mercredi 1 juillet 2009

Inculte fait peau neuve


Les éditions Inculte s'offrent un nouveau visage – désormais, au http://www.inculte.fr/ tout est plus clair, plus coloré… plus inculte.

Dans la rubrique vient de paraître, signalons la réédition du numéro de l'Arc consacré à Flaubert:

L’Arc / Flaubert
COLLECTIF ARC
"Il n’existe pas un Flaubert, pas plus qu’il n’existe un Balzac ou un Stendhal." Du romancier "obscène" stigmatisé en 1857 au précurseur de la littérature objective, apôtre du "livre sur rien" salué dans les années 1960, Gustave Flaubert est à l’origine d’une œuvre hétérogène et inépuisable.

Très préoccupé d’esthétisme, il a fortement marqué des auteurs aussi différents que Kafka, Proust, Sartre, Perec ou James. Ce numéro s’inscrit dans une rélfexion sur l’œuvre de Flaubert, interroge le mouvement d’une création, les images successives forgées par la postérité.

Ce livre fait partie d’une série de rééditions corrigées et augmentées de L’Arc, revue incontournable du paysage intellectuel hexagonal pendant plus de trente années.

Textes et entretiens
Maurice Béjart, Claro, Catherine Clément, Gustave Flaubert, Gérard Genette, Henry James, Claude Mouchard, Jacques Neefs, Dolf Oehler, Georges Perec, Bernard Pingaud, Marthe Robert, Danièle Sallenave, Jean-Paul Sartre, Michel Zéraffa.


On se penchera également sur les "à paraître", en rentrée 2009, avec, en plus du numéro 18 de la revue, la parution à la rentrée du très attendu et très monstrueux Les Soniques, des fabuleux Niccolo Ricardo & Caïus Locus:

A la croisée des post-modernes américains (Mark Z. Danielewski, John Barth) et des grands classiques littéraires (Tristram Shandy en tête), Les Soniques est une œuvre-somme, un roman total où se fait et se défait l’histoire de la musique et du XXème siècle. Véritable événement éditorial, ce grand volume joue sur l’érudition et l’humour, alterne les genres littéraires (épique, épistolaire, fausses conférences, cut-up, etc.) et plonge le lecteur dans une lecture jouissive et passionnante.

Alternant notes digressives, interventions baroques et narration plus classique, « Les Soniques » est l’événement de la rentrée littéraire. Ce premier roman est co-signé par un traducteur reconnu (Nicolas Richard) et un musicien électronique (Kid Loco), cet ouvrage-événement est une curiosaet un OVNI dans la rentrée littéraire 2009.

Les Soniques est accompagné d’une gazette mensuelle (mai, juin, juillet, août, septembre, octobre) éditée à 1 000ex ; série de « conférences soniques » faites par les auteurs (Palais de Tokyo, Villa Arson à Nice, Lieu Unique à Nantes, etc.).

LES AUTEURS
Nicolo Riccardo (Nicolas Richard) et Caïus Locus (Kid Loco) ont passé plusieurs années à écrire ce « roman » à deux mains, en marge de leur activité de traducteur et de musicien.

Nicolas Richard a notamment traduit Richard Powers, Hunter S. Thompson, Woody Allen, Harry Crews, James Crumley, etc.

Kid Loco est l’auteur de huit albums, dont le dernier « Party Animals & Disco Biscuits » a été édité en 2008.

Et comme si ça ne suffisait pas, après Une Chic Fille, voici le pompon, Un Chic Type:

Dans un manoir écossais reconverti dans l’hôtellerie de luxe et dans l’«événementiel», un grand colloque international est organisé à l’occasion du quarantième anniversaire du coup d’Etat du 1er septembre 1969, marquant l’accession de Muammar Kadhafi au pouvoir en Libye et le début de son régime.

Pendant trois jours, des scientifiques, des chercheurs, mais aussi des diplomates et des artistes se succèdent pour évoquer les différentes facettes du personnage historique Kadhafi, la forme para-doxale, à la fois démesurée et inquiétante, d’icône populaire qu’il incarne, en même temps que la société et la géopolitique de la Libye.

Sur le même modèle de fiction collective de Une Chic Fille (Naïve, 2008), une série de narrateurs prend en charge à tour de rôle, comme un tourbillon choral et polyphonique, la progression du récit. Le lecteur assiste aux débats et aux conférences, mais aussi (et surtout) au moment de vie commune qui se noue dans le vieux château et que la tenue de ce colloque occasionne, les menues intrigues et les grandes questions, des arrière-cuisine aux appartements du propriétaire, du bar et du salon aux chambres à coucher où les hôtes sont reçus.

Dans cette ambiance feutrée, policée, et sur fond de paranoïa, à travers ce portrait décalé, à la fois pop et rigoureux, du Guide de la révolution libyenne (qui n’est pas sans rappeler, par exemple, celui de Mao par Andy Warhol), c’est le portrait d’un monde en proie à la logique du soupçon qui s’esquisse.

LES AUTEURS
Aurélie Adler, Arno Bertina, Jean-Marie Blas de Roblès, Frédéric Ciriez, Mathias Enard, Claire Fercak, Hélène Gaudy, Maylis de Kerangal, Mathieu Larnaudie, Stéphane Legrand, Renaud Pasquier, Christophe Paviot, Oliver Rohe, Philippe Vasset

lundi 29 juin 2009

The Wild Party


Joseph Moncure March
The Wild Party (traduit en français sous le titre La nuit d’enfer, éd. Flammarion, trad. Gérard Guégan)
Dessins d'Art Spiegelman


Paru en 1928, voici un livre qui a bien fait de renaître, et pas seulement pour que l’artiste Spiegelman lui rende ses contrastes de noblesse noir et blanc, pas seulement parce que William S. Burroughs le lut en 1938 alors qu’il était étudiant à Harvard et, trente ans plus tard, déclare : « C’est le livre qui m’a donné envie d’être écrivain ».
On n’ira pas jusqu’à dire que The Wild Party fut pour une génération d’Américains ce qu’Eugène Onéguine fut pour les Russes, mais le fait est que ce « roman en vers » a marqué plus d’une mémoire, par son phrasé à la fois sobre et sombre, léger et cruel. Rythmé comme une nursery rhyme écrite coudes sur le comptoir, The Wild Party décrit une soirée assez mouvementée au cours de laquelle deux couples se défont sur fond d’alcool et de fumée tabagique. Ou plutôt : The Wild Party est cette soirée folle, ce moment de débauche où l’amertume se cherche des armes vieilles comme le monde : jalousie, violence, tricherie. Le vers de Joseph Moncure March, telle une seringue hypodermique, s’enfonce avec insistance dans la veine de la rime, inoculant son poison chanteur et délétère :

She never inquired
Of the men she desired
About their social status, or wealth :
She was only concerned about their health.

L’histoire de Queenie, reine de la nuit « sexuellement ambitieuse », maquée à une brute du nom de Burrs, clown mangeur de cœurs, se déroule selon un scénario implacable : lasse de l’amour vache et des dérapages « johnny-fais-moi-mal », elle profite d’une soirée agitée pour séduire un autre homme, le dénommé Black, pour faire exploser les démons de la jalousie. Le texte de Moncure March est magnifiquement ponctué par des variations sur la flamme des bougies, façon graphique de nous rappeler que tout ça est de l’ordre du théâtre d’ombres, et peut-être aussi des enfers :

The studio was lit by candle-flame ;
Dim : mysterious : shrouded.
(…)
The Candles sputtered : their flames were gay ;
And the shadows leapt back out of the way.
(…)
The candles flared : the shadows sprang tall,
Leapt goblin-like from wall to wall ;
Excited :
Delighted :
Mimicking those invited.
{…)
The candles flared : their flames sprang High :
The shadows leaned dishevelled, awry :
And the Party began to reek of sex.


The Wild Party, bref incendie d’une scène secouée, s’efforçant d’oublier une Grande Guerre qui n’était que la répétition de la suivante, est un conte sauvage, un naufrage, la fin d’un ménage, mais aussi un enfant illégitime fait à la poésie par le hard-boiled. Les dessins de Spiegelman traitent cette orgie avec toute la folie et la brutalité chic qui s'impose, en faisant un objet graphitement parfait.

(A noter que le poème de Joseph Moncure March a donné lieu en 1975 à un film de James Ivory, avec James Coco et Raquel Welch…)

vendredi 19 juin 2009

L'avantage d'avoir un agent puissant

"Mon père est sanglé sur un brancard et va être exécuté par injection létale lorsque soudain le téléphone sonne. Tout le monde – la directrice de la prison, les avocats, le rabbin, Papa – regarde le téléphone rouge mural. C'est celui qui sonne quand le gouverneur appelle pour gracier un condamné. Mais à la deuxième sonnerie ils comprennent que ce n'est pas l'antique tintamarre d'un téléphone mural, mais la stridulation électronique aiguë d'un portable. Je sors l'appareil de la poche de mon blouson et réponds: "Allô? [C'est mon agent.] Quoi de neuf?" Tout le monde me fusille d'un regard indigné, qui semble dire: "Eh-oh, on en est pleine exécution ici" et que je détourne avec le geste international qui signifie: "Une minute, SVP" – la paume dressée à la verticale (une gestuelle plus proche du salut mimé d'un Indien d'Hollywood que du "Stop" d'un agent de la circulation, lequel est plus péremptoire et accomplie plus loin du corps). J'acquiesce: "Hun-hun, un-hun, un-hun… C'est super! Entendu, je te rappelle plus tard." Je range le téléphone dans ma poche.
— Bonne nouvelle? demande mon père.
— Ouais, si on veut, dis-je. Il semblerait que je vais remporter la Vincent et Leonore DiGiacomo / Oshimitsu Polymers America Award.
— C'est quoi? demande le médecin, en réajustant la canule dans le bras de mon père et en rapprochant le goutte-à-goutte de la civière.
— C'est un prix très prestigieux et très généreux décerné chaque année au meilleur scénario écrit par un élève du collège de Maplewood Junior – 250 000 dollars par an pour le restant de votre vie…
— Bon Dieu de bordel! s'exclame mon père.
— Mazel tov, dit le rabbin.
— Holà… un instant les amis, dis-je. Il y a un problème de taille, vous savez — le scénario n'existe pas. Je n'en ai pas écrit un seul mot. Je n'ai même pas encore le titre.
La directrice de la prison – une femme absolument renversante en robe du soir décolleté – me dévisage d'un air soupçonneux.
— Comment pourriez-vous avoir le prix s'il n'y a pas de scénario?
— C'est l'avantage d'avoir un agent puissant, dis-je."

Mark Leyner, Les Spiroboles de Bougainvillée (à paraître en Lot 49)

lundi 15 juin 2009

Seth : l'appel du 18 juin


Jeudi 18 juin, à 19h, à la librairie Pensées Classées (9, rue Jacques Cœur 75004 – 01 40 27 87 94), rencontre avec Claro autour de la parution de Golden Gate, le roman en vers de Vikram Seth (éditions Grasset). Lecture, blabla, cubi: venez très beaucoup.


(Et maintenant, tous en chœur…:)

Y a tout un paquet d’gens qui s’demand’ ben pourquoi
C’est-y qu’on traduirait des tétramètr’ iambiques
Par des aleksandrins — mais c’est n’importe quoi !
Pour faire un truc pareil, faut être psychotique…

J’m’en vais tenter d’répondr ‘ à c’te question qui tue.
Quand z ‘êt’ un translateur et qu’on vous, oui!, refile
Un bouquin pas possible, il faut pas avoir bu,
Ou alors un machin qui permet le refill.

Bon, vous vous échinez et pis vous bidouillez
Tant et si bien qu’enfin vous trouvez de chouett' rimes
Qui f’ront super jolies et même un p’tit peu frime.

Vous secouez le tout et pis vous attendez.
Au bout d’six ans un quart, l’affaire est dans le sac.
Y a plus qu’à espérer qu’ça soit pas une arnaque.

mardi 2 juin 2009

Beckett en corps

Dans le cadre du festival littéraire Paris en toutes lettres, qui aura lieu du 4 au 8 juin, Claro parlera de Beckett :

Claro | Samuel Beckett
« Beckett, entre invisibilité et mutisme, ravaudage et destruction,
entre deux langues, deux patois métaphysiques, parce que le rire
est le propre de celui qui hésite à mourir. Beckett, passant penché,
les poches lestées de cailloux – Beckett à venir, à revenir – un devenir
pour nous. » Claro
Dernier titre paru : Le Clavier cannibale, Inculte, 2009
THÉÂTRE DU CHATELET · JEUDI 4 · 19H

Il se livrera également à une lecture croisée avec Mathias Enard au Point Ephémère à 16h30 le samedi 6 juin.

Claro & Mathias Enard
Lecture croisée
« Mathias Enard procédera à une incursion dans le corps saturé
d’Emma Bovary tandis que Claro inspectera quelques recoins insoupçonnés
de la Zonenardienne », annoncent les deux complices.
On sait bien qu’avec eux, on peut s’attendre à tout. Qui vivra, verra !
À lire : Claro, Le clavier cannibale, Inculte 2009 ;
Mathias Enard, Zone, Actes Sud, 2008
POINT ÉPHÉMÈRE (ATELIER) · SAMEDI 6 · 16H30

Entrée libre. Venez très beaucoup!
Pour le programme complet, c'est .

samedi 23 mai 2009

Féroces intimes (retour de la Tempête)

Quand Brecht écrit Dans la jungle des villes, il a vingt-trois ans: le roman d'Upton Sinclair est paru seize ans plus tôt, en 1905, donc; de nombreux gangs se partagent Chicago, la Prohibition n'a fait qu'empirer les choses, mais déjà l'asphalte brûle dans la tête du jeune auteur de Tambours dans la nuit. Cette fois-ci, il met en scène un combat, d'essence faustienne, une logomachie à deux têtes : Garga et Shlink. L'un est bibliothécaire, l'autre négociant en bois. Le second veut acheter l'opinion du premier. Le premier croit en la liberté humaine, l'autre en l'abîme de la manipulation. Ce pugilat dévoyé donne lieu, dans la pièce de Brecht, à un autre combat, celui entre le discours dramaturgique et l'explosion lyrique, et c'est au cœur d'un Chicago hanté par les flammes et la pègre que le jeune Bertold pose une bombe nommée Rimbaud, ce même Rimbaud qui avait déjà, quatre ans plus tôt, irrigué l'incroyable Baal. Et donc, loin d'engluer une dialectique musclée (on est sur un ring, le ring de la ville, des échanges) dans un pur affrontement social, Brecht se permet, une fois de plus, de faire fuir son texte de partout, d'offrir à ses personnages des crises de voyant, comme pour mieux rappeler que la trajectoire Rimbaud est une clé, que la désertion de la poésie pour le commerce des armes est bien sûr plus complexe qu'il n'y paraît, et qu'on n'y perd pas seulement la jambe et l'âme.

Le metteur en scène Clément Poirée s'est emparé de ce texte, dans la vivace traduction de Stéphane Braunschweig, et c'est en ce moment même, au Théâtre de la Tempête, à Vincennes, qu'a lieu la déflagration brechtienne, du 8 mai au 7 juin.

Tout commence, pour les spectateurs, par un premier séjour dans une anti-chambre, une arrière-scène où, assis en vrac, ils assistent à l'irruption de Shlink et sa clique dans la vie libre mais poussiéreuse du commis en bibliothèque, Garga. Par paliers, la lave fuse, la salive crépite, l'insulte fait monter les enchères, la danse des corps s'énerve, il faut partir, gagner l'arène, le ring – des bonimenteurs crapeuleux invitent le public à traverser la scène pour aller prendre place, plus durablement, de l'autre côté. Dépourvue de coulisses, la scène est pour les acteurs l'objet d'un réaménagement constant où les décors glissent en grinçant entre chaque tableau, ballet d'ombres où de drôles de nef tournent et s'éloignent, changent et reviennent. Face à un Shlink à la fois monolithique et mystérieusement sournois (Philippe Morier-Genoud) se débat et vibrionne un extraordinaire Garga (Bruno Blairet).

Blairet crée un Garga tout en épilepsies et glissades, modulant sa voix à coups de fièvres et d'élans, l'amenant à cogner et valser, à se payer 'ahans, d'éclats de rire, le préparant à l'invasion Rimbaud comme à la prostration Beckett. Il le force à emprunter des métamorphoses, lui fait mouiller sa chemise et l'habille de mauve satiné, le change en geisha opiomane, en paratonnerre athée, en ludion loquace. Reliant tous les autres personnages tel un courant électrique envieux des tensions, de leurs baisses comme de leurs hausses et sautes, l'acteur déplie sans cesse la force têtue de Garga, l'amenant tantôt à se dissoudre tel un rêve haschischin, tantôt à se crisper à la façon d'un poing vengeur. Incarnation du juste épris de déchéance, fier hermaphrodite du bien et du mal, l'homme qui vend son ombre pour mieux la faire exploser au soleil de la conscience publique refuse de prendre Shlink pour le dieu calculateur qu'il est sans doute. A aucun moment, Blairet ne laisse son Garga en paix: il le violente et le caresse, l'éloigne et le jette, et quand il se frappe le front avec des livres ce n'est pas pour se faire rentrer des éclats de poésie dans la tête mais pour diffuser les violents échos d'une saison infernale, des mots mâchés et recrachés, voués à la pâture charmée de l'audience.

Face à lui, ou dans son dos, à sa traîne, voire à sa place, Philippe Morier-Genoud est un Commandeur d'exception qui donne à la pièce des accents à la Don Juan: présence à la fois discrète (il descend comme la nuit) et massive (il occupe l'espace en tyran confiant), Shlink offre à Garga une surface noire qui cherche à l'absorber. Le combat est physique, poétique, c'est Arthur petit poucet rêveur contre le sieur Rimbaud négociant en armes, c'est aussi, et c'est surtout, Brecht dadaïste sentant monter en lui l'instance marxiste, le grand basculement de l'engagement.

Dans la jungle des villes est plus qu'un match éthique, c'est une course, une cavalcade, le dernier numéro de cirque d'âmes damnées par la question du choix. Tour à tour maquillée, suante, gominée, déformée, raidie, rageuse, inspirée, la gueule Garga souffle son increvable vie et nous laisse le soin de ne pas décider qui a gagné et qui a perdu.

______________
Dans la jungle des villes, de Bertolt Brecht
Production : Compagnie Hypermobile
Texte français : Stéphane Braunschweig
Mise en scène : Clément Poirée
Avec : Philippe Morier-Genoud, Bruno Blairet, Catherine Salviat, Raphaël Almosni, Laure Calamy, Julie Lesgages, David Stanley, Geoffrey Carey, Dominic Gould, Laurent Ménoret
Scénographie : Erwan Creff, assisté de Caroline Aouin
Lumières : Maëlle Payonne
Collaboration artistique : Nina Chataignier
Son : Stéphanie Gibert
Maquillage : Faustine-Léa Violleau
Costumes : Hanna Sjödin
Photo : Fabien Blondin
Théâtre de la Tempête • La Cartoucherie • route du Champ-de-Manœuvre • 75012 Paris
Réservations : 01 43 28 36 36
www.la-tempete.fr
Du 8 mai au 7 juin 2009, mardi, mercredi, vendredi, samedi à 20 h 30, jeudi à 19 h 30, dimanche à 16 heures
Durée : 3 heures, avec entracte
18 € | 13 € | 10 €
Mercredi tarif unique : 10 €

mardi 12 mai 2009

Fausse commune (sur Ida ou le délire, d'Hélène Bessette, éd. Laureli)

Les éditions Laureli publient cette semaine un nouveau texte d'Hélène Bessette, Ida ou le délire (suivi de Le Résumé). Ida, personnage principal mais personnage absent, parce que disparue, morte, écrasée par un camion, qui dira ce qu'elle fut? C'est l'objet de ce roman à tâtons, panoptique de voix vouées à témoigner, mais aussi à taire, car personne ne savait qui vraiment était Ida, si ce n'est qu'Ida était une servante, donc inférieure de toute éternité. Ceux qui en parlent, donc, ici, par bribes, souvenirs et jugements mêlés, sont ses propriétaires. Et comme souvent chez Bessette, l'approche est disjonctive, intermittente, on sent sous l'énoncé le fard de l'énonciateur (et même le prix qu'a coûté ce fard) – car Ida est, était, à sa façon, une Félicité, avec, comme chez Flaubert, sa chambre où nul n'allait jamais. Ida est une femme âgée, une servante: qu'est-elle d'autre. En quoi sa mort va-t-elle la changer?
Bessette, qui manie l'ironie comme un fragment d'uranium, crée autour d'Ida un prisme d'énoncés qui jamais ne parvient à filtrer de véritable lumière, car ceux qui parlent ne connaissaient pas Ida – ils la possédaient, c'est tout. Et leur condescendance est un siège sur lequel se trémousse leur sage conscience d'assis. Ils l'avaient pourtant prévenu,e Ida: "Regardez pas vos pieds comme ça." Les aurait-elle regardé ses pieds, qu'elle aurait peut-être traversé dans les clous, au lieu de se jeter sous ce camion… Mais les pieds de Ida, c'est ce qui la définit: des souliers à 30 francs, pour elle qui travaille chez les riches, ceux qui ont un balcon, et un balcon ça va plutôt taper dans les 300 000. Problème de Ida: il y a entre 30 et 300 000 un abîme infranchissable.
Pourtant, Bessette ne se contente pas d'écorner la muflerie des maîtres pour bâtir un tombeau à l'humble servitude involontaire. Ida est avant tout (en tant que tiers état à elle toute seule) un trou noir, un objet complexe, qui permet à l'écrivaine Bessette d'en faire un attracteur d'épithètes, de substances, jusqu'à épuisement (impossible) de la matière Ida: Ida-Chose, Ida automate, le cas Ida, Ida non protégé, l'enfant-Ida, Ida-clown… Pullulement étiologique qui n'aboutit pas, dont on ne sait s'il remplit ou vide Ida, d'une substance ou d'un manque. Avec une obstination fractale, les énoncés se ruent sur le trou noir-Ida et – c'est ce qui intéresse Bessette – permettent à la phrase de "décrocher", de changer de vitesse, de déboîter, soit pour aller vers le silence, soit pour vibrer, lyrique, soit encore pour faire tourner la machine à paroles, ricocher les points de vue.
On sent que Bessette tient là un thème moteur, une étoile morte qui rayonne encore. Entre les proprios vampires qui sucent la moelle Ida, vivante comme défunte, et la phrase qui la relance dans tous les coins de la galaxie langagière, Ida dérive, inacessible mais charnelle, avec tout son barda de dentelles et de confiture, ses secrets, ses clés, son esprit, sa mort.

