens par vous occis ou rançonnés, je voius signale que la batalle se fera à cheval, que le cheval sera armé d'un caparaçon d'acier et sa teste couverte d'une testiere d'acier, que sa selle d'acier sera celle d'un destrier pourvu des ailettes portées coutumièrement en temps de guerre, sans aultre accessoire, et les estriers setont déliés." On vous aura prévenu. La rentrée se fera au triple galot, et tant pis pour les mules qui visent les prix ou les têtes de gondole. Prochaine étape: Zone, de Mathias Enard (Actes Sud).
"So lived Medusa: each morning, before brushing her hair, she took care to feed the one thousand nine hundred and twenty-eight snakes quivering on her head. She called them by name—Thorium, Argon, Rubidium, Strontium, Cadmium, Titanium, Helium…— lavishing them with a few flattering words and then, by feel, sliding a dead fly into each of their mouths. Digestion was immediate. When their bilingual hissing evoked nothing but an innocuous gas leak, she could then attempt to arrange the fauna that was her moptop—as a child, Medusa buried her face in anthills and counted to a hundred, lips shut, eyes closed, and from this monstrous apnoea experienced something like pleasure. But most often she was content to coat her hair with a barbituate-based pomade, waiting twenty minutes or so and then enshrining the greasy bouquet within a woolen cap. Her toilette was long and painful. Nude on the tiled floor of the bathroom, she rubbed newsprint rolled in a ball and moistened with gasoline over her arms, then washed them with soapy water and, when they were dry, polished them with a shammy. The process had to be repeated every day, or else grayish-green stains reappeared which had to be eliminated quite quickly with hot vinegar or with lemon juice infused with coarse salt. Which was inevitably followed by long warbled howls, which awoke the snakes, who flew into a rage; everything had to be done over. Most of the time, she went back to bed and stayed in front of the extinguished TV for hours, without answering the telephone, spying on her ashen reflection in the dead screen. When she was an adolescent, eating was a nightmare, her boar tusks knocked over the carafe, scratched the dishes, got stuck on the bread. She had to pull them out herself and cauterize her gums with hydrochloric acid so they wouldn't grow back. Once upon a time there was a girl called Medusa who each evening, to fall asleep, counted the cadavers of her petrified lovers. These latter, like certain of the living at certain times, preserved in the hollow of their navel a minute quantity of sperm, which formed a plug, the proper return of things. After which, duly turned to stone, they ended up in the garden of her small suburban home, more vertical than ever. Except when fucking, Medusa never removes her sunglasses." (Claro, Bunker Anatomy, translated by Brian Evenson).« La nuit ne leur réservait aucune terreur, ils avaient au centre de leur cercle un feu imaginaire, ils n'avaient besoin de rien, en dehors de leur sentiment inviolable de communauté. » — Thomas Pynchon
Il existe un mystère Pynchon : aucun entretien, aucune apparition publique. Soit, le lot commun des trois quarts de l’humanité. Pynchon voulait-il effacer son visage ? Son regard ? Ou, simplement, la crispation en une identité dépourvue de fondements, dont l’écriture cherche à se débarrasser ? Invisible et libre, Pynchon a changé la littérature avec des romans comme V. ou L’Arc en ciel de la gravité. A l’occasion de la parution de Contre-jour, son septième livre, le collectif d’auteurs de «Face à Pynchon » revient sur son œuvre et les motifs qui l’irriguent, ainsi que sur l’auteur, jusqu’ici sans biographe. Tous essayent de tracer, à leur manière, les contours flous de ce continent littéraire déraisonnable et jubilatoire.
Avec la participation de :
Elfriede Jelinek, Paul Royster, Pierre-Yves Pétillon, Richard Powers, Étienne Celmare, Michael Moorcock, Brice Matthieussent, Brian Evenson, Don DeLillo, Claro, Rick Moody, Mathieu Larnaudie, Fabrice Colin, Percival Everett, Tommaso Pincio, Laird Hunt, Zak Smith, Tom Robbins, Arno Bertina, Luc Sante, Bastien Gallet, Olivier Lamm, Joanna Scott, Tom LeClair, Pierre Senges.
"Après cette nuit et cette journée de colère inconditionnelle, on aurait pu s'attendre de la part de n'importe quelle ville à une totale renaissance, une purification par les flammes, la liquidation des cupidités, spéculations immobilières, politiques locales – au lieu de quoi on se retrouvait en présence de cette veuve éplorée, ce comité d'arbitrage endeuillé, qui allait mettre de côté, consigner amoureusement et conserver impitoyablement toutes les saletés de larmes qu'elle comptait verser, et les compenserait au fil des ans en devenant la pire des salopes, la plus cruelle des villes, et Dieu sait s'il y en avait d'autres qui ne se distinguaient pas par leur candeur.