"Méditation longue et douloureuse
blasée rageuse silencieuse résignée
sur un cas.
Un cas particulier.
La pauvre Ida et sa mort."

N'hésitant pas à moquer, à travers le spectre des voix qui tentent de définir ce qu'était Ida, la propre démarche de l'écrivain qui presse sans fin la pulpe de son sujet (ou plutôt: objet), Bessette, une fois de plus, témoigne de ce phrasé irradié de liberté, avec ses déhanchés syntaxiques, ce goût du rejet (le versifié refoulé…), cette façon de casser la gangue narrative pour en faire jaillir une pépite, un os blanchi:

"et Ida dans un troisième espace
maintenant tordue sur l'asphalte sec de l'été."

"Sur l'asphalte sec de l'été": Un énoncé qui n'était possible que dans la grammaire bessettienne, après torsion et poussée à l'extase du mystère-Ida. A la fois tombeau pour une servante défunte, vaudeville de voix veules experts en ravaudages de souvenirs exsangues, poème-cristal mitraillé par le chariot d'une Bessette-Remington balançant toujours entre fêlure et folie (ne pas oublier l'autre titre de Ida: "ou le délire").

Ida ou le délire est suivi d'un texte intitulé Le Résumé, présenté par Julien Doussinault, dont on parlera sûrement très bientôt. En attendant, refermez La Princesse de Clèves (on a assez donné ces derniers temps…) et lisez Bessette.

lundi 4 mai 2009

Le clavier cannibale à Liège le 8 mai







Vendredi 8 mai, 18h
Rencontre avec Claro
à la Librairie Livre aux Trésors
(4 rue Sébastien Laruelle, 4000 Liège)
à l'occasion de la sortie de son livre
Le Clavier Cannibale
(éd. Inculte)

vendredi 24 avril 2009

Le problème de James

En même temps qu'elles rééditent l'immense L'Anneau et le Livre, de Robert Browning, les éditions Le Bruit du Temps ont eu la pertinente idée de publier, en un petit volume, trois textes de Henry James portant tous les trois, mais par trois angles d'attaque, selon trois modes de tir complémentaires, comme par trois meurtrières placées à des hauteur du temps et de l'esprit différentes, sur la cible Browning.
James était fasciné par ce dernier, qui occupait une place première dans son panthéon, une place formatrice, motrice, donc, et qui devint sur la fin le voisin géographique de James, refermant le cercle de l'influence jusque dans la proximité spatiale. Mais Brown n'était pas que le héros ou le voisin de James, c'était aussi son problème, et les trois textes réunis ici sont une fascinante enquête, non sur la stature de Browning, mais sur le complexe jamesien. Car qu'est-ce qui perturbe James chez Browning ? Oh c'est très simple, et il le dit lui-même, dans ce style à la fois manucuré et somnambulesque qui est le sien: "le sort et la particularité [de RB] étaient d'arborer aussi peu que possible en sa personne (du moins à mes yeux étonnés) les hautes significations, les riches implications et les précieuses associations du génie auquel il devait sa position et son renom".
Henry James, donc donc donc, a du mal à se faire une vision stéréoscopique et cohérente de Browning, c'est comme si les deux plaques (les deux plans) ne coïncidaient pas dans la lanterne magique de son entendement: le génie et le mondain. Et James de trouver la contradiction si ontologique qu'elle devient le moteur d'un court récit intitulé La Vie privée: on y rencontre un écrivain double, ou plutôt dédoublé, se pavanant et devisant en public tandis que son "autre" œuvre littéralement dans l'ombre à sa table de travail. C'est à la fois naïf dans son intention et cruel dans son traitement, et cela donne un petit parfum à la Villiers de l'Isle-Adam au récit – mais le message est clair: l'être qui se vautre dans la monstration ne saurait être réconcilié avec celui qui sonde les abysses. Et cette irréconciliation est telle que James lui invente un pendant, sous les espèces du mondain absolu, lequel n'existe que sous le regard public et devient invisible en privé, littéralement inexistant. On a la délicieuse impression d'assister à un rêve récurrent épinglé par Freud. Alors comme ça, Mr. James, vous pensez qu'on ne peut pas être et paraître? Quel est votre problème, exactement?
Plutôt que de se contenter d'une réponse "avec cigare" du style la-figure-du-père-castratrice ou je ne sais quoi, jetons un œil aux deux autres textes du volume, qui apportent un éclairage assez hallucinant tout de même sur les rapports entre James et Browning. Dans l'un, "Browning à l'abbaye de Westminster" (1890), écrit quelques jours après le transfert des cendres de Browning dans le "Poet's Corner", James tord le cou à l'hommage et se permet de qualifier RB de "poète sans lyre"! Et bien sûr, quelques lignes plus loin, James ne peut s'empêcher de reprendre son dada et de préciser que Brown était quelqu'un "répondant à toutes les sollicitations"… Ah ça, le visionnaire aurait dû être sourd, James n'en démord pas. Son problème, indépassable, en somme, c'est le fond et la forme, la viande et le marbre. Et il ne supporte pas que son idole vive avec aisance une dichotomie pareille.
Mais c'est dans le troisième texte, "Le Roman dans L'Anneau et le Livre", une conférence prononcée en 1912, que James, pour parler crument, lâche vraiment le morceau. Non content de dresser un catalogue raisonné des défauts / défaillances du roman en vers de RB, il enfonce carrément le doigt dans ce paradoxe qui le taraude: le rapport entre "masse et façade". Mieux, il articule très clairement ce qui fait la spécificité de RB, écrivain qui "ne cesse de produire et de produire en immenses quantités" mais "n'accomplissant pas vraiment le coup final qui annexe l'ensemble" – RB, véritable écrivain de l'ère pré-industrielle, en somme! Usine surchauffée, soucieuse du rendement mais indifférente à la finition… Il faut voir comment James se déchaîne et use de métaphores, ou plutôt use les métaphores pour cerner / saigner son sujet. Le fruit et la branche, le marin intrépide et l'écueil, la pierre équarrie, la muse relevant ses jupes… Et finalement il y va d'une image assez incroyable, il ose la bidoche:
"Disons autant que nous le voulons qu'un roman est un tableau de la vie; appelons-le, selon une mode récente, un morceau, ou même une tranche, et même une 'sacrée' tranche, de vie, une grossière excision de cette substance, aussi superficiellement coupée et sommairement servie que possible […]".

Browning en boucher bâcleur! On touche, ici, au problème de James dans toute son intensité. Ce qu'il semble reprocher à RB, en fait, c'est ce qui le fascine et le révulse le plus, c'est cette propension à saisir la barbaque à mains nues sans nier ni ses fibres ni ses nerfs ni ses grasses veines. James cherche dans l'œuvre le reflet de cette incohérence qui le stupéfait dans la vie de RB. Puisque RB est mondain, alors son œuvre doit, elle aussi, pécher par une sécularité persillée! Imaginons Gracq se casser les dents sur Proust et sourions…

Sur Robert Browning est un triptyque étonnant, débordant d'amour et de griffes, tantôt méticuleusement œdipien, tantôt sublimement schizoanalytique. Un portrait de l'écrivain en architecte défaillant, en fabrique vorace, en chevalier d'industrie, en grand baratteur du Tout. On y découvre un Browning tentaculaire, une sorte d'hydre à deux têtes contre laquelle se bat, amoureusement, le guerrier James, avec pour seul bouclier sa raison méfiante et pour seul glaive son excès d'admiration. C'est, non pas le récit d'une désillusion (je l'ai aimé et il m'a déçu…), mais l'aveu d'une méprise (j'ai cru qu'il incarnerait l'unité). Ce que James qualifie lui-même, "tout au pire d'un hommage subtil et inquiet".


Sur Robert Browning, traduction de l'anglais par Jean Pavans, éd. Le Bruit du Temps, 132 pages, 12€

mercredi 8 avril 2009

Quand des coeurs palpitaient fort…


«“Ô mon intime pendant ces quatre années, comment iront les choses, lorsque, bientôt, nous allons nous séparer ?” Ainsi parle Browning au Vieux Livre Jaune, lorsque, vers le premier quart du livre XII, il voit son œuvre près de s’achever ; il a évidemment redouté le vide de sa vie et de sa pensée quand il serait, non pas délivré mais privé, de cette tâche passionnante et chérie ; quoiqu’il ait fort bien su remplir l’une et occuper l’autre pendant les vingt ans qu’il a encore vécus. Mon propre corps à corps avec L’Anneau et le Livre n’a guère duré qu’un an et demi, entre la première phrase mise sur le papier et le point final au manuscrit provisoire ; mais moi aussi j’ai redouté, après avoir mis ce point final, un vide de l’esprit, un désœuvrement ; j’ai su que, pour autant que je vivrais encore, je ne retrouverais pas l’équivalent de ce que je perdais, pour avoir mené à bonne fin mon entreprise ; et cet achèvement fut une tristesse. »

Ainsi s'exprime Georges Connes, le traducteur du roman en vers de Robert Browning, L'Anneau et le livre, qui ressort ces temps-ci aux éditions Le Bruit du Temps. Or l'histoire de ce livre (et de cette traduction) semble un rêve douloureux tissé entre hommes, avec en toile de fond le bruit du temps, certes, mais aussi de la violence, de la guerre et des séparations. Tout commence, pourrait-on dire, à la fin du XVIIème siècle, à Rome, avec une histoire de procès mettant en scène un prêtre, Caponsacchi, une femme, Pompilia, et un méchant, Guido Franceschini… Ce fait divers – on pense à la trajectoire des Cenci chez Artaud… – marque le poète Robert Browning, auteur prolixe et amant têtu, orfèvre du monologue intérieur, correspondant de la poétesse Elisabeth Barrett pendant des années avant de l'enlever (il faut parfois prendre les mesures qui s'imposent…) et d'épouser la recluse opiomane qu'il peut alors aimer sous le ciel italien… Mais revenons à Browning et au monstre qui naît de sa fréquentation du fait divers italien cité plus haut: The Ring and the Book. Gorgé de plus de vingt mille vers (blank verse), L'Anneau et le Livre paraît en quatre volumes, de novembre 1868 à février 1869 et rencontre très vite le succès.

Métamorphoses des livres… puisque tout commence avec "vieux livre jaune, carré", un banal in-quarto aux "plats de vélin ridé" que Browning acquiert chez un bouquiniste de la place San Lorenzo. Comme s'il fallait à l'écrivain un caillou usé pour bâtir une vibrante cathédrale ; comme s'il fallait, surtout, survivre à un amour fou et, trois ans après la mort de la femme qu'il avait courtisée, enlevée, épousée, passer quatre ans sur une sombre histoire de triple meurtre. Robert Browning, encouragé par Carlyle, épanchera dans ce livre son art comme une longue et nécessaire saignée, œuvrant sans relâche pour que surgisse du deuil cette citadelle gothique et sans égale.

So you see this square old yellow Book, I toos I' the air, and catch again, and twirl about By the crumpled vellum covers, pure crude fact Secreted from man's life when hearts beat hard, And brains, high-blooded, ticked two centuries since? Examine it yourselves! I found this book, Gave a lira for it, eightpence English just, (Mark the predestination!) when a Hand, Always above my shoulder, pushed me once, (...)


[Traduction de Georges Connes: Vous voyez ce vieux livre, jaune, carré, que je lance en l'air, que je rattrape, que je fais tourner en le tenant par ses plats de vélin ridé? c'est du fait à l'état brut, sécrété par la vie humaine, quand des coeurs palpitaient fort, des cerveaux battaient, inondés par la montée du sang, il y a deux siècles. Voyez-le vous-même. J'ai trouvé ce livre, en ai donné une lire, huit pence d'Angleterre tout juste (remarquez la prédestination) quand une Main, toujours au dessus de mon épaule, m'a donné une poussée, ([...)]

L'Anneau et le Livre, paru en 1959 chez Gallimard, longtemps épuisé, ressort aujourd'hui grâce au zèle et à la passion d'un nouvel éditeur, Le Bruit du Temps, que dirige Antoine Jaccottet, naguère timonier de Quarto. Et de nouveau, le livre est chargé de passion, celle de l'éditeur, qui nous l'offre en édition bilingue, mais aussi celle du traducteur, Georges Connes, que nous citions en préambule, et qui entreprit la monumentale traduction de ce roman en 1942 et prit le parti – qu'on peut contester, certes – de nous le restituer en prose. L'œuvre de Browning eut-elle gagné à être réinventée en vers? Au vu du résultat, la question ne se pose même pas – seul compte le souffle habité de cette traduction, sa bruissante foulée, sur laquelle d'ailleurs Connes s'est expliqué :

«De quoi s’agissait-il pour moi ? écrit le traducteur, de mettre à la disposition du lecteur français un texte dont je dis une fois encore qu’on le goûte beaucoup mieux en le faisant passer par un gueuloir ; de lui communiquer ces énormes vagues successives de raisonnement, de rhétorique, d’émotivité, de passion, en lesquelles s’épanchent des esprits furieusement intéressés par ce dont il s’agit et ce qu’ils en disent ; tous, même Pompilia, et aussi Browning, ont le souffle d’athlètes inépuisables ; arrêter, donc, l’œil du lecteur à la fin de chaque ligne, comme il est inévitable si on lui présente des vers – il est déjà assez déplorable qu’on soit obligé de lire L’Anneau et le Livre avec les yeux – aurait été une formidable erreur ; c’était avec certitude tuer l’œuvre en français. »


On notera, bien sûr, l'usage du mot "gueuloir" – et l'on aura alors un premier indice de ce que dut être la re-création de ce bénémoth anglais en pleine Seconde Guerre mondiale. Un an et demi de travail pour Connes qui n'a de cesse, alors, de sauver le manuscrit (oui, rappelle-toi, c'était avant les clés USB, quand transpirer c'était transpirer, quand on avait une bosse à la dernière phalange du majeur, quand l'Underwood te mitraillait les oreilles…). Ce n'est qu'après avoir remis les clés de la mairie de Dijon au chanoine Kir (qu'on salue au passage) que notre héros traducteur finit par convaincre un éditeur de publier L'Anneau et le Livre – et Raymond Queneau de jouer dans l'affaire un rôle similaire à celui que joua Carlyle avec Browning. Le temps passe, rien ne paraît, Connes cherche un autre point de chute, en Belgique cette fois-ci, et là le navire chavire, la firme belge fait faillite et le manuscrit disparaît avec elle… Un ami latiniste remet la met sur le texte (ouf) et ce n'est donc qu'en 59 que paraît ce chef d'œuvre.

Mars 2009: Le Bruit du Temps publie une édition magnifique de L'Anneau et le Livre, signant ainsi et l'acte de naissance d'une maison d'éditions exigeante et le retour en grâce d'un texte qui devrait – enfin – trouver non pas sa place – ce serait trop peu – mais une brûlante demeure sur notre table de chevet, non loin des draps défaits.

Browning eut le courage d'aller ravir Elisabeth – ayons la passion de lire ce qui survécut au deuil de leur amour. Et maintenant, éteignez votre ordinateur et filez en librairie. Vous savez ce qu'il vous reste à faire.


[Robert Browning, L'Anneau et le Livre - The Ring and the Book -Édition bilingue, traduction de l'anglais et étude documentaire par Georges Connes, préface de Marc Porée - Grand format relié sous jaquette : 135 x 205 - 1424 pages • 39 euros - Le Bruit du temps - Diffusion / Distribution : Les Belles-Lettres - 2009]


dimanche 5 avril 2009

Tourisme bleu




Ah, Strasbourg… son baeckeoffe, sa flammekueche, son kouglof… terre d'accueil…

C'était un 4 avril, tu étais venu accompagner l'auteur Viken Berberian qui signait dans quelques librairies… il régnait une quiétude propice aux rêveries… une envie toute simple de tourisme… découvrir la vieille ville, prendre le pouls de l'histoire ancienne… longer les canaux… s'attarder aux terrasses… et surtout se dire qu'on avait de la chance parce que qu'est-ce que ça aurait été putain si notre président de la république avait été ministre de l'intérieur dans une autre vie…

mercredi 1 avril 2009

Vous avez dit série?


Initié par Emmanuel Rabu et Laure Limongi, Ecrivains en série sort aujourd'hui. Cathodiquement, la série est un genre qui s'est forgée à mi chemin entre différence et répétition, avec pour arrière-pensée la tradition du rendez-vous, initiée par le roman-feuilleton du XIXème siècle (De Paul Féval à The Wire, drôle de parcours…). Une façon pour le bocal aux agités (la shit-box, comme disent certains ricains) de répondre au septième art (travaillé lui aussi par le cancer de la sequel), aussi. Un mode de traitement du narratif, par ailleurs, qui nous donne aujourd'hui des petites choses culte (La caravane de l'étrange…) et quelques objets décalés. (Derrick????). Une notion qui, pour les écrivains, permet tous les glissements, toutes les dérives, et agit comme un labo bien barré, ainsi qu'on le verra à la lecture forcément discursive de ce bouquin chorale où chaque auteur "revisite" (tel un fantôme facétieux amoureux des chaînes) la notion d'épisode. Le résultat est fendard, difforme, calé, zapping zigzagant entre les gouttes des séries pour mieux saisir la puissance de ce déferlement, jadis suivi de semaine en semaine, aujourd'hui téléchargé et consommé par packs entiers. Ça va du résumé concis comme un bras d'honneur: "Huis clos masculin autour d'un machin visqueux." (David Christoffel, à propos de Flipper) au poème diffractée (Emmanuel Tugny sur Chéri-Bibi); de la spectrographie astucieuse de la série Oz par Anne Bourse ("ou la french theory appliquée à l'une des plus brillantes créations télévisuelles") à la chouette confession de Thomas Clerc à partir d'Amicalement vôtre; de l'art du je fendu avec Claire Fercak et la série Daria à la lucidité amusée d'Emmanuelle Pireyre dans son texte sur l'incontournable Derrick; on fera la roule libre avec Laure Limongi au pays de Dexter… Vous aurez même droit, je crois, pr bibi, à la Mire ("nul anus crypté"), comme quoi tous les coups sont permis.

Allez, quatrième de couverture…:

On "On s’est dit que tout le monde regardait des séries télé. Que c’était un élément culturel fédérateur. Qu’on parlait du dernier épisode de Heroes aussi bien avec un ami écrivain qu’avec notre nièce adolescente. Qu’on émettait des hypothèses sur la suite de Lost avec le chauffeur du bus puis avec un philosophe. Bref, que les séries faisaient partie du quotidien et insufflaient de multiples mondes possibles dans le réel de chacun.

Les séries sont des creusets de fiction riches, tentaculaires, qui nous bercent depuis l’enfance : Chapeau melon et bottes de cuir, Belphégor, Star Trek, Mac Gyver, L’Île aux trente cercueils, Columbo, Amicalement vôtre… Certaines sont des feuilletons qu’on consomme avidement en famille, comme Les Feux de l’amour ou Plus belle la vie. D’autres, des chocs esthétiques majeurs : Twin Peaks, L’Hôpital et ses fantômes, LAIN… Depuis quelques années, on semble assister à un nouvel âge d’or des séries renouvelant les codes du récit contemporain : Oz, The Wire, Six Feet Under, Les Soprano, 24 heures, Prison Break

On s’est alors pris à rêver d’une rencontre entre créateurs et séries télé : 71 écrivains, artistes ou philosophes se sont emparés d’une série culte pour la commenter, l’analyser ou produire une nouvelle fiction. 117 séries, 117 textes qui font découvrir ou redécouvrir 60 ans de trésors télévisuels."

Casting : Julien d’Abrigeon, Mark Alizart, Stéphane Bérard, Vincent Bergerat, Philippe Boisnard, Anne Bourse, Guénaël Boutouillet, Lucille Calmel, David Christoffel, Claro, Thomas Clerc, Sylvain Courtoux, Béatrice Cussol, Anna Czapski, Dahlia, Angie David, David Defendi, Vincent Delaboudinière, Frédéric Dumond, Lise Etcheverry, Alain Farah, Guillaume Fédou, Claire Fercak, Christophe Fiat, Daniel Foucard, Fabrice Gaignault, Bastien Gallet, Hortense Gauthier, Jérôme Gontier, Laurent Goumarre, Claire Guezengar, Georges Hassomeris, Émilie Hermant, Hortense Hubben, Élodie Issartel, Dominiq Jenvrey, Manuel Joseph, Laure Limongi, Marc Lits, Vannina Maestri, Jérôme Mauche, Olivier Mellano, Laure Mentzel, Pierre Ménard, Nataschka Moreau, Joseph Mouton, Tarik Noui, Charles Pennequin, Célia Picciocchi, Emmanuel Pierrat, Emmanuelle Pireyre, Emmanuel Rabu, Samuel Rochery, Nicolas Rollet, Sophie Rosemont, Arnaud Saint-Martin, Peggy Sastre, Léo Scheer, Jean-Baptiste Scieux, Orion Scohy, Olivier Sécardin, Sarah Sepulchre, Yvan Serouge, Jacques Sivan, Florent Souillot, Nathalie Talec, Vivianne de Tapia, Clément Tuffreau, Emmanuel Tugny, Philippe Vasset, Héléna Villovitch

Réalisateur : Emmanuel Rabu.

Image de couverture : Danny Steve.

71 écrivains, artistes ou philosophes se sont emparés d’une série culte pour la commenter, l’analyser ou produire une nouvelle fiction. 117 séries, 117 textes qui font découvrir ou redécouvrir 60 ans de trésors télévisuels.
parution 1er avril 2009
496 pages
20 euros
isbn 978-2-7561-0150-7
EAN 9782756101507
220 x 170, broché

mardi 31 mars 2009

Mathias Enard / Dominique A.


C'était pendant le festival Passa Porta, à Bruxelles, dimanche, sur le coup de 17h15. Une cour à ciel ouvert, un grand mur de briques. Enard parlait de Salonique, d'amour trahi, et Dominique A. tissait des loops hypnotiques. Il y a eu un rappel, et chacun a relancé la donne, une dernière fois. L'homme a la guitare a monté les décibels, l'homme au livre a poussé la voix, une bataille tout en générosités, une vraie zone d'intensités. Le soleil, pas peu fier, a pris son temps pour disparaître entre les vieilles façades et les monstres de verre. Et comme il n'y avait pas de Twenty-Two Bar, on a fait escale au Greenwich pour une petite chimay entre amis. C'est à ce genre de détails qu'on comprend que le printemps va t'en mettre plein la gueule.

Bruxelles TrashPics/≠1





vendredi 27 mars 2009

Ne lisez pas que La Princesse de Clèves!


Le jeudi 2 avril, 19h
à la librairie L'Arbre à Lettres
(14 rue Boulard, 75014 / Métro Denfert)
rencontre avec Claro autour de son livre
Le Clavier Cannibale (éditions Inculte).
L'auteur sera présenté par Fabrice Colin.
Venez très beaucoup!

mardi 24 mars 2009

99 pages en Ferrari

Tu es à Saint-Pétersbourg et la Neva est un miracle d'eau et de glace, tu sors de l'Hermitage où un Cranach t'a obligé à te mettre humainement à genoux devant la beauté, le printemps russe hésite entre boue et neige, tu retournes dans ta chambre d'hôtel et regarde par la vitre le square où la blancheur attend l'impression de pas qui ne sont pas les tiens, puis tu ouvres un livre qu'on t'a offert à Bruxelles, ce livre s'appelle Un dieu un animal, il est signé Jérôme Ferrari, et deux pages plus loin tu es de nouveau à genoux…

En moins de cent pages, Jérôme Ferrari te déchire les yeux avec ce tango à deux corps, celui du narrateur qui tel un Ulysse déchu revient auprès des siens, auprès de son chien, et celui de Magali, que la société a réduit à l'état d'ustensile - mais la guerre n'est pas finie, ni dans les cœurs ni ailleurs, mais quelque chose a été déchiqueté en lui qui fait que le voilà, revenu sur ses propres pas, prêt à piétiner ces derniers souvenirs qui l'ont maintenu en vie tout au long d'une odyssée barbare. Il a été soldat, contre Dieu, puis mercenaire, pour le dieu Sécurité, et tout ce temps passé à se désintégrer, tout ce temps à tourner autour de son cœur évidé dans le sens d'un tourbillon aspiré par un vide sans nom, il a chéri au fond de lui le souvenir d'une fille embrassée au village, d'une Juliette privée de Roméo. Le lecteur, après avoir été assommé tel un bœuf coupable par les six premières pages, après avoir appris que c'est ainsi que finit le monde, non dans un fracas mais dans un craquement d'os intolérable, va naviguer, un peu groggy, un peu grisé, entre les non-faits d'armes de cet Ulysse brisé et la vie d'entreprise de cette Pénélope rongé par le cancer de la compétitivité. On pense au sniper de La perfection du tir, de Mathias Enard et au couple de Simples mortels, le roman de Philippe de la Genardière. Le cadrage est serré, la voix syncopée, et on a les yeux qui piquent, comme si une fumée de charnier flottait là, quelque part. Car les deux protagonistes du livre, telles deux aiguilles aux célérités inconciliables, sont reliés par un minuscule moyeu possiblement idyllique, ce moment béni où l'exécutive woman était encore une Nausicaa en herbe et où le flingueur des sales besognes rêvait de glisser une main sous la jupe du possible. Et encore faudrait-il évoquer la sublime figure d'Ibn Mansûr El-Hallaj, dont le supplice irrigue la viande du texte, martyr aux mains et aux pieds coupés? Encore faudrait-il parler des effets contrariants du Bailey's sur les corps trop endurcis, de l'obscénité paramétré des décideurs, de l'entêtement des énamourés. De la mort de Patrocle, dit Jean-Dot. Encore faudrait-il préciser que la langue de Jérôme Ferrari est une lame lentement rougie au feu de notre naïveté, une longue interpellation de nos doutes, un chant arabe au pied de la croix. "Mais regarde: aujourd'hui est à nouveau un jour de trêve. Ta vieille carabine est posée à côté de toi et tu frottes dans tes mains un peu de la terre humide de l'oliveraie". Ce qu'est cette trêve selon saint Ferrari, nous ne le dirons pas.

Les heures ont passé, et une nuit parcimonieuse enveloppe Saint-Pétersbourg. On referme le livre et on s'enfile une rasade de vodka. Mais pas parce qu'il fait froid.

[Jérôme Ferrari, Un dieu un animal, Actes Sud, 12 €]

lundi 23 mars 2009

Saint-Pétersbourg / TrashPics ≠ 3



Saint-Pétersbourg / TRashPics ≠ 2





Saint-Pétersbourg / TrashPics ≠1





jeudi 12 mars 2009

Omega Minor in London


L'écrivain Paul Verhaeghen était invité il y a peu à Londres à l'occasion de la Jewish Book Week. On peut trouver ici un long entretien audio mené par Boyd Tonkin, tout ce qu'il y a de passionnant.
La traduction en français de ce roman exceptionnel avance, et une parution en avril 2010 est de plus en plus vraisemblable.

lundi 9 mars 2009

Brésil-Rome, zéro partout

Info : L'archevêque de Recife, dans le nord-est du Brésil, a excommunié une femme pour avoir fait avorter sa fille de 9 ans, violée par son beau-père. La décision du prélat a été saluée par le Vatican.

Eh bien, il semblerait qu’un certain chemin ait été parcouru depuis l’époque psychédélique de l’immaculée conception, quand l’engrossage secret pouvait aisément passer pour un miracle. Et puis, bon, deux chrétiens brésiliens de plus, vite ondoyés après la mort de leur pécheresse de mère de neuf ans, on allait pas cracher dessus, surtout au Vatican, faut quand même équilibrer le grand registre des âmes. La mère qui a fait avorter sa gamine n’était franchement pas très charitable. On espère juste que le beau-père violeur et incestueux n’a pas été excommunié, lui. Sinon c’est match nul.

Comme l’a dit récemment Benoît Sweet Sixteen:
«Aujourd'hui encore, Rome a besoin de femmes tout à Dieu et tout au prochain, de femmes capables de recueillement et de service généreux et discret, de femmes qui sachent obéir aux pasteurs, mais aussi les soutenir et les encourager par leurs suggestions mûries dans leur rencontre avec le Christ et par l'expérience directe dans le domaine de la charité, de l'assistance aux malades, aux exclus, aux mineurs en difficulté. Ce don de maternité ne fait qu'un avec l'oblation religieuse sur le modèle de la Sainte Vierge».


J’ai une vague idée de ce que je ferais de mon cierge si on m’invitait à baiser les pieds du pape…

Bruxelles Trash Pics





mardi 3 mars 2009

Agenda mars



Le vendredi 6 mars, à Bron pour la 23ème édition de la Fête du livre de Bron – de 10h30 à midi, pour un débat sur les blogs d'écrivain, avec Chloé Delaume, Alain Mabanckou, ainsi que Louise Merzeau et Brigitte Chapelain. Débat animé par Martine Lavala et Frédérick Houdaer.

Le samedi 7 mars, la Foire du livre de Bruxelles, pour un débat sur la traduction avec Bernard Hoepffner (18h).

Le 10 mars à Strasbourg, à 17h30, à la Librairie Kléber, pour un débat également sur la traduction avec Bernard Hoepffner.

Au Salon du Livre, à Paris, le 16 mars, en direct de Tout Arrive, l'émission d'Arnaud Laporte (12h50-13h30); toujours le 16, un débat à 14h sur le thème littérature et réseaux sociaux, organisé par Vincent Monadé; le mardi 17, à 17, pour un débat sur le roman, organisé par Laure Limongi, (avec Céline Minard, entre autres). Plus signature sur le stand Inculte.


mardi 24 février 2009

Avant-printemps

D’emblée, ma cocotte, on omet les personnages, leurs familles, relations, animaux domestiques, et autres ambitions. La psychologie des surfaces étant ce qu’elle est, après vérification n’a pas tenu, ici trois lignes. Ce n’est pas renoncement ni édit cruel, le public pervers l’aura compris. On n’en veut pas. Ce serait, sinon, faire ripailles d’imbroglios. User et s’amuser de subterfuges. Et puis, tous ces noms propres, quelle clé leur donner, à quelle portemanteau accrocher leur soi-disant idéaux ? On n’a pas voulu imposer de plan de page, ni disposer de ronds de serviette. On est comme ça, et c’est une orientation générale. On leur dit adieu et surtout bonne chance. Le temps ne presse pas, mais quand même. J’insisterai en temps voulu. Le mien, pas le tien.

lundi 9 février 2009

Plumitifs

Une petite précision pour l'ami François Bon: ma réaction sur la mort de littérature comme accroche publicitaire de mag-lit était uniquement liée à l'accroche non-littéraire publicitaire d'un mag-lit sur la mort de la littérature. Ceux qui y ont répondu ne sont pas, parce qu'ils y ont répondu, nécessairement des plumitifs. Qu'est-ce qu'un plumitif? Un plumitif, c'est nous, demain, aujourd'hui, si on tort si on travers. Je m'agace devant la question, pas devant les réponses. Comme disait Sinead O'Connor au Pape: don't miss your ennemy. Ceux qui ont répondu à cette question y ont répondu, pour certains, intelligemment. Alors n'attendons pas qu'un blog demande: le blog littéraire est-il mort? Que jamais notre entraide ne devienne une partie de paint-ball.

dimanche 8 février 2009

Aux écrivains la patrie méconnaissante


Un magazine culturel (peu importe, hélas, lequel) affiche en ce moment à son sommaire la question suivante: "La littérature française est-elle morte?" Bien sûr, on se doute que les dix écrivains contactés pour "répondre" vont nuancer, voire contredire cette éventualité faramineuse. Et on a aussi vaguement pressenti qu'il s'agit là d'un rebondissement de la fort peu intéressante polémique lancée par Donald Morrison il y a quelque temps dans Time Magazine. Il n'empêche que le fait même d'utiliser une telle question comme accroche en dit long. La question a une je ne sais trop quoi de provocateur. Ce qui me dérange, ce n'est pas tant qu'elle soit provocatrice (et, pour tout dire, aberrante), non, ce qui me dérange (pas au point de perturber mes insomnies, notez bien), c'est qu'elle contribue à entériner cette notion calamiteuse de "littérature française" comme corpus défini, entité papetière, allez savoir – et la question de la mortalité de ce corpus, quand bien elle est ou pas contestée, contribue à personnifier un objet d'étude pourtant difficilement définissable. Car franchement c'est quoi la "littérature française"? Des livres écrits par des Français? Des francophones? des francophones français? Une traduction n'en fait évidemment pas partie? Quoique? Puisqu'elle est écrite en français? Par un français? Quelles sont les conditions requises pour être crédité d'auteur de littérature française? Combien de mois faut-il habiter à Paris ou à Laval par an? Le français doit-il être votre langue maternelle? le sujet traité doit-il porter béret? quand Raymond Federman écrit en français, c'est de la littérature française? Si Jim Harrison était naturalisé demain, ça serait rétroactif ou bien? Bref c'est très compliqué tout ça. Et si c'est plus flou qu'il n'y paraît, pourquoi aller s'imaginer que cet objet flou puisse, tel un corps, être sujet au phénomène biologique de la mort? Comment une littérature pourrait-elle mourir? A-t-il fallu qu'elle naisse? Est-il possible qu'elle contracte des maladies? Suppose-t-on qu'elle grandisse, vieillisse? Bref, c'est le genre de questions qui ne fait que renforcer la fameuse notion tarte à la crème rance de la littérature générationnelle – on s'est quand même nettement plus amusé avec la notion revigorante de "mort de l'auteur".
Aussi contestée soit-elle dans les réponses apportées au sein dudit magazine, le simple fait d'en faire une accroche possiblement pertinente en dit plus long sur la critique que sur la littérature. Des guillemets n'auraient, je crois, rien changé. Le mot "français" est bien joli et tout et tout, mais dès qu'on l'applique à la littérature, grande branleuse de frontières, et qui plus est dès qu'on l'associe à l'idée de mort, eh bien, on sent pointer une angoisse qui, comment dire… Peut-être faudrait-il réserver ce genre d'interrogation aux rubriques nécrologiques (genre: Nous avons le regret de vous annoncer la mort de la littérature française, une cérémonie d'adieux aura lieu au premier étage du Flore) ou aux news médicales (Des chercheurs de Marne-la-Vallée ont peut-être trouvé le vaccin miracle contre la dégénérescence de la littérature française, les premiers tests ont eu lieu sur un échantillon de malades germanopratins). On lira néanmoins avec intérêt les réponses apportées par ce magazine culturel dont on espère qu'il est à l'abri des gros rhumes existentiels.

Major curiosities…


Deux blogs découverts récemment: tout d'abord celui de Paul Verhaeeghen, auteur de Omega Minor (en cours de traduction pour Lot 49), impertinent, fendard, libre comme l'air, rudement intelligent.

L'autre blog est un cabinet de curiosités, un vrai musée kaléidoscopique où l'on vient trouver ce que l'on ignorait chercher, c'est une pêche aux miracles permanentes, tant au niveau icono que liens, de quoi débuter chaque journée par des bulles d'imprévu.

mercredi 4 février 2009

Crise Kapital


mardi 10 février 2009, 19h

Soirée lecture et rencontre autour du livre de Viken Berberian, Das Kapital, à la librairie L'Arbre à Lettres, 14 rue Boulard, 75014 Paris (tél. : 01 43 22 32 42), en présence de l'auteur, de son traducteur, Claro et de ses éditeurs Oliver Gallmeister et Philippe Beyvin

Wayne, trader de Wall Street, parie sur la prochaine chute des cours. Convaincu de sa destruction, il parie contre le marché et spécule sur le désastre, quitte à forcer un peu les choses ! Mais sa rencontre avec une Française étudiante en architecture l’entraînera dans une autre chute…
Crise, vous avez dit crise ? Roman ironique et quasi prémonitoire, Das Kapital inaugure la nouvelle collection « Americana » vouée à une littérature de la contestation et de la critique du rêve américain.

Venez très beaucoup!

mercredi 28 janvier 2009

Spector


Rencontre avec
Vendredi 30 janvier à 19h30

à la librairie Atout-Livre

203 bis avenue Daumesnil, 75012

Sébastien Le Pajolec
et Stéphane Legrand

pour leur livre Lost Album
paru chez Inculte

« Lorsqu’il a appuyé sur la détente j’ai vraiment cru que j’allais mourir... J’ai vu ma vie entière défiler devant mes yeux... C’était tellement ennuyeux que j’ai failli m’endormir avant la fin... »

Stéphane Legrand est romancier, patron de bar et philosophe free-lance. Il est l’auteur de Triste après l’amour (Fayard 2006).
Sébastien Le Pajolec est historien pop. Il a écrit sur les blousons noirs et les zombies.

mercredi 21 janvier 2009

Le Clavier Cannibale

Sous ce titre paraîtra début mars (le 12 je crois) un recueil de textes de non-fiction, près de 250 pages d'articles inédits ou parus ici et là – certains ayant été repris sur ce blog ou son ancienne et défunte version –, traitant tour à tour de la traduction, d'écrivains américains, français mais aussi d'éditions. Une lecture/signature est déjà prévue à la librairie L'Arbre à Lettres Denfert, a priori le 2 avril, on confirmera ça bientôt.
C'est publié par Inculte, dans la nouvelle collection "Temps Réel" où paraît cette semaine un livre de Luc Sante, My Lost City sur lequel on revient très vite parce que c'est comme on dit roboratif. [Les maquettes sont signées Yann Legendre, décidément très fortiche.]
Par ailleurs, les éditions Arléa ressortent dans leur collection de poche mon tout premier roman, Ezzelina (paru… en 1986), et bon, ça devrait sortir en avril.



[Sinon, rappel: demain soir, Enard et Bertina présentent le nouveau livre de Rohe avec l'auteur à la librairie L'arbre à Lettres Mouffetard. Venez beaucoup.]

lundi 12 janvier 2009

Zone, in english


L'éditeur américain, Open Letters (dont on consultera l'intéressant blog sur la traduction Three Percent), a acquis les droits de Zone, de Mathias Enard. La traduction est en cours, par les bons soins de l'excellente Charlotte Mandell, par ailleurs LA traductrice en anglais des Bienveillantes de Jonathan Littell (extrait paru in Fiction France):

Everything is more difficult when you're adult, everything rings falser a little metallic like the sound of two bronze weapons clashing they make us come back to ourselves without letting us get out of anything it's a fine prison, you travel with a lot of things, a child you didn't carry a little Czech crystal star a talisman next to the snow you watch melting, after the reversal of the Gulf Stream prelude to the Ice Age, stalactites in Rome and icebergs in Egypt, it keeps raining in Milan I missed the plane I have one thousand five hundred kilometers on the train ahead of me…

mardi 6 janvier 2009

Rohe III: Voici venu le plaisir de notre hiver…

Après Défaut d'origine (Allia, 2003), Terrain vague (Allia, 2005, illustrations d'Alexis Gallissaires) et Nous Autres (Naïve Sessions, 2005) – trois livres consacrés à la porosité de l'individu, aux frontières floues des huis clos que nous traversons, aux charmes vénéneux de la répétition, aux plis du dédoublement de soi –, Oliver Rohe nous propose une trilogie tressée en un, un triangle de voix possiblement isocèle, trois régimes de déréliction (comme Deleuze disait: trois régimes de fou). Un peuple en petit, qui sort cette semaine chez Gallimard, est non seulement l'aboutissement de ce parcours d'écriture, il en est aussi – et surtout – le dépassement, et réussit, par la magie en apparence irréconciliable de ses trois voix, à créer un état de grâce tout en grincements et bouleversements.

Peut-être faudrait-il partir du paradoxe du sorite pour savoir de quel peuple nous parle le titre du roman de Rohe. Combien de grains faut-il pour faire un tas? Est-il impossible de composer un tas par l'ajout d'autres grains? Quand le tas cesse-t-il d'en être un sous l'effet de la soustraction? De même: à quel peuple aspirent les destins contigus du livre? Ni un peuple épris de nation, ni une tribu en mal d'agrégation, c'est certain. Plutôt l'objet livre, le pays roman, comme terre d'accueil de ces drôles d'exilés. Façon de redéfinir l'hétéroclite et de miner l'individuel; façon surtout de faire entendre/résonner/bégayer la langue en ce qu'elle constitue autant qu'elle défait l'hôte-locuteur qu'elle contamine.