Bon, faut l'avouer, en 65 on avait trois ans, alors forcément à l'époque, Bessette, on a zappé, raté, manqué, pas vu pas lu. Heureusement il y a LaureLi, la collection de Laure Limongi. Du coup, on découvre. Mea culpa, je m'y mets sur le tard. Suite Suisse, qui vient de paraître, croix blanche sur fond rouge, est une tentative retour chariot (comprenez, en vers, c-d-d en prose "heurt indescriptible d'avortements" [Artaud]) pour narrer l'odyssée helvète de la môme LN. L'étoile neutre est d'emblée placée sous une autre, celle de l'échec à répétitions, de la non-intégration essuyée et maculée. C'est quoi, l'écriture Bessette, ici: une liberté qui se méfie de l'élégance et s'en va ronger l'ongle grammairien, ça taille et tranche, ça se bloque et ça fuse, ça limine et stase, ça porte l'eau prosodique à des degrés de simplicités proprement bouillantissime. L'air de rien, de rejet en coupe, Hélène Bessette double Hugo et emboîte le pas à Arno Schmidt, créant une scansion unique, qui se lit à voix haute et se claquette au bout des doigts. Ça serait opublié aujourd'hui, ça paraîtrait chez LaureLi. On lit, médusé, et on se dit: rhabillons-nous, cette femme sait tout de l'écriture. C'est, non seulement, malin magnifique mitonné, mais ça va où ça veut quand ça veut. Le genre d'auteur, tu en lis trois lignes, tu achètes tout, blind. Parce que Bessette manie la ponctuation comme un Mannlicher. Parce que la guerre est passé deux fois par elle (elle est née en 18, si je ne m'abuse), et morte en 2000. Roman poétique? Plus que ça. Alchimie poétique (le bobo-slam peut aller se rhabiller). Et personne, mais alors ce qui s'appelle personne, ne faisait "ça" à son époque. Même pas Queneau. Rarement vu une assurance pareille dans le coulé du phrasé – au prix, sûrement, d'odieuses tergiversations intérieures, d'apnées maudites. Un auteur oublié qui devient un rendez-vous. On s'y rend, justement, nécessairement. Comme il est dit page 183: "Qu'à cela ne tienne". C'est paru le 15 mai, alors n'attendez pas Noël. Merci LaureLi. Give me more…
Une des notions clé du dernier roman de Pynchon, Contre-Jour, est certainement la « biréfringence », c’est-à-dire la propriété de double réfraction présentée par le fameux spath d’Islande, cette calcite très pure qui permet à la lumière de se dédoubler – à la lumière, donc à la vision et, partant, à la lecture. De là les nombreuses occurrences de certains mots, certaines expressions, soit à quelques lignes d’intervalle, soit se répondant d’un chapitre à l’autre ; de là les parallélismes des situations, des pensées, des émotions, etc., qui finissent par former une sorte de mystère « gaufré », à la fois sacré et impie.
Ainsi donc, ce que propose Pynchon, n’est pas tant une exégèse qui en cacherait une autre, que deux exégèses, co-existantes, simultanées. Mieux qu’un écho, chaque posture narrative a droit à son retour – éternel ? contingent ? – dans la trame complexe du récit. La bilocation, autre terme important dans le roman, talent propre au personnage de Magyakan, opère non seulement au niveau géographique, mais également historique, voire, parfois, lexical. Est dépassée ainsi la traditionnelle structure en strates d’un récit qui ne se contente pas de recourir à l’allusion. Plutôt qu’un sous-texte dissimulé sous un canon, on se retrouve donc en présence d’une narration biréfringente, cohérente avec la théorie quaternioniste d’une quatrième dimension. Or Pynchon systémise le processus de double réfraction au point de l’inscrire à la fois dans le micro – les particules – et le macro – le Temps, l’Espace.
Les Casse-Cou, ces ados aéronautes qui ouvrent le roman avec l’appel à « single up all line » (à dédoubler les amarres…), existent à la fois dans le monde imaginaire du récit d’aventure pour la jeunesse et dans la réalité décrite dans le roman intitulé Face au Jour. Leur particularité est d’en avoir, parfois, conscience, de sentir passer sur eux, à travers eux, pourrait-on dire, le phénomène de défictionnalisation qui les contraint à habiter le monde donné, situation qui bien souvent les plonge dans une apathie insouciante mâtinée d’effroi latent. Aussi ne s’étonnera-t-on pas que le roman débute par cette « fausse » entrée, le récit de genre, exercice dans lequel Pynchon excelle, en grand lecteur d’une certaine littérature d’avant-guerre – en l’occurrence, la célèbre série des aventures de Tom Swift, écrite par Victor Appleton, qui s’est déclinée sur de très nombreux titres dont on citera seulement, aéronautisme oblige, Tom Swift and His Aerial Warship , ou encore Tom Swift and His Air Scout. On remarquera pourtant que l’auteur prend soin de ne pas décrire précisément le véhicule céleste à bord duquel embarquent les Casse-cou, l’appelant tantôt skyship, tantôt airship, balloon, etc. De même qu’il se garde bien de nous préciser l’âge de cette joyeuse bande d’aéronautes, estampillés « boys » et parfois désignés comme étant des adolescents. Au nombre de cinq, ou 6 si l’on compte leur chien Pugnax, ils évoquent également d’autres « meutes » célèbres comme les «Famous Five» mis au goût du jour par Enid Blyton dans les années 40 [plus connus en France sous l’appellation de « Club des Cinq », club qui, rappelons-le, comptait en son sein un chien, Timmy, Dagobert dans la version française !]. On pourrait également aller voir du côté de Jules Verne, auteur ayant influencé, entre autres, Herbert George Welles, Welles dont la figure est récurrente dans Against the Day [p. 398 , 407 et 412], et dont Pynchon a pu lire ou parcourir certains volumes – Cinq semaines en ballon, Les Aventures du capitaine Hatterras, Robur le Conquérant, pour ne citer que ces titres […]
On a vu le nouveau Desplechin – Un conte de Noël –, qui loin d'être l'enfer névrotique œdipien qu'on pourrait croire (quel sale petit secret?), est une formidable déflagration d'événements dissidents, un fagot de lignes de fuite où chaque identité se cherche une faille, non à cultiver, mais à emprunter, pour dévamper – montage plus que malin, iconoclaste par endroits (fuck the faux raccords), lumière retenue, dialogues écrits et assumés comme tels, affects tordus et rires à contretemps, acteurs vaudou, une virtuosité venue des corps et y retournant… aucune chance de décrocher la Palme près de Nice, donc, bien trop couillu pour un certain aréopage épris de néo-réalisme (Sean Penn ayant annoncé la couleur en déclarant que le séisme en Chine conditionnerait ses choix esthétiques… heureusement qu'il n'y a pas eu d'inondation en Inde…). A part ça, ma traduction du Golden Gate de Vikram Seth (ce roman écrit en vers: 594 sonnets, soit en vf 8316 alexandrins, merci je sais compter) ne sortira ni en septembre ni chez Grasset, l'auteur ayant décidé que l'ovni avait sa place chez Albin Michel, éditeur de son précédent opus, Deux Vies. Donc, pour l'instant, pas de date prévue. En revanche, le décapant Décomposition, que j'ai traduit pour le Masque (qui jubile), vient de sortir de l'imprimerie et sera en librairie le 20 août: l'outsider qui tue, on peut dorzédéjadorénavan ainsi l'appeler. C'est signé J Eric Miller (pas de . après le J, et le J avant l'Eric, svp!) et comme on l'a dit ici c'est un conte de fées au pays de la mort qui vient, une traversée du continent désolé, la Mustang chauffée à bloc, son coffre hanté par un prince plus trop charmant. Même Fabrice Colin va aimer, c'est pour vous dire. Ah, j'oubliais: Pynchon. Contre-Jour. On entame la dernière ligne droite. La mort dans l'âme. On en aurait bien traduit encore trois mille feuillets, même si on va tranquillement vers les 2150 feuillets, ce qui une fois mis en page devrait nous donner du 1250 pages en Fiction & Cie. La jaquette ici, bientôt, genre mi-juin (des ballons pleins la gueule…). En attendant, le clavier va chauffer pour tenir les délais. Pleure, Stakhanov… Côté Viken Berberian, l'épatant Das Kapital est bouclé, mais là, patience, faudra attendre janvier 09. Le Poor People de l'ami Vollmann devrait pas tarder à arriver sur mon bureau sous forme d'épreuves. On va donc pouvoir s'attaquer fervemment à la traduction du déjà mythique Omega Minor… et enfin bosser d'arrache-pied sur ce foutu projet de Livre Vain, already-3-years-in-the-making, et qui va en prendre sûrement autant, sinon plus. Quant à Logomachine (ex-Coulée Douce et Tranché Vif), il fera, a priori, l'objet d'une mise en voix radiophonique sur France Culture – pour la version papier, on a donc le temps… Le Bolaño piaffe toujours sur la table de chevet, à côté du dernier Theroux: ça sera pour l'été, ces pavés, à l'abri du sable. Et on guette déjà le nouveau Minard chez LaureLi, entre autres joyeusetés de rentrée. En attendant les prochaines bombes des éditions Désordres, qui grâce à la pugnacité de Laurence Viallet, vont incessamment renaître de leurs cendres toujours incandescentes. Ah, oui, il paraît qu'il y a un nouveau Angot qui sort. Mais on sait pas encore qui le lira. C'est ça aussi, la vie des livres.