Il y a Karl, l'acteur obsédé par le Richard III de Shakespeare qui se replie sur son Bochum natal (Allemagne) pour y jouer le Willy (autre William…) de Mort d'un commis voyageur. Un Karl-Lear que ronge in extremis l'absence de sa fille et qui se découvre au fond de la gorge une tumeur. C'est l'histoire d'une suffocation, d'une voix étrécie par les renoncements, une voix qui pourtant s'épanche en séquences de plus en plus longues, de plus en plus têtues et hostiles à tout renoncement, où bruit l'écho d'un Thomas Bernhard. Bien que menacée d'extinction, au sens littéral, la voix de Karl est (soûl)tendue par le souci de décrire tous les instants de ce long chavirement, de les décrire et d'en déplier les proustiennes vibrations, puisque "la question de mon corps en dehors de la scène est désormais définitivement réglée".

Il y a ensuite le dénommé (mais par qui?) Heinrich (?), qui sous d'aures cieux (d'autres plafonds) aurait pu être une blatte kakfaïenne (un homme-plante beckettien), mais qui, pris dans la banale tourmente d'une vie locative, se retrouve pion dans un immeuble, pion dans un jeu aux règles imprécises. Baptisé 'Personnage Deux', ce narrateur-ci est pris dans un entre-deux ontologique (comique) qui se traduit par une suspicion linguistique permanente: les choses pourraient-elles s'appeler autrement? cette chaussure-ci, pourrait-on la désigner sous le nom de tourniquet ou de sauce? Qu'y perdrait-on? Qu'y gagnerait-on? Et qu'en est-il des êtres? Si Serge est un Jean-Claude, alors tout peut basculer, glisser, déraper, plus rien ne coïncider? Et de fait la voix de ce Personnage Deux (appellation prudente et en même temps signe certain de schize) est progressivement contaminée par les parenthèses, jusqu'à dévoration complète du sens., avant l'ultime éclaircie. Personnage à la Buster Keaton (mode Beckett, bien sûr), qui glose sur place et décline à l'infini moins un les possibles du langage, trouant du coup son discours et par ces trous fuyant, se délitant, nous aspirant aussi, nous lecteurs, entre vertige et hilarité.

Enfin, il y a ce jeune narrateur dont les chapitres sont signalés par des dates s'échelonnant du 3 janvier 1979 au 5 février 1989, un garçon dans un pays en guerre (le nom de pays n'est jamais donné, parce qu'il n'est pas un don mais une fracture). Un garçon contraint aux déménagements, aux déplacements, protégées par des femmes ("elles"), sujet aux peurs et aux émois, bien sûr, mais pris dans une telle violence quotidienne que le souffle de sa diction est à jamais privé de pauses: ici, nulle virgule, il est trop dangereux de s'attarder, les choses se pressent, vont d'un point à un autre, la phrase est un no man's land qu'il convient de traverser sans s'abîmer dans la révérence superflue de ces virgules par ailleurs indispensables à l'acteur de Bochum. Il est question de survie, d'une autre forme de survie, car ici personne ne connaît le texte du drame qui se joue.

Ces troix voix, Oliver Rohe les alterne savamment, sans systématisme, attribuant vingt-neuf chapitres à Karl, vingt-neuf à Personnage Deux et dix-neuf au jeune garçon (comme si ce dernier, en plus des virgules, avait été dépossédé d'autres dates, d'autres vies). Ces trois destins se croisent-ils? Les brins de cette guirlande forment-ils un fil? Rohe est bien trop subtil pour nous offrir le luxe artificiel d'une trame conciliante et c'est la lecture, dans son parcours tout en hiatus et vertiges, qui produit ses propres résonances, invente ses propres émotions, déclenche ses propres éclats de rire. C'est la langue qui, en soixante-dix-sept chapitres, se voit sommée d'affronter son inévitable étranglement: langue menacée de Karl, langue trouée de Personnage Deux, langue en fuite du jeune garçon.

Un peuple en petit d'Oliver Rohe est un livre d'une facture (d'une fracture?) à la fois impeccable et tremblée, qui porte l'inconciliable à un degré d'ébullition narrative on ne peut plus redoutable. Une leçon d'écriture du monde, des corps, une fragile odyssée des balbutiements, une déclinaison des aveux: le livre est tout cela et bien d'avantage. Sa rigueur en garantit la grâce, sa liberté en assure la folie: et l'on comprend enfin ce qu'est un livre qui invente le lecteur.

samedi 3 janvier 2009

Alep 08 / Trash Pics 2




Alep 08 / Trash Pics





jeudi 25 décembre 2008

Claro wishes you a bloody new year

Das Kapital



Puisque tout le monde s'est racheté un agenda, autant l'étrenner tout de suite…

Donc, le 9 janvier, hop, tous à la librairie Atout-Livre, dans le XIIème à Paris, pour découvrir, entendre et plus si affinités Viken Berberian, auteur de l'impeccable Das Kapital, qui sort le 8 aux éditions Gallmeister, dans une nouvelle collection intitulée 'Americana'.

Le 23 janvier,
passage obligé le soir à l'Arbre à Lettres Mouffetard pour assister à une présentation du nouveau livre d'Oliver Rohe, Un peuple en petit (Gallimard) en compagnie d'Oliver Rohe himself, Arno Bertina et Mathias Enard.

Quand l'an meurt


Comment ne pas laisser le mot de la fin à Eric Chevillard, dont l'opus trilobé L'autofictif sort le 20 janvier aux éditions de l'Arbre vengeur?

"Et je me vante de n'avoir pas besoin d'écrire pour boire, contrairement à ces petites natures du genre Faulkner."


dimanche 14 décembre 2008

Mille-Feuilles


RENCONTRE AVEC TROIS ÉCRIVAINS, LEUR ÉDITEUR COMMUN ET LEURS LIVRES :

- Maylis DE KERANGAL, romancière et nouvelliste, membre du collectif et de la revue "Inculte", pour :
"Corniche Kennedy", roman, Verticales, 2008,
- CLARO, écrivain, éditeur, traducteur (de Thomas Pynchon et de William Vollmann, entre autres), pour :
"Madman Bovary", roman, Verticales, 2008,
- Olivia ROSENTHAL, auteur de romans et de pièces de théâtre, réalisatrice de « performances », pour :
"On n'est pas là pour disparaître", roman, Verticales, 2007,
ainsi que "Viande froide [reportages]", récit-fiction, Cent-Quatre / Lignes, 2008,
et "Les lois de l'hospitalité", théâtre, Inventaire/Invention, 2008,

avec la participation d'Yves PAGÈS


La présentation et l'échange, formalisés, seront suivis d'un second temps, plus informel, autour d'un repas,
le tout, INDISSOCIABLE, pour le prix de 21 € (hors boissons).

RÉSERVATION INDISPENSABLE ! – (jusqu'à l'avant-veille, si possible).

Réservations : 01 43 25 76 67 (numéro joignable tous les jours)
Renseignements : http://mille-feuilles.fr (ou 0608435053)

vendredi 12 décembre 2008

Copenhague 2008: just thinking

dimanche 7 décembre 2008

Aidons la police: apprenons-lui à lire…

Depuis que notre judicieuse police a découvert le potoroz, à savoir que les saboteurs de la SNCF, les dangereux destructeurs de cateners, tiraient leur savoir-faire (et peut-être leur faire-savoir…) de la lecture d'un bréviaire anarchisant, le dangereux L'Insurrection qui vient, on sent une menace peser sur notre société et il est de notre devoir d'aider une milice gouvernementale un peu dépassée parce que pas forcément au courant des parutions séditeuses qui polluent notre saine littérature bourgeoise. Donc, afin de remonter vite aux sources d'exactions éminemment condamnables, je propose d'établir une bibliographie susceptible de faire gagner du temps à ces officines qui perdent quand même leur précieux temps et notre précieux argent en filatures laborieuses alors qu'une basique connaissance des parutions en librairies permettrait de repérer assez vite les organes de trouble à l'origine de ces vocations émeutières. Voici donc les livres responsables par le passé ou à l'avenir (à quoi bon faire le distinguo maintenant que l'on cherche les pré-délinquants, les pré-perturbateurs, les pré-pubères et les pré-varicateurs…):

• Mathias Enard: Bréviaire des artificiers (un livre qui à lui seul explique la situation au Moyen-Occident)
Caroline Rochet et Sandra Antonios, Je ne suis pas une bombe… et alors? (Hyper dangereuse apologie du charme)
Anna Rozen et Ludovic Debeurme, La bombe et moi
Emile Pouget, Le sabotage
• Jean Rolin, L'explosion de la durite
ETC.

J'en appelle à une délation massive et érudite. On ne peut pas laisser courir dans la nature tous ces comités invisibles qui en veulent à nos rails et à nos raïs. Le mal, qui est né entre les pages des livres et doit finir entre les murs des prisons, est mal. Nous sommes en France, pas au Fuckzecopistan.
Vous aussi établissez la liste des livres méchants qui donnent des idées mauvaises. Dénoncez plus pour gagner plus.

mardi 2 décembre 2008

Soirée du Tonnerre III


Mercredi 17 decembre 2008 : 19h
Lectures, musique, surprises.


Pour sa troisième édition, La Soirée du Tonnerre quitte les bars de ses débuts et s’installe sur une jonque chinoise amarrée aux pieds de la Grande Bibliothèque. Dans une ambiance bon enfant où l’on boira sans retenue, des auteurs, tous passionnants, liront de brefs textes inédits de leur cru. S’ensuivront un concert exceptionnel, une intervention improbable, la projection d’un drôle de court-métrage.

1/ Lectures
(Attention, les lectures auront lieu en tout début de soirée)

Mathias ENARD, lauréat du Prix Décembre 2008 pour son dernier roman « Zone » (Actes Sud).
Maylis de KERANGAL. Editrice aux éditions du Baron perché ; dernier roman publié : Corniche Kennedy (Verticales 2008).
CLARO auteur de « Madman Bovary » (Verticales), traducteur de l’américain (Vollmann, Pynchon, Gass). Co-dirige la collection Lot 49 au Cherche Midi.
Céline MINARD, mention spéciale du jury du Prix Wepler 2008 pour son quatrième roman « Bastard Battle » (Léo Scheer).
Laure LIMONGI, musicienne au sein du groupe Molypop, auteur de « Fonction Elvis » (Léo Scheer, 2006), directrice de la collection Laureli, aux Éditions Léo Scheer.
Stephane LEGRAND, auteur de « Les normes chez Foucault, (PUF, 2007) et de « Lost Album (A Phil Spector Production) » aux éditions Incultes, collection "In Vivo" sous le pseudonyme d'Etienne Celmare avec Sébatien Le Pajolec.
Olivia ROSENTHAL, lauréate en 2007 du Prix Wepler et du Prix Pierre Simon pour « On n’est pas là pour disparaître » (Verticales 2007). Auteur en 2008 de « Viande froide » pièce sonore (Cent quatre / Nouvelles Editions Lignes).
Lionel OSZTEAN, auteur des recueils poétiques « Notes brouillées » et « Eros & Cie » (Le Zaporogue 2008).
Sébastien DOUBINSKY: a récemment publié « Le Livre muet » (Cherche-Midi, 2007), « Star », L’Ecailler du Nord (2007).
Mathieu LARNAUDIE auteur de « Strangulation » (Gallimard 2008).
Fabrice COLIN est l’auteur d’une vingtaine d’ouvrages, dont « La Mémoire du vautour » (Au Diable Vauvert 2007).
Joy SORMAN a écrit "Du bruit" (Gallimard 2007).
Arno BERTINA. Dernier roman paru : « Ma solitude s’appelle Brando » (Verticales 2008).

2/ Concert
Julie B BONNIE (ex Forguette Mi Note, ex CORNU) interprètera des chansons de son nouvel album « On est tous un jour de l’air » (produit par KID LOCO) avec Stan GRIMBERT (batterie), Cyrille CATOIS basse et Or SOLOMON (claviers). [http://www.myspace.com/juliebbonnie]

3/ Livre rare
Les quatre-vingt exemplaires de l’édition originale de « LES SONIQUES » (700 pages, augmenté d’une carte et de sept planches démonstratives signées Törn SAMBUCQ) de Niccolo RICARDO et Caius LOCUS seront mis en vente (30 Euros) à l’occasion de la Soirée du Tonnerre III. [Possibilité de réserver par mail un exemplaire : nicrichard@wanadoo.fr]. « LES SONIQUES » est un traité sur le beat au début vingt-et-unième siècle.
A cette occasion sera projetée une conférence filmique de Jacques-Henri ROCHEREUIL et Cyril de VIRGINY d’inspiration Sonique intitulée « Les Cons » avec la voix de Juliette PIEDEVACHE et les décors de TÖRN SAMBUCQ.

4/ Intervention
Bruno CANDIDA 9.0 est un homme nouveau, un homme pour de faux qui « parle avec la bouche».

5/ DJ
La discothèque de DUDUK BROTHERS ANI’S WAGON déborde de beaux vinyles, parmi lesquels : The Rivingstons, The Young Rascals, Threes Dog Night, The Mystery Jets, Off Montreal, LCD Sound-System, Junior Byles, Lee Scratch Perry, The Beau Brummels, Love, Rodriguez, Nina Simone, et quelques autres.

Infos pratiques : 19h
La Dame de Canton (ex « Guinguette Pirate ») Jonque chinoise en bois, au pied de la BNF, à côté du Batofar, quai François Mauriac.
- M°: Bibliothèque François Mitterrand ou Quai de la gare
- Bus : 89, 62 et Noctilien 131
- Accès piétons : Par le Pont de Tolbiac, le
Pont de Bercy ou par la passerelle Simone de Beauvoir

Renseignements au 01 45 84 41 71 ou 06 09 16 59 07

dimanche 30 novembre 2008

Cent mille milliards de Tarkos


Maintenant que les Ecrits poétiques de Christophe Tarkos, première salle des machines d'une vaste exposition universelle de la chose poétique, sont ouverts au public, grâce aux éditions P.O.L et au travail de Katalin Molnar et Valérie Tarkos, maintenant qu'en un volume de près de quatre cents pages on peut saisir une partie de cette œuvre aux publications éparses, il n'est plus possible de reculer ou de contourner cette prise au corps à la fois légère, radicale, têtue, complexe, ce combat en loop que mena toute sa (courte) vie l'écrivain Tarkos. "Ma langue est poétique": alternance décalée de blocs à double visée où celui qui écrit dit ce qu'il fait et fait ce qu'il dit, dans une danse des contradictions et des dépassements, où ce qui est prôné est aussitôt disséqué, où ce qu'on autopsie prend aussitôt vie. Tarkos avance des équations – ma langue est … – et dans le même mouvement brise la logique de l'équivalence, son "est" se veut à la fois programme, promesse, distance, hypothèse, geste. Par la répétition, par d'obstinées rafales, par le charme de l'anacoluthe, ce qui est dit n'est pas assener, mais bégayer, comme si chaque couche recouvrait la précédente, la maquillait d'une force nouvelle, l'obligeait à résiter au retour du palimpseste. Tarkos use de l'arrogante formule, du péremptoire de la définition autocratique pour faire éclater tous les possibles d'une écriture qui échappe précisément à tous les cadres. La chose est encore plus sensible avec "La poésie est une intelligence", dans lequel l'auteur fait de la penser, ou plutôt du penser, une gymnastique, un travail quasi musculaire, une mécanique aspirant au dynamique : "La pensée est difficile à extraire de la pensée". Mais c'est avec "Processe" que l'on entrevoit le projet de Tarkos dans toute sa nécessité. Là, tout est affaire de perspectives, de vitesses, on sent l'écriture changer de régimes, traverser plusieurs paysages en même temps. Tarkos travaille l'épuisement du dire avec méthode (et non sans humour). Il sait que répéter c'est décaler, recommencer, il avance en crabe dans son texte et frotte les sens les uns aux autres, laissant la beauté faire son travail, tressant ritournelles et refrains. Il copie, il colle, il décrit, décortique – sa gangue est poétique, pratique. Un vent encyclopédique souffle, des nappes d'histoire glissent, on surprend des chansons, mais toujours une force philosophique brasse le fond. Une langue qui doute de tout et accepte tout, pourvu qu'elle s'essaie à tout – mais comme elle vient probablement de très loin, du corps souffrant, et, on le sent, d'Artaud, ce que cette langue touche ne reste pas inchangé. Tarkos prend soin (prudence? maîtrise?) de ne jamais céder à la dérive, à l'explosion, au silence; il préfère sucer le galet pour vérifier qu'il ne va pas fondre. Dans "oui", Tarkos met en scène/en branle/en pratique une rhétorique minimale (au début en tout cas), enfilant les affirmations en les laissant se chevaucher, se compléter, se doubler, s'entraîner, passant des idées/concepts/mots de "fermeture", "mélange", "ce qui est", "déroulement" à "l'effectif", "le trou", etc… Le vertige est là, maîtrisé, mais néanmoins là, comme une pensée prise dans le vortex du langage. Le lecteur lit et s'entend lire, sent qu'on le lit à son insu, que les mots se font lire par lui, il sent le langage hors de sa langue, un furet fou qui tourne en cage, une valse de molécules, un moulin à prières actionné par un grand profane. Enfin, avec "L'argent", Tarkos atteint son objet avec sévérité et souplesse, il rend sa monnaie à l'argent, patiemment, sèchement, méthodiquement. Et toujours, quel que soit le moment par lequel passe la physique de sa langue, Tarkos essaie "autre chose", toujours il en profite pour bypasser la syntaxe, l'obliger à des aveux sonores, des lapsus, car "il ne s'agit pas de rester vivant, il s'agit de ne pas rester en invalidité, en ennui, en incapacité, en mensonge, en hésitations, en flottement". Spinoziste écorché refusant d'aider le chaos dans son entreprise innommé, Tarkos classe, inventorie, faisant du hoquet une technique, du hiatus une guérilla – de la langue une "agitation". Tarkos agite. Il nous agite.

vendredi 28 novembre 2008

Autres Electricités


A paraître en février 2009, en Lot49: Autres électricités, par Ander Monson. (Traduit par Barbara Schmidt).

Extrait:

Nécrologie onirique pour ma mère


Qui est mon X, mon alter ego.
Qui est ma repartie mes cartes postales d’un autre pays.
Qui est mon issime.
Dont la menthe est plantée devant la maison.
Dont nous ramassons la menthe, que nous roulons entre nos doigts.
Dont le parfum est ici familier comme une chanson à la radio.
Qui peut se servir avec du thé.
Dont le nom est écrit sur des sacs sous l’abri.
Qui a épousé un ingénieur.
Dont je n’arrête pas de trouver des petits mots dans des livres parsemés
de fleurs de papier autocollant.
Dont toutes les affaires ont été jetées ou vendues aux enchères
maintenant.
Dont la caricature est gravée à l’eau-forte sur du verre dans le salon.
Qui a rendu son dernier souffle sur le divan à rayures vertes.
Qui ne le dirait jamais de cette façon.
Qui est à la fois question et réponse, trou et tout, temps et tant.
Qui vit dans un autre pays où l’on vous fouille à la frontière.
Qui nous a raconté l’histoire de son voyage au Canada par le Pont
International et de son arrestation à la Douane.
Qui se demandait si le Canada existait bien.
Qui se demandait ce qu’était le lendemain de Noël, le jour des
cadeaux.
Qui a changé tout son argent en devises canadiennes.
Qui, quoi, pour qui, pourquoi.
Qui aimait les cheveux courts et l’anglais.
Qui ne se découvre qu’après la mort, tel le secret suprême.
Qui collectionnait les recettes.
Qui gardait mon père sur le droit chemin et à la maison.
Qui m’écrit régulièrement, je le sais.
Dont les lettres n’arrivent plus par la poste.
Qui depuis là-haut est mère et femme, confidente.
Qui a réussi à obtenir un appel longue distance.
Qui était vertu et vérité.
Qui est évasure. Qui s’est évaporée.

mardi 25 novembre 2008

Inherent Vice, by Thomas Pynchon


It’s been awhile since Doc Sportello has seen his ex-girlfriend. Suddenly out of nowhere she shows up with a story about a plot to kidnap a billionaire land developer whom she just happens to be in love with. Easy for her to say. It’s the tail end of the psychedelic sixties in L.A., and Doc knows that “love” is another of those words going around at the moment, like “trip” or “groovy,” except that this one usually leads to trouble. Despite which he soon finds himself drawn into a bizarre tangle of motives and passions whose cast of characters includes surfers, hustlers, dopers and rockers, a murderous loan shark, a tenor sax player working undercover, an ex-con with a swastika tattoo and a fondness for Ethel Merman, and a mysterious entity known as the Golden Fang, which may only be a tax dodge set up by some dentists. In this lively yarn, Thomas Pynchon, working in an unaccustomed genre, provides a classic illustration of the principle that if you can remember the sixties, you weren’t there . . . or . . . if you were there, then you . . . or, wait, is it . . .


Part noir, part psychedelic romp, all Thomas Pynchon—private eye Doc Sportello comes, occasionally, out of a marijuana haze to watch the end of an era as free love slips away and paranoia creeps in with the L.A. fog…

ISBN: 978-1-59420-224-7
Price: $27.95/$31.00 Can.
EAN: 9781594202247 52795
Category: Fiction
Pages: 416
Trim: 6 1/8” x 9 1/4”
Rights: E00
On Sale: 8/4/09
STRICT ON SALE

mardi 18 novembre 2008

Pynchon Agenda


Le jeudi 20 novembre à Toulouse, Librairie Ombres Blanches, 18h, pour causer de Contre-Jour et de Face à Pynchon.

Le mercredi 26 novembre, à Nantes, au Lieu Unique, pour causer de Contre-Jour, avec Bernard Hoepffner qui causera de Noir, de Robert Coover. Débat animé par Isabelle Rabineau.

Le mercredi 3 décembre, toujours au Lieu Unique, pour évoquer Face à Pynchon avec Arno Bertina et Etienne Legrand (et sans doute Stéphane Legrand).

mercredi 12 novembre 2008

Zone au firmament


Mathias Enard vient de recevoir le prix Décembre pour son roman Zone (Actes Sud).

Quatre-vingt-dix ans et un jour après l'enterrement d'Apollinaire.

Ça ne s'invente pas.

Soleil cou couronné…

jeudi 6 novembre 2008

Chicago 08 TrashPic / 2





Chicago 08 PicTrash / 1





jeudi 16 octobre 2008

Scarecrowphobia

"Est-ce l’éther ? l’éther qui se définit comme un gaz soluble, à la fois dans l’inconscient et la chair, capable de s’infiltrer dans les narines et au-delà. Est-ce l’époque ? l’époque qui définit ce qu’elle dissout et vous arrache le nez afin de savoir ce que vous sentez présentement ? Ou est-ce la langue, trop longtemps embaumée, qui laisse à ses fluides le soin d’accomplir la tâche qui nous répugne? Quoi qu’il en soit, le fait est qu’après l’opération, et malgré une convalescence impeccablement cadencée et assistée, Frank L. Baum se découvre une peur panique des épouvantails — ce qu’aucun praticien n’ose nommer encore : scarecrowphobia."

mercredi 15 octobre 2008

Jörg Haider roule pour vous


Au-delà de plusieurs grammes d'indécence, la justice parvient enfin à verbaliser certains excès. Fumer tue, mais nazi meurt.

Ça balance pas mal en Autriche, ça balance pas mal.
Si on doit compter sur l'alcoolisme au volant pour combattre la bête brune, votons pour des meetings arrosés…

Du vent

à Eric Chevillard, mon frère moutarde ès épiphanies shonagunesques…


Du vent l'autobiocratie et ses petits tyranneaux si sauriens qu'il n'en reste exactement que ça —
Du vent l'aventure goncourable du pouce opposable au pouce un peu trop sucé —
Du vent la naissance du talent dans le choux médiatique —
Du vent les retrouvailles paparizzées de Kafka et de Machinchose entre deux pages glossy —
Du vent l'incontournable récit de la mort d'un père en abyme dans la gueule du fils —
Du vent l'art subtil et fragmentaire du puceau des lettres de crédence —
Du vent l'usage intempestif de l'imparfait de l'objectif —
Du vent dans les peupliers qui ne savent pas plier —
Du vent l'atrophié du verbe qui nonobstant sur ses tomes —
Du vent le bas-bleu qui voit rouge à chaque verdurin —
Du vent l'inéffable primé —
Du vent le géographe des passions à la férule académique —
Du vent le médiateur modérateur à tout à l'heure —
Du vent l'enfant savant qui singe l'adulte adulé —
Du vent l'oniriste patenté et breveté —
Du vent le récitant drapé d'octets —

Du vent, du zéphyr, de la tramontane — trois fois bon vent aux brodeurs de verbe bavards qui bravent l'adverbe comme un costaud taureau monté sur roulettes.

Sur ce, les joueurs d'ukulele retournent à leurs castagnettes, grisés par le tonitruant moteur de leurs très vagues intentions mais très fermes additions. Et quand le rideau tombe, ils comptent les plis et en déduisent d'incommensurables fausses vérités. En cas de rappel.

Nuit câline

Le budget de l'Élysée en 2008 a dépassé de près de 10 millions d'euros le montant voté, principalement en raison des déplacements de Nicolas Sarkozy, qui les a multipliés par trois par rapport à Jacques Chirac.

Par ailleurs: "J'ai eu de plus en plus souvent, il m'est pénible de l'avouer, le désir d'être aimé." (Houellebecq)


Sinon, il paraît que la SNCF veut améliorer l'affichage de ses tarifs. Et que Jörg Haider était ivre. Personne n'aura donc jamais la décence de nous surprendre?

La maison des crêpes

mardi 14 octobre 2008

Poème Dernier (extrait)


de mes excès je chante
l’encore timide envol et cela te jette dans une rage
qu’aucun béton ne leste
ni ne calme

tu crois que cette arme dont je tends
les cordes est une lyre et tu dis
:
pas de lyre ici pas de lyre
qu’aucun accent qu’aucun accord de jour comme de nuit
résonne le son est faux

faux est le son je nous l’accorde et y mets
du mien comme du tien
à le prouver sans renoncer pour autant à visiter ces

pénibles selon toi

cacophonies

lundi 13 octobre 2008

LOL


« J'ai toujours cru que la littérature c'était comme la mer, ou plutôt comme le vol d'un oiseau au-dessus de la mer, glissant très près des vagues, passant devant le soleil » (J.M.G. Le Clézio, 1985).

mercredi 24 septembre 2008

Enard: "the" bio


Mathias Enard était reçu il y a peu par la librairie L'Arbre à Lettres Mouffetard, et moyennant grasses finances, Arno Bertina et moi-même avions accepté, un peu à contre-cœur, de présenter ce vibrant Homère ferroviaire à une chouette floppée de lecteurs incrédules. C'est à bibi qu'échoyait la tâche ingrate de dévoiler le passé, présent et avenir biographique de Mister Enard. Comme j'ai constaté avec tristesse que personne ne prenait de notes, et puisque certaines personnes en ont exprimé le souhait (ils ont mon RIB), voici donc le texte in extenso de ma douteuse allocution. (Le même Enard vient de se faire écharper dans Paris-Match, avec cette crotteuse morgue qui semble devenir l'apanage des chroniqueurs agacé par le talent - mais dieu que les photos du pape et de Sarko sont belles! on s'abonne illico). Fin de la parenthèse, début des anti-hostilités:

Mathias Enard aurait pu naître à Niort en 1972 mais il a préféré voir le jour, et aussi un peu la nuit, en plein IXème siècle avant Jésus-Christ, non loin d’Ithaque, une île qu’il connaît comme sa poche et qu’il achètera plus tard pour quelques deniers afin de s’y installer. Dans un premier temps, Enard est éduqué par un certain Chiron qui l’initie aux arts de la guerre, à la musique et à la médecine. Mais Enard a la bougeotte et la Grèce est trop étroite pour ses rêves d’exil, le voilà déjà ailleurs, déjà partout, il va se prélasser en Samarie, s’entretient brièvement avec un certain Domitien, passe ensuite le plus clair de son temps sur l’île de Patmos où un de ses amis lui donne ce conseil avisé : « Ecris donc ce que tu as vu, le présent et ce qui doit arriver plus tard. » Il se rend alors au Clongowes Wood College, une sympathique institution jésuite située dans le comté de Kildare où il ne reste que quelques semaines, toujours cette fameuse bougeotte, on le retrouve peu après à Trieste où il enseigne le persan à l’école Berlitz. Commence alors pour Mathias Enard une période d’intense production. Il écrit en l’espace de quelques mois une dizaine de livres tous plus ambitieux les uns que les autres, dont il ne reste malheureusement que les titres, dont voici quelques-uns : La Réfection du Pire ; Démonter la Remorque ; La civière des Ambulanciers, etc.
Survient alors un événement proprement sismique qui va bouleverser l’existence du jeune Enard et que l’histoire a retenu sous le nom de Petite Apocalypse. Alors qu’il longe la faille nord-anatolienne, le futur auteur de Zone décide de pousser jusqu’à Istanbul. A l’instant même où il s’assoit à une terrasse de café et passe commande d’un ayran glacé, la terre se met à trembler et la moitié de la ville disparaît sous les décombres. Mathias fait partie des rares survivants. Ensemble, ils créent une secte d’illuminés, persuadés que la fin du monde approche et qu’il est urgent de fumer une dernière clope. Enard devient vite une figure emblématique de ce mouvement. Mais le démon du voyage le reprend, ainsi qu’on pouvait s’y attendre. Les lieux se succèdent comme autant de canettes vidées : Pylos, Corcyre, la Phéacie, Télépyle, Charybde, Scylla, etc.
Enard semble alors disparaître pendant quelques années. C’est la période dite de « l’égarement ». Il aurait prononcé des discours délirants à la radio italienne et on prétend même qu’il aurait véu quelque temps enfermé dans une cage. Le mythe prend forme.
Ce qui est sûr, c’est qu’il a déjà en tête toutes les bases de son grand œuvre à venir. Le déclencheur ne va pas tarder. Enard s’engage un beau jour dans la Compagnie des Wagons-Lits. Il sillonne ainsi l’Europe, particulièrement les Balkans, et contracte une maladie rarissime, une forme très mystérieuse d’hystérie ferroviaire, vaguement décrite en son temps par Charcot. Le seul remède à ce mal est l’écriture, l’écriture à un rythme soutenu. Et de fait, Enard se met à écrire, tout d’abord sur des post-it, qu’il colle un peu partout sur les murs des gares par lesquelles il passe, puis dans des petits carnets à carreaux qui dissimule subrepticement dans les églises vénitiennes, en général derrière des toiles apocryphes du Caravage. Enfin, il achète son premier ordinateur, un PC, malheureusement, et perd les cinq cent dix-sept pages de son roman, la première version de Zone, apparemment, dans laquelle il décrivait les errances d’un Tchèque germanophone qui sillonne la planète en montgolfière.

Plurilingue, mais aussi multilingue et polyglotte, le roi Mathias tisse pendant quelques temps des tapisseries, mais la ville de Bayeux refuse de les lui acheter. Il se remet donc à l’écriture, rédige une centaine de poèmes pornographiques qui lui valent moult procès, gagne quelques matches de tennis contre Federer, lance plusieurs revues, cuisine intensément, traduit énormément mais dans une langue qu’il a inventé et que seul lui sait déchiffrer.

La revue Inculte le recueille et l’héberge un temps. Le bruit court un temps qu’Enard n’est autre que Thomas Pynchon. Sa renommée ne cesse de croître. Puis, une nuit, après avoir fumé une substance hallucinogène, il écrit en moins de six heures l’intégralité de Zone. Le manuscrit est accepté aussitôt par les éditions Actes Sud. Et tout le reste est littérature.





Changer la langue


Des années que je rêve comme 65 autres personnes, de changer la langue, en vain, en vain… et voilà qu'au moment où je doute que la chose soit possible, je reçois cet e-mail incroyable qui me prouve par a + b (que multiplie 69), que la chose est possible – au lecteur de décider, comme disait Mr.P. :

Hello !
My name is Elmira!
I romantic, good, sensitive, intellectual, reliable girl. I search for, which - that special to be its partner. You should be an artist, in in your shower. But I search only serious relations, I am killed already simply by morons which would want only chance photo that masturbated on it!!! If you such. Then please at all do not answer me. The Harmony, understanding and confidence also much it is important. If You interesting corresponder with me also. And if You answer me then I - send
You certain mine photo and dialect more about me directly.
We with you have got acquainted with you on dating site
I hope you remember me.

mardi 23 septembre 2008

Ennemis Publics Ta Mère

Parce que rire est le propre de l'homme…

De : BHL [mailto: BHL@perlinpinpin.fr]
Envoyé : jeudi 11 septembre 2007 16:18
À : Michel H.
Objet : Le Livre Que Je Fais Avec Toi

Cher H. Quant à ce projet, c'est bien parce que c'est moi. Problématisons quand tu veux. Cordialement, B.



De : Michel H. [mailto:mhouïlle@nananère.fr]
Envoyé : jeudi 18 septembre 2008 16:18
À : BHL
Objet : Le Livre que Je Fais Avec Toi

Mon B. C'est OK, mais laisse-moi m'occuper de la partie droits audiovisuels.
Je dois sortir le chien, sorry. MH.

samedi 20 septembre 2008

Bertina: Des bulles sous la banquise

Le nouveau texte d'Arno Bertina (sortie le 2 octobre aux éditions Verticales) s'appelle Ma solitude s'appelle Brando, mais celui qui dit "je" dans ce titre n'est pas l'écrivain (nul egopathie chez Bertina), mais un aïeul, un disparu brièvement croisé dans l'enfance, quand les chemins, divergents ou perpendiculaires, s'essaient magiquement au parallélisme. Bertina ne cherche pas à composer un portrait, il crée des souvenirs, précis comme des miniatures, scandés comme des arpèges à ressorts, et les ayant brassés les redistribue. Cet aïeul est autrement plus intéressant que le Tartarin mis récemment en scène par Olivier Rolin: moins de panache, moins de rodomontades, il est d'une chair plus volatile qui n'avale jamais l'écriture. Bertina tourne autour de lui tel un oiseau, sans jamais le becqueter, mais en le scrutant de ses phrases parfaites. Car Bertina nous donne ici une impressionnante leçon d'écriture: et si l'on peut, effectivement, penser à Pierre Michon (des vies minuscules plus grandes à l'intérieur qu'à l'extérieur, une syntaxe aux phalanges rusées), on pense parfois à Glenn Gould chuintant au-dessus du clavier, ou plutôt, à Keith Jarrett et son Köln Concert: une précision sans cesse renouvelée de la scansion. Certains passages se lisent avec les doigts, comme si la lecture découvrait des mètres cachés, une gamme subtile:

Ce n'est que par là – cette chose qui vous ulcère – que je mériterai pleinement de mon sang – je vous ôte ces mots d'une bouche dont vous gardez les lèvres pincées ; si nous étions nobles vous auriez du "sang" plein la bouche, mais nous ne le sommes pas et ne pouvons parler que de droiture ou de vertu.
Cet aïeul a voyagé, a administré des colonies (l'Afrique fantôme hante le livre), il est revenu, a vieilli, a décliné selon certains, implosé selon d'autres ("son espace mental s'est encore agrandi", constate le médecin…): le texte de Bertina, lui, ne se laisse pas coloniser par la nostalgie, ni exiler par l'exotisme, il avance, par blocs savants et mesurés, variant les vitesses, avec un art ponctuant qui laisse admiratif. Et jouant des temps verbaux comme un chimiste désireux de créer de minuscules précipités, d'infimes explosions.

Il y a quelque chose de mâle dans cette histoire. […] De mâle cassé pourtant, ou toujours sur le point de rompre, trop tendu vers une chose qui est hors d'âge, creusant dans leur vie un hiatus large comme un ventre vide.
Sous couvert de mémoire par contumace, Bertina crée sous nos yeux un art poétique qui jamais ne se regarde, qui jamais ne s'oublie – il dit ainsi la fêlure et des corps et des souvenirs, et des vies et des époques. Ma solitude s'appelle Brando – parce qu'un homme est une île, une terre littéralement "désappointé" – est lui-même scindé en deux, d'abord le déroulé déréglé d'une vie, des questionnements et des rêveries, une approche du sujet par esquives et caresses; puis le vent souffle, décollant les pages de l'album, et passé la page 44, les paragraphes débutent par des hiatus, justement, des (…) sont comme des grains de sable s'échappant entre les doigts du narrateur-sablier.

Sous-titré "hypothèse biographique", Ma solitude s'appelle Brando, fort de ses impeccables soixante-dix neuf pages, envoûte très sereinement le lecteur tel un piano perdu dans le désert, ou comme ces bulles dont il est question dans le livre, des bulles d'air qui se déplacent sous la banquise à la recherche d'une issue. Qu'est, et dans le ravissement, la lecture.

(Note: dans un commentaire laissé à la suite d'un autre post portant sur un autre livre, quelqu'un m'a reproché de ne traiter que des écrivains-amis ou bien des auteurs publiés par mon éditeur; je préciserai donc qu'Arno Bertina est mon ami et qu'il est publié par mon éditeur. Qu'on reproche donc à Arno d'écrire des livres qui me parlent et à Verticales d'en éditer – dans cette affaire je n'y suis pour rien. L'amitié littéraire a pour moi un sens qui se passe d'ascenseur et de censeur.)




Pynchon recalé !


Ce n'est pas tous les jours qu'on a l'occasion de piquer un fou rire, surtout en lisant le Figaro Magazine. Le rire est le propre de l'homme, certes, mais les causes qui le déclenchent sont parfois si inattendues… C'est à un certain Jean-Christophe Buisson que nous devons ce fou rire qui résonne encore dans notre glotte et notre cervelet tel le vrombissement d'un frelon ayant abusé de la pinacolada. En effet, JCB a réussi, en 16 lignes, à démontrer (hi hi) que le roman de Pynchon (1211 pages…) était raté. Why not? Mais lisez plutôt:

Oui, Thomas Pynchon, quoique surcoté par la critique moutonnière, est un écrivain important.
Si les journalistes commencent à se tirer dans les pattes, où va-t-on… Mais continuons pendant que le fou rire ne nous brouille pas encore trop la cornée…



Oui, son nouveau roman est impressionnant par sa taille, sa structure narrative et son foisonnement de personnages, de situations, de ruptures stylistiques, d'intuitions et de réflexions géopolitiques (le récit se déroule entre la fin du XIXe et le début du XXe siècle : montée des périls nationaux en Europe, fin de l'isolationnisme diplomatique américain, course à la technologie... et aux armements, etc.).

OK. Jusque-là, on ne se tient pas encore les côtes – mais attendez:


Non, Contre-jour n'est pas autre chose qu'un livre impressionnant. Aucune émotion, aucun humour ne se dégagent de ce tourbillon de mots qui noient le lecteur jusqu'à l'étouffement. On passe d'une histoire à l'autre, d'un continent à l'autre, d'un héros à l'autre, d'une narration à l'autre, avec l'effrayant sentiment que cela pourrait durer 10 000 pages...

Ça y est, je sens un léger hoquet vous secouer. "Aucune émotion, aucun humour…": c'est écrit noir sur blanc. Mais j'ai gardé pour la fin – et pour cause – le meilleur de cet articulet, qui nous permet enfin de comprendre les raisons de cet impressionnant échec qu'est Contre-Jour

Surtout, quel gâchis pour un esprit aussi original que celui de l'écrivain fantôme américain : ne pas avoir mieux exploité la figure du savant fou serbe Nikola Tesla, génie scientifique du XXe siècle. Trop grand pour lui ?

Bon sang mais c'est bien sûr! Et du coup je me demande pourquoi Joyce a été infoutu de rendre justice à Ulysse, pourquoi Proust n'a pas été plus disert sur Dreyfus, comment Robert Coover a-t-il fait pour bâcler le personnage de Nixon, etc. Tesla plus grand que Pynchon? Il fallait y penser. Pynchon aurait dû nous ficeler un chouette petit roman autour d'une seule et belle figure historique, plutôt que de cavaler ainsi de par le monde immense.

Ah, Tesla, que de crimes on comment en ton nom. Grand, immense Tesla… Pauvre, petit Pynchon… Hilarant Buisson. Tout ça nous ramène à cette merveilleuse époque où l'on pouvait lire dans la presse d'aussi éclairants jugements que celui-ci:

« Le nom de M. Jean Bidegain appartient, désormais, à l'histoire » (Jean Bigedain, L'illustration, 7 janvier 1905).



mercredi 17 septembre 2008

Pynchon Live


Hommage à Thomas Pynchon
à la librairie
L'Arbre à Lettres

(14 rue Boulard - 75014 Paris)
Jeudi 18 septembre 08

A l'occasion de la sortie de Contre-jour (Seuil), du recueil Face à Pynchon (Lot49) et du premier numéro de la revue Cyclocosmia, une soirée pynchonoïde dédiée au grand reclus des lettres américaines. On lira, on causera, on boivra.

Bonus: Un exemplaire de Mason & Dixon (coll. Points) – qui ne sortira que le 9 octobre… – sera offert à la première personne qui saura retrouver la phrase très particulière que prononce le perroquet Joaquin dans Contre-Jour.

dimanche 14 septembre 2008

Vollmann Imperator

Alors que DFW nous a quittés, un autre événement monstrueux se profile à l'horizon 2009… un nouveau livre de Vollmann, sobrement intitulé Imperial, à paraître le 16 avril, 1296 pages consacrés à la région d'Imperial County, au sud-est de la Californie.


Livre énorme, ambitieux, en treize parties et deux cent onze chapitres, assorti de cartes et d'illustrations, qui narre l'histoire de cette région proche du Mexique où l'impérialisme s'est illustré de façon our le moins efficace…

En voici les toutes premières lignes: "The All-American Canal was now dark black with phosphorescent streaks where the border’s eyes stained it with yellow tears. — These lights have been up for about two years, Officer Dan Murray said. Before that, it was generators. Before that, it was pitch black. ".

DFW: RIP


L'écrivain américain David Foster Wallace, 46 ans, n'est plus.

La mort, qui ne compte pas les pages, a eu besoin de lui. But why?


A nous d'avoir besoin de ses livres.