Koid'9? Cannes est fini et Pialat pleure. Rien de neuf sous le soleil de satin [sic]. Il paraît qu'Angot revient, que le tango revient, que Richard Millet go go go! Heureusement il y a Coover au Comptoir des mots le 3 juin, et Laure Limongi le 18 au même Comptoir pour parler d'Hélène Bessette, qui n'a pas de leçon à recevoir des Américains puisqu'elle écrivait, alors que nous n'étions qu'une larve littérante, une prose desquamante. On lira donc Suite Suisse, et tout le reste. On lira aussi L'Or des fous, paru chez Gallmeister, récit indispensable à tout pynchonien qui se respecte de l'histoire de Telluride (Colorado), écrit par un baroudeur à la fois nomade et mélancolique, à la plume trempé dans l'œil de lynx et le cul de basse fosse, où chaque paragraphe est comme une pierre sur laquelle la main crispée se hisse vers l'étape flamboyante suivante – Rob Schultheis. Sous-titre: Vies, amours et mésaventures au pays des Four Corners. Une bonne partie de Contre-jour, de Pynchon, se passe à Telluride, cette ville minière percluse d'antiques mythes et désormais immonde resort bourge pour skieurs friqués. Schultheis est un poète inné, doté de crocs, de griffes et qui sirote sa métaphore et ménage ses coups. Un extrait suffira à mettre les karmas à l'heure: "Le fauve le fixe sans ciller de ses grands yeux phosphorescents, pareils à la lumière qui s'échappe d'un réacteur nucléaire. Cronk cronk slurp cronk. Ses mâchoires, qui auraient pu briser en deux une batte de base-ball aussi facilement qu'un gressin, fouaillent le tartare de cerf et il avale des pintes de sang encore chaud pour faire descendre le tout." C'est traduit – magistralement, symbiotiquement, jubilatoirement – par Marc Amfreville. Sinon, on peut relire L'Art Poétique, de Paul Claudel, et s'interroger : "Comme la main de celui qui écrit va d'un bord à l'autre du papier, donnant naissance dans son mouvement uniforme à un million d emots divers qui se prêtent l'un à l'autre force et couleur, en sorte que la masse entière ressent dans ses aplombs fluides chaque aport que lui fait la plume au marche, il est auc ciel un mouvement pur dont le détail terrestre est la transcription innombrable." En blind test, j'aurais dit: Pynchon. Sous le soleil de Satan: Depardieu flagellé, Sandrine Bonnaire et sa volubile confession, Pialat psalmodiant. Satan: pas vu pas pris. Contre-jour. Aujourd'hui, évidemment boulevard Saint-Germain, j'ai croisé Ana Karina dans la rue, après l'avoir (re)vue (avec Louison, The Godard-Golden-Girl) la veille au soir dans Une femme est une femme. Contre-jour, vous dis-je. Pialat pleure et tout le monde n'a pas la classe.

Désormais, on peut surfer en roulant dans un train nommé Thalys. Le Wi-Fi ferroviaire : une rame sur quatre pour l'instant. Plus besoin de paysage, donc. Et un vrai reflet de notre démocratie: le cadre qui voyage en "first" aura droit à la connexion gratos tandis que le pékin qui s'obstine à se déplacer en seconde – pardon, en "classe Comfort 2" – devra débourser 6,5 euros pour une heure et à 13 euros pour un accès illimité (rien que ce terme fait frémir, appliqué aux rails). Le train ponctionnera trois fois? Je propose qu'on étende ce principe à l'ensemble d'à peu près tout. Vous rentrez dans une boulangerie, vous sortez votre document attestant que vous êtes imposable sur les grandes fortunes et hop, on vous la donne, la baguette (avec un croissant en prime). Vous brandissez votre carte de chômeur en réglant vos achats au supermarché et bing! une majoration de 10 % ! Mais non, la vie est mal faite, la société retorse, et il subsiste des inégalités, des passe-droits pour les pauvres.
Omega Minor by Paul Verhaeghen wins