Life, this Infinite Jest…

samedi 13 septembre 2008

Le monde tel qu'il va

Le pape a pollué Paris. Bashung a réveillé les Rouges. Edvige s'est sepukku-poké. Dany voit vert, comme d'hab. Cécilia trouve Dubaï un peu cher. Le fils Sarko renfloue les caisses. Les Russes quittent (un peu) la Georgie. Obama fait ce qu'il peut. Quel monde. Quel monde. Quel monde. Que faire d'autre sinon lire/relire Zone de Mathias Enard? Guetter le Rome, regards, de Rolf Dieter Brinkman, que publie très bientôt Quidam? Le Pen ne veut pas prendre sa retraite, ça tombe bien, nous non plus. L'argent est roi. Cou coupé. Les méduses sont sexy. Angot a écrit un livre, elle aurait pu en écrire deux, ne nous plaignons pas. Quel monde. Personne "ne" "lit" Pynchon". Et comme si ça ne suffisait pas, il pleut des pêches de diamant. Dees cerises qui rosissaient ou grossissaient quand des doigts s'en emparaient. La pluie ou la rosée. Lisez Fabrice Colin. Lisez Thelonious Monk. Just do it. Be Fric-Frac.

vendredi 12 septembre 2008

L'escroc et l'illisible

Heureusement que les critiques sont là pour remettre les pendules à l'heure. Ainsi, dans Marianne, un article de deux pages vient nous ouvrir les yeux: l'ouvrage de Vollmann – Pourquoi êtes-vous pauvres? – est, ni plus ni moins, "l'escroquerie de cette rentrée"! On y apprend que Vollmann fait preuve d'une "condescendance rétrograde", d' "indifférence", de "haine contenue" envers les pauvres. Il y est question de son "pragmatisme de pacotille", de son "post-tiers-mondisme", de ses "généralité douteuses", d'un "enchaînement d'aberrations", bref, de "terrible gâchis". Que répondre à ces "critiques" qui, finalement, relèvent plutôt de l'insulte que de la fine analyse? Que répondre à l'accusation de "relents de chronique coloniale"? L'indépendance de ton de Vollmann, sa puissance d'empathie, son humanité et ses connaissances sont sans cesse démontrées dans tous ses livres. Pourquoi une telle mauvaise foi, alors, dans cet article? Oh, la réponse est très simple: Vollmann nuance, il ne condamne jamais, il doute, il met en perspective. Il ironise, aussi, car la pitié n'est pas son arme. On ne trouvera jamais chez lui ce fiel que déverse avec une haine nullement contenue l'auteur de l'article. On a bien sûr le droit de critiquer la démarche de Vollmann et ses analyses, mais la peur de l'islamisme justifie-t-elle qu'on vomisse ainsi sur un écrivain qui, pourtant, ne saurait être soupçonnable de prôner le colonialisme? Il est grave de parler de "nausée" à la lecture d'un livre. Heureusement qu'il s'agit là d'un phénomène physiologique que ne procure jamais la presse…

Enfin, cerise sur le gâteau, un article paru dans Le Point nous informe que le roman de Thomas Pynchon, Contre-jour, "même s'il est largement acheté rumeur aidant, ne sera probablement lu que par l'auteur lui-même, son […] traducteur, Claro, et une poignée d'inconditionnels". D'où jaillit cette prescience? Nous ne le saurons jamais. En tout cas, l'auteur de l'article affirme s'être imposé la lecture intégrale du roman, c'est donc avec plaisir que nous l'acceptons dans ce cercle riquiqui de happy few. Le cercle de ceux qui lisent et aiment "des écrivains pour personne", qui lisent et aiment "des livres qu'on ne lit pas, mais dont on parle".

Résumons: Vollmann est un escroc à la solde du colonialisme et Pynchon a écrit un livre lourd et long. Je schématise, bien sûr, mais peut-être qu'ainsi on me proposera des piges dans un journal…


mercredi 10 septembre 2008

mardi 2 septembre 2008

Iliade longtemps

Zone est un livre qu'ausssitôt on aime, dont on tombe amoureux comme d'une fille qui vous offre la braise de sa cigarette en guise de lèvres, et vous gifle au ralenti plutôt que de vous inviter à l'inique visite de ses entrailles. Car la vie est injuste. Le monde est une farce. Et l'histoire n'est que concentrations de camps et tirs embusqués. Les bourreaux s'avouent victimes et les victimes postulent à la charge de bourreaux. Nous ne serons jamais que les sinistres snipers de nos destins. Mathias Enard, avec ce quatrième livre, retend les cordes et largue les amarres. Il arme sa phrase, doigt sur le pontet, et vise la cible qu'est notre mémoire aveugle et sourde, il dit ce que notre cœur ferroviaire, entre Milan et Rome, pourrait dire si nous savions ce que, de l'Illiade à Joyce, des charniers de Carthage aux massacres balkaniques, nous pourrions chanter et pleure, nos cendres dans nos cheveux et nos griffes sur le sol insaisissable de l'Histoire. "tout est plus difficile à l'âge d'homme": ainsi commence un des cent meilleurs romans du siècle: un règlement de comptes avec l'insolvavble vérité trahie du vingtième siècle.

Le train démarre, un homme somnole dans le cauchemar de Dédalus, il vit et revit les amours saignées et les amitiés enfouies, son périple doit l'échouer à Rome pour livre au saint pontife ou ses démons le registre entier des crimes que l'humanité ne s'excuse pas d'avoir commis. 5OO pages comme autant de kilomètres entre Milan le rapace et Rome la déchue. 500 pages où un certain espion s'espionne le cœur et l'âme, à l'ombre mâle et sublime des chants homériques.

Qui est cet homme, qui traverse l'Histoire, la campagne italienne, les lits défaits des amours chues, les rêves brisés de ses contemporains? Il a trahi la trahison et confié l'aveu aux nuits muettes. Il pleure quand nous réfléchissons et tue quand nous hésitons. Il est la conscience effritée de cette vaste ébullition qui a pour nom Europe mais qui s'est jouée entre les lèvres distendues de la Méditerranée. D'une phrase d'une seule, Mathias Enard raconte non le cheminement d'un égaré, non l'odyssée d'un simple "mouchard international" ou d'un improbable "rejeton d'Arès", mais – à coups de salves, d'incises, d'incisions, de décisions – la ligne tremblée et flottante d'une existence vouée aux crimes indispensables. Lumière, ombre, beauté, silence: la voix qui prend le lecteur à la gorge et par les couilles sait d'où elle vient et où elle va. Sarajevo et Auschwitz sont notre hier et voisin — qu'en avons-nous cru que Troie était tombée? quand Cervantès a-t-il failli perdre plus que la main? Pourquoi oublions-nous? Mathias Enard n'oublie rien, ni les Palestiniens de Genet ni les campagnes de Bonaparte. En aède rude et bacchique, il trace les errances de toux ceux qui, à l'heure de choisir, décident malgré eux, et font l'histoire. Dire ce que ce livre est un chant est une évidence. Il en est vingt-quatre. Non en seul hommage à Homère. Mais aux heures du jour qui font que le Temps est peut-être un jour éternellement recommencé. Et si Zone est nietzschéen, il l'est dans l'amour, dans la folie, dans la négation.

Un homme prend un train, ou une décision, une femme – mais ce qu'il prend il le prend avec son corps, l'archéologie fastidieuse et pourrissante et sublime de sa mémoire. Il n'a oublié ni les caresses ni les coups. Enard nous donne : il nous donne tout. Les cris des porcs qu'il faut égorger pour bouffer, des villes qu'on rase, des lettres qu'on n'écrit pas, des mots qu'on perd au pied du lit. Sa prose, qui s'est nourrie et ravie de Cendrars, d'Appolinaire, qui est le cou coupé de la littérature telle qu'elle née à l'aube des charniers des guerres, est une prose qui nous parle aussi de Burroughs, de Genet – parce que les crimes qui sont commis dans ces pages sont, avec autant de gloire défunte, décrits, narrés, vécus, fourgués.

Zone est le train que nous n'aurions pas dû prendre. Le périple que nous aurions préféré ne pas entreprendre. Parce que nous sommes lâches et que, très rarement, la littérature ose dire et ausculter et épouser les drames sans pour autant les négocier à l'aune de la conscience. On parle souvent du rapport des écrivains au réel. Avec Enard, la chose est claire et entendue: toute sa prose le dit: quand Cervantès manque périr à Lépante (et n'y perd que la pogne), c'est notre faculté à rapporter qui tremble et faillit. Qui fait l'histoire Qui s'érige Tribunal? Qui libère les Camps? Enard se méfie des majuscules comme de la prédestination. Il préfère les corps amoureux enroulés dans les tapis, les émois moirés au ciel inversé de Venise, les trouilles flanquées au froc. Il nous dit le soldat qui rampe et l'amant qui mouille.

Zone est un grand livre, non parce qu'il nous parle de ce que l'Europe n'a pas su faire, non par ce qu'il nous conte, fragmentairement et minutieusement, ce qui fut fait et défait entre Gibraltar et Suez, mais parce qu'il initie un phrasé à la fois merveilleux et désespéré. Lire Enard c'est partir, c'est mourir, c'est revivre – c'est, avec lui, écrire le temps retrouvé, perdu. Un écrivain ne juge pas. Il libère tout: toutes les puissances: les siennes, celles de l'histoire, de la géographie. Et surtout il fait ce que fait Enard: il se noie dans la beauté de l'aveu et du mentir-vrai. Il nous rend à notre éternelle attente.

Que celui qui n'a pas lu Zone me jette la première et la dernière pierre.


L'arc en ciel de la légèreté


"Longue et mince, [la corniche] épouse la côte tout autant qu'elle contient la ville, en ceinture les excès, congestionnée aux heures de pointe, fluide la nuit – et lumineuse alors, son tracé fluorescent sinue dans les focales des satellites placés en orbite dans la stratosphère. Elle joue comme un seuil magnétique à la marge du continent, zone de contact et non frontière, puisqu'on la sait poreuse, percée de passages et d'escaliers qui montent vers les vieux quartiers, ou descendent sur les rochers. L'observant, on pense à un front déployé que la vie affecte de tous côtés, une ligne de fuite, planétaire, sans extrémités: on y est toujours a milieu de quelque chose, en plein dedans. C'est là que ça se passe et c'est là que nous sommes."

Ainsi commence le nouveau roman de Maylis de Kérangal, Corniche Kennedy: par une définition proprement deleuzienne, et qui sert de rampe de lancement à la lecture. Il est question d'une meute d'adolescents qui a élu ses quartiers sur une corniche, au bord de la Méditérranée. Il est surtout question d'une forme d'émancipation par l'anti-gravité, puisque nos trublions cherchent à se déprendre du monde en sautant de trois plongeoirs, situés à trois hauteurs différentes, avec un échelonnement des risques croissant. Le premier promontoire d'où ils sautent: 3 mètres. Le deuxième: sept mètres (ils le surnomment le Just Do It – slogan de Nike, qui est aussi divinité ailée…). Le troisième, le plus dangereux, s'appelle le Face To Face: 12 mètres. On songe à des rites d'initiation, bien sûr, mais Maylis de Kérangal détourne ce qui pourrait être une simple typologie des modes de passage à l'âge adulte pour nous livrer une véritable poétique du saut (on pense beaucoup aux sauts photographiés par Lartigue), une géométrie de l'envol et de la chute, qui permet à nos Icares zonards de se glisser entre ciel et mer, enre vie et mort, non pour se trouver, mais pour se dissoudre dans la pure vélocité. C'est aussi le risque du récit, sa plendeur: à tout moment, tout peut être suspendu, arrêt sur image, dissolution… tant ces "élancements" des corps semblent vouloir s'arracher au récit, afin de signer dans le ciel quelque mot d'ordre de devenir-imperceptible – passages magiques, passages hypnotiques du roman où l'écriture fait fusionner mystique de l'envol et fureur de la gravité, où le corps mué en projectile s'essaie à des postures, tente des vitesses autres. On pense parfois à Olivier Cadiot, en moins mécanique, en plus fluide : Maylis de Kérangal a un phrasé tout en ricochets, tantôt cascadant tantôt météorique, elle laisse ses paragraphes palpiter sous des afflux d'électrons avec une maîtrise et une simplicité qui forcent le respect. Fantaisie éthéréenne, éloge des naïades, micro-bildungsroman où ça tchache à tout va, mais aussi vrai-faux polar, Corniche Kennedy tire son charme immense de sa victoire sur la gravité. "Il s'est placé dans le flux de sa lumière, et l'accompagne, intelligent, puisque c'est l'heure, après tout, heure pyromane, nuit / jour, nuit / jour, tic tac, tic tac, cliquètement du monde terrestre, dominos, tout cela est affaire de course orbitale, rien de plus régulier." Il est rare qu'un écrivain tutoie ainsi le vertige… et nous emmène, consentants, ni plus ni moins "vers la grâce". L'Etat est un monstre froid, mais les lascars de De Kérangal lui résistent en devenant ludions, marsouins, poings cognés contre la tôle des eaux. Géométrie de l'émotion, rafales des gestes: le lecteur vacille sur le triple promontoir, ébloui.

lundi 1 septembre 2008

Bordel flottant


Des néons sous la mer – premier roman du dextre Frédéric Ciriez – ne se contente pas d'être le premier roman à décrire superbement une partie de baby-foot. Telle une bonne fée marraine légèrement perverse, et n'ayant pas de potiron sous la baguette, ilréussit l'exploit de changer en sous-marin en maison close et ce qui aurait pu être un essai "fake" en boîte noire des pulsions vénales. Et comme si ça ne suffisait pas, Ciriez se paie quelques échappées belles, de vrombissantes lignes de fuite dans la cambrousse paimpolaise. En rusé wizard, Ciriez adopte d'emblée un ton d'une élégante éloquence, afin de mieux nous leurrer dans son submersible: "L'éblouissante arrivée dans l'entrée du chenal de Paimpol, de jour, par beau temps, en voilier ou en caboteur, rappelle quant à elle la sérénité grandiose de la pleine mer qui baigne les îlots de certains archipels grecs." Lecteur, te voilà discrètement prévenu: gare aux sirènes! Car très vite l'auteur nous ouvre des portes, nous donne à entendre des voix, par le truchement du préposé au vestiaire de ce U-boat lupanar; le livre, alors, largue les amarres, de petits destins décochent de brefs éclairs, le narrateur file des fugues ("il y a du vent et de la grippe injectés dans les veines de l'air"…!), une chromologie s'égrène, faisant fi du symbolisme… Objet composite, qui n'a pas peur des grands écarts (on peut passer du marketing des corps au suicide de Patrick Dewaere), Des néons sous la mer se permet tout ou presque: le poète en conseillera la lecture à sa catin.

mardi 26 août 2008

Actu Pynchon

Je n'apprendrai rien aux membres du FFC en leur signalant la prochain parution de la revue Cyclocosmia – ce numéro un, attendu autour du 18 septembre, contiendra un très alléchant dossier sur Thomas Pynchon. L'initiative est signé Antonio Werli, libraire, auteur, artiste, et pas mal d'autres choses.

Pour ceux qui veulent l'acquérir, il est possible d'aller . Côté sommaire, le dossier Pynchon se décline ainsi:

- Antonio Werli : "Slow Learner : Thomas Pynchon, un portrait de l'invisibilité"
- Olivier Roussilhe : "Le double et son masque" (fiction)
- François Monti : "V. : là où nous allons"
- Olivier Lamm : "The Crying of Lot 49, Gravity's Rainbow, Vineland : "Slow Whirlwind", d'un jour d'avant au jour d'après, genèse d'une cosmologie du doute en trois étapes"
- Julien Frantz : "Gravity's Rainbow : infra-film en molécules longues"
- Julien Frantz : "Vineland : à travers le Bardo médiatique"
- Gilles Chamerois : "L'incipit de Mason & Dixon : l'arc-en-ciel de la création"
- Claro : "Mason & Dixon : entre les lignes"
- Marc Courtieu : "Comment interpréter les événements du monde : paraboles et lignes droites, la géométrie paranoïaque de Thomas Pynchon"
- Pedro Babel : "The funny Tom show : brève et insuffisante notule sur l'humour de Pynchon"
- Rodrigo Fresan : "Against the Day : l'hystérie interminable"
- Julien Schuh : "Against the Day : une alchimie de la lumière"
- garp : "Garde contre" (fiction)


Rendez-Vous


Le nouveau roman de PynchonContre-Jour – sort le 4 septembre. Il trône sur mon bureau depuis ce matin et ça lui va bien. Maintenant, il va falloir l'accompagner un peu, l'aider à sortir dans le monde, accompagné du fidèle Face à Pynchon (premier essai à paraître en Lot49, grâce à la réactivité de quelques Inculte).

Quelques dates :

Le 11 septembre, soirée Pynchon à la librairie Le Comptoir des Mots (239, rue des Pyrénées
75020 Paris- 01 47 97 65 40)

Le 18 septembre, soirée Pynchon à la librairie L'Arbre à Lettres, 14 rue Boulard, 75014

Le 18 septembre au matin, 10h40, on en causera dans le poste, sur Radio Aligre (93/1)

Le 26 novembre et le 4 décembre au Lieu Unique, à Nantes (avec Arni Bertina et Etienne Celmarre le 4 décembre)

Le 20 novembre, soirée Pynchon à la librairie Ombres Blanches, à Toulouse


Côté Vollmann, dont Actes Sud publie bientôt Pourquoi êtes-vous pauvres ? ça commence par une radio demain soir, mercredi 27 août, sur France Cul, à 19h (l’émission 18/20 L'EMISSION : Le RenDez-Vous sur France Culture : 93.5 Paris). Bonnes feuilles à paraître dans le Nouvel Observateur qui sort jeudi.

A noter également qu'avec Arno Bertina, je présenterai Mathias Enard, invité par la librairie L'Arbre à Lettres ( 2, rue Edouard Quenu, en bas de la rue Mouffetard – 75005 Paris), le 19 septembre, à l'occasion de la parution de son roman Zone (Actes Sud).

Back en stock


Exit les vacances! On a essayé la pétanque (trop salissant); la natation (interdit de fumer dans le grand bain, laissez tomber); le tennis (impossible de trouver des rotules en acier, hélas); le mini-golf (absurde); la sieste (lassant); le bronzage (élémentaire et vain); le ping-pong (quelques secondes de gloire bien trop éphémères); finalement, la lecture s'est avérée l'activité championne number one. Sur la pile estivale, pas mal de choses: Des néons sous la mer, de Frédéric Ciriez (Verticales), superbe encyclo-intimo-visite d'un bordel insubmersible; War & War, de Laszlo Krasznahorkai (New Directions), ainsi que Le Tango de Satan (Gallimard); on s'est cassé les dents sur 2666 de Bolaño (la trad?); Un chasseur de lions, d'Olivier Rolin, savoureux safari dans les plis d'un dix-neuvième siècle finissant, où un Tartarin d'entreprise vend la peau du fauve avant de l'avoir tué (mais Manet le peint); Le bonheur de la nuit, de l'indispensable Hélène Bessette (d'où semble avoir surgi la moitié du catalogue POL, de Cadiot à Léal – Frédéric Léal dont on lit tout ce qu'il écrit, entre autres aux éditions de L'Attente: chaque fois un éblouissement amusé); Corniche Kennedy, de Maylis de Kerangal, magnifique: un traité d'anti-gravitation passé au tamis d'un polar caniculaire… On reviendra sur ces titres et quelques autres.

mercredi 9 juillet 2008

Summer time…


Je débranche le clavier cannibale jusqu'à fin août…
Toward grace…

dimanche 6 juillet 2008

Oyez le barde

Mon ange, je t'ai haïe, je t'ai laissé aimer
D'autres que moi, un peu plus loin qu'ici
Mon ange, je t'ai trahie, tant de nuits, alité
Que mon coeur n'a cessé de me donner la vie

Si loin de moi, si loin de moi, si loin de moi
Des armées insolites et des ombres équivoques
Des fils dont on se moque et des femmes que l'on quitte
Des tristesses surannées, des malheurs qu'on oublie
Des ongles un peu noircis, des ongles un peu noircis

Mon ange, je t'ai punie à tant me sacrifier
Icône idolâtrée, immondice à la nuit
Mon ange, je t'ai haïe, je t'ai laissé tuer
Nos jeunesses débauchées, le reste de nos vies

Si loin de moi, si loin de moi, si loin de moi, si loin de moi
Des armées insolites et des ombres équivoques
Des fils dont on se moque et des femmes que l'on quitte
Des tristesses surannées, des malheurs qu'on oublie
Des ongles un peu noircis, des ongles un peu noircis

Mon ange, je t'ai haïe, mon ange, je t'ai haïe.


(Bashung, "Tant de nuits", in Bleu Pétrole)

samedi 5 juillet 2008

Ohrid


Un cœur simple a reçu le Prix de la meilleure comédienne au Festival du Film français d'Ohrid (Macédoine). Prochaine étape: Karlovy Vary, République Tchèque (Francouzská režisérka Marion Laine uvede na karlovarském festivalu svůj režijní debut Prosté srdce, adaptaci povídky Gustava Flauberta s vynikající Sandrine Bonnaire v hlavní roli. ).

jeudi 3 juillet 2008

Perle


"Malgré l'ombre d'un tressaillement imminent, elle le surprit par un sourire qui, en dépit de sa ressemblance avec ceux qu'on adresse aux malades, parvint néanmoins à changer en pierre certaines extrémités de Kit." (Pynchon, Contre-Jour).

Ingrid

Un romancier va-t-il nous réécrire sa conférence de presse? Suspense…

Strip-tease intégral





Traductions



1. Thomas Sanchez, Kilomètre zéro,(Mile Zero), roman, Seuil, collection “Fiction & Cie”, mars 90 ; coll. Points-Roman 1993
2. John Barth, Le courtier en tabac (The Sot-Weed factor), Serpent à Plumes, septembre 2002
3. Sam Reaves, Le Taxi mène l’enquête (A long cold Fall), roman, Seuil, collection “Seuil policiers”, 1992 ; Points-Roman 1994
4. Paul Levine, L’héritage empoisonné (To Speak for the Dead), Seuil, collection “Seuil policiers”, 1992 ; collection “Seuil policiers”, 1995
5. Jerome K. Jerome, Journal d’un touriste (Diary of a pilgrimage), Arléa, 1993
6. Fredric Brown, Sang pour sang (The murderers), Fleuve Noir, in Les asticots ne mangent pas de cadavres, coll. Super Noire, 1994
7. Eric Frank Russell, Faiseurs de crimes (With a strange device), Fleuve Noir, 1998
8. Charlotte Armstrong, Incident au carrefour (Incident at the corner), Fleuve Noir, in Hollywood Stories, coll. Super Noire 1993
9. Ed McBain, Briser le mur (To break the wall), Fleuve Noir, in Hollywood Stories, coll. Super Noire, 1993
10. Eric Knight (Richard Halas), Rouge, impair et manque (You play the black and the red comes up), Fleuve Noir, 1995
11. Joe. R. Lansdale, Juillet de sang (Cold in July), Fleuve Noir, avril 1996; Folio policier
13. Laurence Gough, Poissons noyés (The Goldfish Bowl), Fleuve Noir, mars 1996
14. Jack Cannon, Massacres à New York (The Sniper), Fleuve Noir, coll. SuperCops, 1994
15. Jack Cannon, Le Cannibale (The cannibal), Fleuve Noir, coll. SuperCops,1994
16. Jack Cannon, Doses mortelles (The Smack Man), Fleuve Noir, coll. SuperCops, 1994
17. Jack Cannon, La chasse aux sorcières (The Hammer of God), Fleuve Noir, coll. SuperCops, 1994
18. Jack Cannon, L’escadron de la mort (The Death Squad), Fleuve Noir, coll. SuperCops, à paraître
19. Antony Penrose, Les Vies de Lee Miller (The Lives of Lee Miller), Arléa-Seuil, 1994
20. Mack Tanner, Les Anges de la mort (Killing Star), Fleuve Noir, coll. SuperCops, 1994
21. Mack Tanner, Les Motards de l’enfer (Death run), Fleuve Noir, coll. SuperCops,1994
22. Leonore Fleischer, Frankenstein (Mary Shelley’s Frankenstein), Presses de la Cité, 1995
23. Edward S. Curtis, Les Sioux (The Teton Sioux), Hors Collection, 1995
24. Molly Katz, L’ombre d’un doute (Nobody believes me), Presses de la Cité 1995
25. Sandra Scoppetone, Tout ce qui est à toi… (Everything you have is mine), Fleuve Noir, 1995
26. Sandra Scoppettone, Je te quitterai toujours (I’ll be leaving you always), Fleuve Noir, 1996
27. Sandra Scoppettone, Toi, ma douce introuvable (My sweet untraceable you), Fleuve Noir, septembre 96
28. Philip Finch, Piège sur le réseau ( F2F), Presse de la Cité, octobre 96
29. Seabury Queen, La Chapelle de l’horreur mystique, Fleuve Noir, coll. SuperPoche, 96
30. Nicholas Meyer, L’honneur perdu du sergent Rollins (Target Practice), Fleuve Noir, février1997
31. Colin Harrison, Manhattan Nocturne, Belfond, 1997; Pockett; 10/18
32. William T. Vollmann, Des putes pour Gloria (Whores for Gloria), Bourgois, 98
33. William T. Vollmann, 13 Récits & 13 Epitaphes (13 Stories & 13 Epitaphs), Bourgois, 98
34. Robert Silverberg, Dying inside, Omnibus, 1998
35. Thomas Pynchon, Mason & Dixon, Seuil, 2001 (en collaboration avec Brice Matthieussent)
36. William T. Vollmann, Récits arc en ciel (Rainbow Stories), Bourgois, 1999
37 Theo Hakola, Zorro – Non paru. [Retraduit par l'auteur]
38. Dennis Cooper, Guide, P.O.L, 2000
39. Josie Lloyd & Emlyn Rees, Jamais deux sans toi, Plon, 2000; France Loisirs 2001
40. Josie Lloyd & Emlyn Rees, Et plus si affinités, Plon, 2001
41. Salman Rushdie, Le nid de l'oiseau de feu, France Loisirs, 2000, in La Terre sous ses Pieds
42. Jeff Rian, Lexique Revolver, Purple, 2000
43. Mark Z. Danielewski, La maison des feuilles (House of Leaves), Denoël, septembre 2002
44. Dennis Cooper, Try, P.O.L, avril 2002
45. Salman Rushdie, Furie (Fury), Plon, 2001
46. William T. Vollmann, La Famille Royale (The Royal Family), Actes Sud, octobre 2004
47. James Flint, Habitus, Au diable Vauvert, 2002
48. Dennis Cooper, Frisk, P.O.L, octobre 2002
49. William Gaddis, Agonie d'Agapè [Agapé Agape], Plon, 2003
50. Arthur Bradford, Le chien de ma chienne [Dogwalker], Denoël, 2003
51. Michael Gira, La bouche de Francis bacon [The Consumer], Le Serpent à Plumes, 2003
52. Christopher Miller, Variations en fou majeur (Simon Silber, works for solo piano), Seuil, 2004
53. Michael Turner, Le poème du pornographe [The Pornographer's Poem], Au Diable Vauvert, 2003
54. William H. Gass, Le Tunnel [The Tunnel], Cherche-Midi, 2007
55. David Rees, Putain c'est la guerre [Get Your War On!], Denoël, 2003
56. Mark Z. Danielewski, Lettres de Pelafina [The Whalestoe Letters], Denoël, 2003
57. James Flint, Soft Apocalypse, Diable Vauvert, 2004
58. Harold Jaffe, Sex for the millenium, Denoël, 2005 [Jamais paru…]
59. Mark Leyner, Mégalomachine (Et Tu Babe), Cherche-Midi, 2004; 10/18
60. Nicholson Baker, Contrecoup (Checkpoint), Cherche Midi, 2005
61. Vikram Seth, The Golden Gate, Albin Michel, 2009
62. Ben Marcus, Le silence selon Jane Dark, Cherche-Midi, 2006
63. Brian Evenson, Contagion, Cherche Midi/Lot49, 2005
64. Kathy Acker, Sang et stupre au lycée (Blood and guts in high school, Laurence Viallet/Désordres, 2005
65. William T. Vollmann, Les Fusils (The Rifles), Cherche-Midi/Lot49
66. Hubert Selby, Waiting Period, Flammarion, 2005
67. Salman Rushdie, Shalimar le clown, Plon, 2005
68. Mark Z. Danielewski, O Revolutions, Denoël, 2007
69. Bush à Bush, le cherche midi, 2006
70. Joey Goebel, Torturez l'artiste, Héloïse d’Ormesson, 2007
71. David Markson, Arrêter d’écrire (This is not a novel), Lot 49, cherche midi, 2007
72. Sarnath Banerjee, Calcutta, Denoël, 2007
73. William T. Vollmann, Central Europe, Actes Sud, 2007
74. Thomas Pynchon, Contre-Jour, Seuil , 2008
75. William T. Vollmann, Pourquoi êtes-vous pauvres?, Actes Sud, 2008
76. J. Eric Miller, Décomposition, Lattès/Le Masque, 2008
77. Viken Berberian, Das Kapital, Gallmeister, à paraître 2009
78. Paul Verhaeghen, Omega Mineur, Lot49, à paraître en 2010



Ecrits

- Ezzelina, roman, éd. Arléa, 1986
- Insula Batavorum, roman, éd. Arléa, 1989
- Dialogue entre un certain Du Casse et Jean-Baptiste Troppmann, assassins, La Pionnière, 1993
- Le massacre de Pantin, ou l’affaire Troppmann, récit, Fleuve Noir, coll. Crime Story, 1994
- Éloge de la vache folle, roman, Fleuve Noir, mai 96
- Livre XIX, éditions Verticales, 1997
- La mort sanglier, in "Douze et amère", nouvelles noires, Fleuve Noir, 1997
- Enfilades, roman, Verticales, sept. 98
- Tout son sang brûlant, La Pionnière
- Chair électrique, Verticales, 2003
- Bunker Anatomie, Verticales, 2004
- Black Box Beatles, naïve sessions, 2007
- Madman Bovary, Verticales, 2008

Le charnier de l'Histoire…

"Vous pensez planer au-dessus de tout, imperméables à tout, immortels. Etes-vous stupides à ce point? Sais-tu où nous sommes, ici?"
"Sur la route entre Ypres et menin, si j'en crois les panneaux", dit Miles.
"D'ici dix ans, sur des centaines et des milliers de kilomètres à la ronde, mais surtout ici — " Il parut se raviser, comme s'il avait failli révéler un secret.
Miles était intrigué, et savait désormais dans quel sens tourner les aiguiles. "Ne m'en dis pas trop, allons, je suis un espion, tu te rappelles? Je vais rapporter cette conversation au QG national.
"Allez au diable, toi et les tiens. Vous n'avez aucune idée de l'endroit où vous mettez les pieds. Ce monde que vous prenez pour 'le' monde va mourir, et descendre en Enfer, et toute l'Histoire après ça appartiendra en propre à l'histoire de l'Enfer."
"Ici", dit Miles en scrutant dans les deux sens la route tranquille qui menait à Menin.
"Les Flandres seront le charnier de l'Histoire."
"Ah."
"Et ce n'est pas le côté le plus affreux de cette histoire. Tous vont embrasser la mort. Passionnément."
"Les Flamands."
"Le monde. A une échelle qui n'a pas encore été imaginée. Pas une peinture religieuse dans une cathédrale, pas Bosch, pas Bruegel, mais ça, ce que tu vois, la grande plaine, retournée et hersée – tout ce qui gît en dessous ramené à la surface –, délibérément inondée, pas par la mer venue réclamer son dû mais par la contrepartie humaine de cette même absence profonde de pitié – et pas un village ne restera debout. Des lieues et des lieues de crasse, des cadavres par milliers, l'air qui vous semble naturel désormais corrosif et mortifère."
"Plutôt désahréable", dit Miles.
"Tu ne me crois pas. Tu as tort."
"Bien spur que je te crois. Vous venez du futur, non ? Z'êtes les mieux placés."
"Je crois que tu sais de quoi je parle."
(Thomas Pynchon, Contre-Jour)

mercredi 2 juillet 2008

84 et des poussières


Je ne résiste pas à l'envie de reproduire cette photo, trouvée sur l'excellent site Food for your ears. On aurait préféré une machine à explorer le temps impasse Welles, mais bon…

mardi 1 juillet 2008

Saint-Pétersbourg

Un cœur simple, le film de Marion Laine, vient également de recevoir le Grand Prix du Festival du film international de Saint-Petersbourg. Le film sera également présent au festival d'Ohrid (Macédoine) et Karlovy Vary (République Tchèque). Il a entretemps été primé au Festival du Premier Film à La Ciotat (prix du public et prix de la meilleure réalisation). So far, so good…

dimanche 29 juin 2008

Festival du film de Moscou: Un Cœur Simple reçoit le prix spécial du jury


Isabelle Huppert, Marion Laine et Mylène Demongeot étaient à l'honneur ce week-end à l'occasion de la trentième édition du festival du film de Moscou. Isabelle Huppert a reçu le prestigieux prix Stanislavski, samedi soir. Marion Laine, pour sa part, a reçu le prix spécial du jury du festival de Moscou pour son premier long métrage, Un coeur simple, tiré de l'œuvre de Flaubert.

mardi 24 juin 2008

Après Carla dans Libé…

Le Parisien va faire sa une le 4 septembre avec une photo inédite de Thomas Pynchon. Le but: vendre 43 % moins d'exemplaires de ce numéro historique. On apprend également que La Vie du Rail a l'intention de faire figurer en couv une photo du Titanic. L'imagination a pris le pouvoir, c'est certain. Plus personne ne pense au pognon. On se laisse pousser les cheveux. C'est la chienlit. Quelque part, Villon tag des pendus, sous l'œil gorgé de pastis de la maréchaussée. La France est éternelle. Euh, si ça gêne personne, je vais écouter Einstürzende Neubauten en relisant Strangulation de Mathieu Larnaudie. Au moins j'apprendrai quelque chose.

Bastard Battle : Beau Brûlot

Céline Minard a écrit Bastard Battle dans le cadre d'un projet intitulé "fictions (des livres bizarres"), initié par Fanette Mellier, en Haute-Marne, pour Dissonnaces/Pôle graphisme de Chaumont, Haute-Marne. Eric Chevillard avait déjà œuvré en ces lieux. Le livre de Céline Minard paraît simultanément en édition graphique limitée (mais trouvable en librairies, entre autres à l'excellent Comptoir des Mots, à Paris, dans le 20ème arrondissement) et surtout chez LaureLi. Ceux qui ont lu R., La Manadologie et Le Dernier Monde ont pu mesurer l'ampleur du talent de Céline Minard. A peine doté de 100 pages, Bastard Battle est bien sûr lus grand à l'intérieur qu'à l'extérieur. On est au XVème siècle, en terre chaumontaise, ça ferraille, y a des donjons, des caparaçons, l'œil ricochette sur les graphies archaïques (cuer, icy, moult, amor, icelle et cetera). Il y a surtout la langue, qui s'auto-cannibalise avec goûtance et furye. Car Minard n'est pas mignarde, elle ne cherche pas à ciseler un petit bijou précieux, elle n'enfile pas le gant médiéval pour que s'y pose le faucon de l'exotique historique. Plutôt, tel Rabelais en son temps, elle réinvente le français de l'intérieur, tannant la langue en peaussière furax, injectant sept samouraïs en terre pré-gaulienne… Cocasse et prompt à la casse, Minard s'amuse et ne perd pas le fil de sa romance braque. On pourrait citer Rabelais, voire les Monty Pythons. Villon. Chiolodenko. Il y a dans ces cent pages une liberté, une fronde, qui font rire d'avance des bibelots bobos qui vont envahir dès fin août les étals à livres. Plaisir de lire un écrivain insaisissable, qui prend des risques, change de vitesse, déconne comme on dit dégaine, et fait mouche comme on dit feu de tout bois. "Et puisque la volonté m'en revient, non point en tant que requis mais en tant que requérant et offensé aux noms de tous les gens par vous occis ou rançonnés, je voius signale que la batalle se fera à cheval, que le cheval sera armé d'un caparaçon d'acier et sa teste couverte d'une testiere d'acier, que sa selle d'acier sera celle d'un destrier pourvu des ailettes portées coutumièrement en temps de guerre, sans aultre accessoire, et les estriers setont déliés." On vous aura prévenu. La rentrée se fera au triple galot, et tant pis pour les mules qui visent les prix ou les têtes de gondole. Prochaine étape: Zone, de Mathias Enard (Actes Sud).

Bunker Anatomy

"So lived Medusa: each morning, before brushing her hair, she took care to feed the one thousand nine hundred and twenty-eight snakes quivering on her head. She called them by name—Thorium, Argon, Rubidium, Strontium, Cadmium, Titanium, Helium…— lavishing them with a few flattering words and then, by feel, sliding a dead fly into each of their mouths. Digestion was immediate. When their bilingual hissing evoked nothing but an innocuous gas leak, she could then attempt to arrange the fauna that was her moptop—as a child, Medusa buried her face in anthills and counted to a hundred, lips shut, eyes closed, and from this monstrous apnoea experienced something like pleasure. But most often she was content to coat her hair with a barbituate-based pomade, waiting twenty minutes or so and then enshrining the greasy bouquet within a woolen cap. Her toilette was long and painful. Nude on the tiled floor of the bathroom, she rubbed newsprint rolled in a ball and moistened with gasoline over her arms, then washed them with soapy water and, when they were dry, polished them with a shammy. The process had to be repeated every day, or else grayish-green stains reappeared which had to be eliminated quite quickly with hot vinegar or with lemon juice infused with coarse salt. Which was inevitably followed by long warbled howls, which awoke the snakes, who flew into a rage; everything had to be done over. Most of the time, she went back to bed and stayed in front of the extinguished TV for hours, without answering the telephone, spying on her ashen reflection in the dead screen. When she was an adolescent, eating was a nightmare, her boar tusks knocked over the carafe, scratched the dishes, got stuck on the bread. She had to pull them out herself and cauterize her gums with hydrochloric acid so they wouldn't grow back. Once upon a time there was a girl called Medusa who each evening, to fall asleep, counted the cadavers of her petrified lovers. These latter, like certain of the living at certain times, preserved in the hollow of their navel a minute quantity of sperm, which formed a plug, the proper return of things. After which, duly turned to stone, they ended up in the garden of her small suburban home, more vertical than ever. Except when fucking, Medusa never removes her sunglasses." (Claro, Bunker Anatomy, translated by Brian Evenson).

Face à Pynchon


En librairie le 25 août:
Collectif
Face à Pynchon
lot49/Inculte
(le cherche midi éditeur)…




« La nuit ne leur réservait aucune terreur, ils avaient au centre de leur cercle un feu imaginaire, ils n'avaient besoin de rien, en dehors de leur sentiment inviolable de communauté. » — Thomas Pynchon


Il existe un mystère Pynchon : aucun entretien, aucune apparition publique. Soit, le lot commun des trois quarts de l’humanité. Pynchon voulait-il effacer son visage ? Son regard ? Ou, simplement, la crispation en une identité dépourvue de fondements, dont l’écriture cherche à se débarrasser ? Invisible et libre, Pynchon a changé la littérature avec des romans comme V. ou L’Arc en ciel de la gravité. A l’occasion de la parution de Contre-jour, son septième livre, le collectif d’auteurs de «Face à Pynchon » revient sur son œuvre et les motifs qui l’irriguent, ainsi que sur l’auteur, jusqu’ici sans biographe. Tous essayent de tracer, à leur manière, les contours flous de ce continent littéraire déraisonnable et jubilatoire.

Avec la participation de :
Elfriede Jelinek, Paul Royster, Pierre-Yves Pétillon, Richard Powers, Étienne Celmare, Michael Moorcock, Brice Matthieussent, Brian Evenson, Don DeLillo, Claro, Rick Moody, Mathieu Larnaudie, Fabrice Colin, Percival Everett, Tommaso Pincio, Laird Hunt, Zak Smith, Tom Robbins, Arno Bertina, Luc Sante, Bastien Gallet, Olivier Lamm, Joanna Scott, Tom LeClair, Pierre Senges.

lundi 23 juin 2008

C'est l'été, à vos choix, prêt, pressez!

dimanche 22 juin 2008

New York I Love You…

"Après cette nuit et cette journée de colère inconditionnelle, on aurait pu s'attendre de la part de n'importe quelle ville à une totale renaissance, une purification par les flammes, la liquidation des cupidités, spéculations immobilières, politiques locales – au lieu de quoi on se retrouvait en présence de cette veuve éplorée, ce comité d'arbitrage endeuillé, qui allait mettre de côté, consigner amoureusement et conserver impitoyablement toutes les saletés de larmes qu'elle comptait verser, et les compenserait au fil des ans en devenant la pire des salopes, la plus cruelle des villes, et Dieu sait s'il y en avait d'autres qui ne se distinguaient pas par leur candeur.
Apparemment déterminé, aventureux, viril, le prodige urbain n'arrivait pas à surmonter ce terrible viol nocturne, quand 'il' fut contraint de se soumettre, de s'abandoner, odieusement, en femme aveugle, à l'étreinte infernale de sa bien-aimée. Il passa les années suivantes à oublier et fabuler et tenter de recouvrer un vague respect de soi. Mais intérieurement, tout au fond, 'il' demeurait le giton de l'Enfer, la lope à la disposition de tous les habitants, la garce habillée en homme." (Thomas Pynchon, Contre-Jour).

jeudi 19 juin 2008

Si Gordo m'était conté…


Chez ton libraire dès le 26 juin… Gaffe!

États-Unis, 1958. Vous pensiez savoir ce qu’est un singe ? Vous ne connaissiez pas Gordo. Affublé d’un smoking first class et d’un QI digne de Harvard, la nouvelle coqueluche du tout-L.A. promène son spleen frelaté sur les plus grandes scènes du pays. Ce qui ne l’empêche pas de déprimer sec : depuis que sa petite amie s’est barrée avec l’inventeur des fusées V2, notre quadrumane au cœur d’artichaut s’est découvert un don pour les plans copieusement foireux.

Quelques conseils : si vous piquez le journal intime de votre ex et que ce journal s’avère contenir tous les détails d’une expérience classée secret-défense, ne le planquez pas dans le coffre d’une gare. Ne tabassez pas l’agent de la CIA qui vous file au train. Ne rejoignez pas Sinatra à Vegas dans l’espoir d’aller mieux. Ne vous mettez pas le KGB et Elvis Presley à dos le même soir. Ne recommencez pas à picoler en racontant vos malheurs à la terre entière.

Et surtout, surtout : ne kidnappez jamais Lauren Bacall.

And now…


Contre-jour, c'est dans la boîte! Bon, fallait bien que ça arrive un jour, ce point après le mot "grâce"… Certes, le boulot est loin d'être fini, puisqu'il y a la relecture des épreuves (1300 et quelques pages) à abattre d'ici le 12 juillet. Mais l'essentiel est fait. Comme à chaque fois qu'on achève une traduction, surtout de cette ampleur, un étrange sentiment s'insinue en vous: comme si ça n'était, justement, pas fini, comme si la traduction continuait, toute seule, dans l'ordinateur ou entre les pages, son travail secret, minéral, les mots s'ajustant très légèrement derrière le spath du silence. Hâte toutefois de se coller à la traduction d'Omega Minor, dont le début est un bel hommage à L'Arc en ciel de la gravité… Et puis on va relire aussi attentivement les épreuves de "Face à Pynchon", notre chouette collectif sur l'œuvre de Mr. P. 400 pages à peu près d'analyses serrées, de visions décalées, de témoignages précieux. Avec en avant-propos un texte passionnant d'Elfriede Jelinek, excusez du peu. Puis c'est Pierre-Yves Petillon qui nous livre un texte magnifique et sacrément documentée sur les ancêtres de Pynchon et l'usage qu'en fit l'auteur de V. Puis le programme se déroule, varié, contrasté, les textes se faisant écho,… Etienne Celmarre se penche sur Vineland, Moorcock sur Contre-Jour, Brice Matthieussent se rappelle notre traduction de Mason & Dixon et disserte sur la fameuse perluette (&…); l'américain Brian Evenson monte alors au filet et fouille les entrailles de Vente à la criée du lot 49. Votre serviteur se promène dans Contre-Jour, pour y décrypter l'incessante bilocation de ses tropes; Rick Moody, en deux textes impeccables, monre à quel point Pynchon a compté pour sa génération; Mathieu Larnaudie opère un malicieux et pertinent parallèle entre le couple Mason/Dixon et le couple Deleuze/Guattari; enfin, Fabrice Colin repeint Vineland sous de brillantes couleurs. C'est ensuite au tour de l'énigmatique Tomaso Pincio de farfouiller dans la malle ludique du maître. Laird Hunt s'immisce alors et nous parle de sa découverte de Pynchon, assez troublante. Arno Bertina explore les méandres de V., Luc Sante offre un beau portrait de Contre-Jour; Gallet/Lamm se coltinent l'Arc en ciel. Et Pierre Senges vient fermer le bal de façon très… Pierre Senges! Avec en prime des témoignages de DeLillo, Tom Robbins, Joanna Scott, Percival Everett et Richard Powers. Des dessins de Zak Smith. Quelques autres illustrations, aussi. Manque plus qu'un morceau de spath d'Islande comme au bon vieux temps de Pif Gadget!

mardi 17 juin 2008

Le 4 septembre 2008…

jeudi 12 juin 2008

Pourquoi?

Quelqu'un peut-il me dire pourquoi j'accroche à Trentemøller?

mercredi 4 juin 2008

Tranché vif


(Septembre 08, Lot49)

Après avoir perdu une main lors d’un règlement de comptes, Kline, un détective privé, se voit confier une enquête au sein d’une société secrète composée de mutilés volontaires, où un meurtre a été commis.
Mais pour mener son enquête, Kline doit gagner la confiance des membres de cette étrange secte. Or cette confiance se paie cher, car pour accéder à certains niveaux de la hiérarchie, il convient d’être à chaque fois davantage amputé… Jusqu’où Kline sera-t-il prêt à aller pour découvrir l’insoutenable vérité ?

Les voies de la confrérie sont-elles impénétrables ?

Dans la lignée de Poe et de Borges, une prose « incisive » au service d’un récit dérangeant, ou rivalisent humour noir et « banalité de l’horreur ».


Brian Evenson est l’auteur d’une dizaine de fictions ainsi que d’un essai sur Robert Coover et enseigne actuellement à la Brown University. Il traduit également des auteurs français. Lot49 a publié en 2005 son recueil de nouvelles, Contagion, suivi en 2006 du roman Inversion.

A PROPOS D’INVERSION :

« La meilleure surprise de ce début d’année. »
Philippe Djian

« Brian Evenson hisse son art à des sommets dignes de Jerôme Bosch ou Edward Munch »
Olivier Stupp, Technikart

« Une terrible puissance combinée à un humour ravageur »
Raphaelle Rérolle, Le Monde

mercredi 28 mai 2008

Gaffe !



Hélène Bessette - the Best

Bon, faut l'avouer, en 65 on avait trois ans, alors forcément à l'époque, Bessette, on a zappé, raté, manqué, pas vu pas lu. Heureusement il y a LaureLi, la collection de Laure Limongi. Du coup, on découvre. Mea culpa, je m'y mets sur le tard. Suite Suisse, qui vient de paraître, croix blanche sur fond rouge, est une tentative retour chariot (comprenez, en vers, c-d-d en prose "heurt indescriptible d'avortements" [Artaud]) pour narrer l'odyssée helvète de la môme LN. L'étoile neutre est d'emblée placée sous une autre, celle de l'échec à répétitions, de la non-intégration essuyée et maculée. C'est quoi, l'écriture Bessette, ici: une liberté qui se méfie de l'élégance et s'en va ronger l'ongle grammairien, ça taille et tranche, ça se bloque et ça fuse, ça limine et stase, ça porte l'eau prosodique à des degrés de simplicités proprement bouillantissime. L'air de rien, de rejet en coupe, Hélène Bessette double Hugo et emboîte le pas à Arno Schmidt, créant une scansion unique, qui se lit à voix haute et se claquette au bout des doigts. Ça serait opublié aujourd'hui, ça paraîtrait chez LaureLi. On lit, médusé, et on se dit: rhabillons-nous, cette femme sait tout de l'écriture. C'est, non seulement, malin magnifique mitonné, mais ça va où ça veut quand ça veut. Le genre d'auteur, tu en lis trois lignes, tu achètes tout, blind. Parce que Bessette manie la ponctuation comme un Mannlicher. Parce que la guerre est passé deux fois par elle (elle est née en 18, si je ne m'abuse), et morte en 2000. Roman poétique? Plus que ça. Alchimie poétique (le bobo-slam peut aller se rhabiller). Et personne, mais alors ce qui s'appelle personne, ne faisait "ça" à son époque. Même pas Queneau. Rarement vu une assurance pareille dans le coulé du phrasé – au prix, sûrement, d'odieuses tergiversations intérieures, d'apnées maudites. Un auteur oublié qui devient un rendez-vous. On s'y rend, justement, nécessairement. Comme il est dit page 183: "Qu'à cela ne tienne". C'est paru le 15 mai, alors n'attendez pas Noël. Merci LaureLi. Give me more…

Un hurlement traverse le ciel (extrait)


On l'a dit, Lot 49/Inculte sort fin août un livre collectif sur l'œuvre de Thomas Pynchon (d'autres essais sortiront en Lot49…). Je donnerai ici très bientôt le sommaire exhaustif, mais en attendant, un petit extrait du chapitre que je consacre à un certain Contre-Jour


DÉDOUBLER LES AMARRES
Une des notions clé du dernier roman de Pynchon, Contre-Jour, est certainement la « biréfringence », c’est-à-dire la propriété de double réfraction présentée par le fameux spath d’Islande, cette calcite très pure qui permet à la lumière de se dédoubler – à la lumière, donc à la vision et, partant, à la lecture. De là les nombreuses occurrences de certains mots, certaines expressions, soit à quelques lignes d’intervalle, soit se répondant d’un chapitre à l’autre ; de là les parallélismes des situations, des pensées, des émotions, etc., qui finissent par former une sorte de mystère « gaufré », à la fois sacré et impie.
Ainsi donc, ce que propose Pynchon, n’est pas tant une exégèse qui en cacherait une autre, que deux exégèses, co-existantes, simultanées. Mieux qu’un écho, chaque posture narrative a droit à son retour – éternel ? contingent ? – dans la trame complexe du récit. La bilocation, autre terme important dans le roman, talent propre au personnage de Magyakan, opère non seulement au niveau géographique, mais également historique, voire, parfois, lexical. Est dépassée ainsi la traditionnelle structure en strates d’un récit qui ne se contente pas de recourir à l’allusion. Plutôt qu’un sous-texte dissimulé sous un canon, on se retrouve donc en présence d’une narration biréfringente, cohérente avec la théorie quaternioniste d’une quatrième dimension. Or Pynchon systémise le processus de double réfraction au point de l’inscrire à la fois dans le micro – les particules – et le macro – le Temps, l’Espace.
Les Casse-Cou, ces ados aéronautes qui ouvrent le roman avec l’appel à « single up all line » (à dédoubler les amarres…), existent à la fois dans le monde imaginaire du récit d’aventure pour la jeunesse et dans la réalité décrite dans le roman intitulé Face au Jour. Leur particularité est d’en avoir, parfois, conscience, de sentir passer sur eux, à travers eux, pourrait-on dire, le phénomène de défictionnalisation qui les contraint à habiter le monde donné, situation qui bien souvent les plonge dans une apathie insouciante mâtinée d’effroi latent. Aussi ne s’étonnera-t-on pas que le roman débute par cette « fausse » entrée, le récit de genre, exercice dans lequel Pynchon excelle, en grand lecteur d’une certaine littérature d’avant-guerre – en l’occurrence, la célèbre série des aventures de Tom Swift, écrite par Victor Appleton, qui s’est déclinée sur de très nombreux titres dont on citera seulement, aéronautisme oblige, Tom Swift and His Aerial Warship , ou encore Tom Swift and His Air Scout. On remarquera pourtant que l’auteur prend soin de ne pas décrire précisément le véhicule céleste à bord duquel embarquent les Casse-cou, l’appelant tantôt skyship, tantôt airship, balloon, etc. De même qu’il se garde bien de nous préciser l’âge de cette joyeuse bande d’aéronautes, estampillés « boys » et parfois désignés comme étant des adolescents. Au nombre de cinq, ou 6 si l’on compte leur chien Pugnax, ils évoquent également d’autres « meutes » célèbres comme les «Famous Five» mis au goût du jour par Enid Blyton dans les années 40 [plus connus en France sous l’appellation de « Club des Cinq », club qui, rappelons-le, comptait en son sein un chien, Timmy, Dagobert dans la version française !]. On pourrait également aller voir du côté de Jules Verne, auteur ayant influencé, entre autres, Herbert George Welles, Welles dont la figure est récurrente dans Against the Day [p. 398 , 407 et 412], et dont Pynchon a pu lire ou parcourir certains volumes – Cinq semaines en ballon, Les Aventures du capitaine Hatterras, Robur le Conquérant, pour ne citer que ces titres […]



Nouvelles du Front

On a vu le nouveau Desplechin – Un conte de Noël –, qui loin d'être l'enfer névrotique œdipien qu'on pourrait croire (quel sale petit secret?), est une formidable déflagration d'événements dissidents, un fagot de lignes de fuite où chaque identité se cherche une faille, non à cultiver, mais à emprunter, pour dévamper – montage plus que malin, iconoclaste par endroits (fuck the faux raccords), lumière retenue, dialogues écrits et assumés comme tels, affects tordus et rires à contretemps, acteurs vaudou, une virtuosité venue des corps et y retournant… aucune chance de décrocher la Palme près de Nice, donc, bien trop couillu pour un certain aréopage épris de néo-réalisme (Sean Penn ayant annoncé la couleur en déclarant que le séisme en Chine conditionnerait ses choix esthétiques… heureusement qu'il n'y a pas eu d'inondation en Inde…). A part ça, ma traduction du Golden Gate de Vikram Seth (ce roman écrit en vers: 594 sonnets, soit en vf 8316 alexandrins, merci je sais compter) ne sortira ni en septembre ni chez Grasset, l'auteur ayant décidé que l'ovni avait sa place chez Albin Michel, éditeur de son précédent opus, Deux Vies. Donc, pour l'instant, pas de date prévue. En revanche, le décapant Décomposition, que j'ai traduit pour le Masque (qui jubile), vient de sortir de l'imprimerie et sera en librairie le 20 août: l'outsider qui tue, on peut dorzédéjadorénavan ainsi l'appeler. C'est signé J Eric Miller (pas de . après le J, et le J avant l'Eric, svp!) et comme on l'a dit ici c'est un conte de fées au pays de la mort qui vient, une traversée du continent désolé, la Mustang chauffée à bloc, son coffre hanté par un prince plus trop charmant. Même Fabrice Colin va aimer, c'est pour vous dire. Ah, j'oubliais: Pynchon. Contre-Jour. On entame la dernière ligne droite. La mort dans l'âme. On en aurait bien traduit encore trois mille feuillets, même si on va tranquillement vers les 2150 feuillets, ce qui une fois mis en page devrait nous donner du 1250 pages en Fiction & Cie. La jaquette ici, bientôt, genre mi-juin (des ballons pleins la gueule…). En attendant, le clavier va chauffer pour tenir les délais. Pleure, Stakhanov… Côté Viken Berberian, l'épatant Das Kapital est bouclé, mais là, patience, faudra attendre janvier 09. Le Poor People de l'ami Vollmann devrait pas tarder à arriver sur mon bureau sous forme d'épreuves. On va donc pouvoir s'attaquer fervemment à la traduction du déjà mythique Omega Minor… et enfin bosser d'arrache-pied sur ce foutu projet de Livre Vain, already-3-years-in-the-making, et qui va en prendre sûrement autant, sinon plus. Quant à Logomachine (ex-Coulée Douce et Tranché Vif), il fera, a priori, l'objet d'une mise en voix radiophonique sur France Culture – pour la version papier, on a donc le temps… Le Bolaño piaffe toujours sur la table de chevet, à côté du dernier Theroux: ça sera pour l'été, ces pavés, à l'abri du sable. Et on guette déjà le nouveau Minard chez LaureLi, entre autres joyeusetés de rentrée. En attendant les prochaines bombes des éditions Désordres, qui grâce à la pugnacité de Laurence Viallet, vont incessamment renaître de leurs cendres toujours incandescentes. Ah, oui, il paraît qu'il y a un nouveau Angot qui sort. Mais on sait pas encore qui le lira. C'est ça aussi, la vie des livres.

mardi 27 mai 2008

Le poing sur l'aktu

Koid'9? Cannes est fini et Pialat pleure. Rien de neuf sous le soleil de satin [sic]. Il paraît qu'Angot revient, que le tango revient, que Richard Millet go go go! Heureusement il y a Coover au Comptoir des mots le 3 juin, et Laure Limongi le 18 au même Comptoir pour parler d'Hélène Bessette, qui n'a pas de leçon à recevoir des Américains puisqu'elle écrivait, alors que nous n'étions qu'une larve littérante, une prose desquamante. On lira donc Suite Suisse, et tout le reste. On lira aussi L'Or des fous, paru chez Gallmeister, récit indispensable à tout pynchonien qui se respecte de l'histoire de Telluride (Colorado), écrit par un baroudeur à la fois nomade et mélancolique, à la plume trempé dans l'œil de lynx et le cul de basse fosse, où chaque paragraphe est comme une pierre sur laquelle la main crispée se hisse vers l'étape flamboyante suivante – Rob Schultheis. Sous-titre: Vies, amours et mésaventures au pays des Four Corners. Une bonne partie de Contre-jour, de Pynchon, se passe à Telluride, cette ville minière percluse d'antiques mythes et désormais immonde resort bourge pour skieurs friqués. Schultheis est un poète inné, doté de crocs, de griffes et qui sirote sa métaphore et ménage ses coups. Un extrait suffira à mettre les karmas à l'heure: "Le fauve le fixe sans ciller de ses grands yeux phosphorescents, pareils à la lumière qui s'échappe d'un réacteur nucléaire. Cronk cronk slurp cronk. Ses mâchoires, qui auraient pu briser en deux une batte de base-ball aussi facilement qu'un gressin, fouaillent le tartare de cerf et il avale des pintes de sang encore chaud pour faire descendre le tout." C'est traduit – magistralement, symbiotiquement, jubilatoirement – par Marc Amfreville. Sinon, on peut relire L'Art Poétique, de Paul Claudel, et s'interroger : "Comme la main de celui qui écrit va d'un bord à l'autre du papier, donnant naissance dans son mouvement uniforme à un million d emots divers qui se prêtent l'un à l'autre force et couleur, en sorte que la masse entière ressent dans ses aplombs fluides chaque aport que lui fait la plume au marche, il est auc ciel un mouvement pur dont le détail terrestre est la transcription innombrable." En blind test, j'aurais dit: Pynchon. Sous le soleil de Satan: Depardieu flagellé, Sandrine Bonnaire et sa volubile confession, Pialat psalmodiant. Satan: pas vu pas pris. Contre-jour. Aujourd'hui, évidemment boulevard Saint-Germain, j'ai croisé Ana Karina dans la rue, après l'avoir (re)vue (avec Louison, The Godard-Golden-Girl) la veille au soir dans Une femme est une femme. Contre-jour, vous dis-je. Pialat pleure et tout le monde n'a pas la classe.

dimanche 25 mai 2008

Robert Coover au Comptoir


Rencontre avec
Robert Coover


A l'occasion de son passage à Paris, rencontre avec l'auteur américain Robert Coover autour de son dernier roman, Noir —

le 3 juin 2008
20h


Librairie le comptoir des mots 239, rue des Pyrénées 75020 Paris M° Gambetta

Lectures d'extraits en anglais par Robert Coover et en français par son traducteur, Bernard Hoepffner. (Robert Coover, Noir, Editions Fiction & Cie Seuil-

mardi 20 mai 2008

Du Jour au Lendemain


Vendredi 23 mai 2008, de 23h30 à minuit dix, Claro à l'émission d'Alain Veinstein, Du Jour au Lendemain, sur France Culture. Il y sera question d'Emma, de boucherie, d'Artaud, de Raymond Roussel, des romanciers à la louche, du lecteur…

jeudi 15 mai 2008

Thalys au pays des octets

Désormais, on peut surfer en roulant dans un train nommé Thalys. Le Wi-Fi ferroviaire : une rame sur quatre pour l'instant. Plus besoin de paysage, donc. Et un vrai reflet de notre démocratie: le cadre qui voyage en "first" aura droit à la connexion gratos tandis que le pékin qui s'obstine à se déplacer en seconde – pardon, en "classe Comfort 2" – devra débourser 6,5 euros pour une heure et à 13 euros pour un accès illimité (rien que ce terme fait frémir, appliqué aux rails). Le train ponctionnera trois fois? Je propose qu'on étende ce principe à l'ensemble d'à peu près tout. Vous rentrez dans une boulangerie, vous sortez votre document attestant que vous êtes imposable sur les grandes fortunes et hop, on vous la donne, la baguette (avec un croissant en prime). Vous brandissez votre carte de chômeur en réglant vos achats au supermarché et bing! une majoration de 10 % ! Mais non, la vie est mal faite, la société retorse, et il subsiste des inégalités, des passe-droits pour les pauvres.

vendredi 9 mai 2008

Independent Foreign Fiction Prize

Omega Minor by Paul Verhaeghen wins
Independent Foreign Fiction Prize 2008

Arts Council England has today announced the winner of The Independent Foreign Fiction Prize 2008 in association with Champagne Taittinger.

The Independent Foreign Fiction Prize 2008 has been awarded to the Belgian author Paul Verhaeghen for his novel Omega Minor. Paul Verhaeghen is the first author to have both written and translated the winning title and has therefore won the full £10,000 prize for his work translated from Dutch into English. The prize was presented earlier this evening at a ceremony at the Serpentine Gallery, London. The award, a partnership between Arts Council England and the Independent newspaper, was made in association with Champagne Taittinger.

The Independent Foreign Fiction Prize celebrates an exceptional work of fiction by a living author which has been translated into English from any other language and published in the United Kingdom in the last year.

Moving back and forth between the main stages of the past century, Omega Minor (translated from the Dutch and published by Dalkey Archive Press) is a tale of the survival of the soul. A novel of big ideas, the book’s whirlwind plot is set between Berlin, Boston, Los Alamos and Auschwitz, and takes in neo-Nazis, a physics professor who returns to Potsdam to atone for his sins, an Italian postdoctorate who designs an experiment that will determine the fate of the universe and a Holocaust survivor, who tells his tale to the willing ear of a young psychologist.

Omega Minor is Paul Verhaeghen’s second novel and his first to be translated from Dutch into English. Aside from his writing career, Verhaeghen also works as a cognitive psychologist; his work focuses on memory and the basic aspects of cognitive ageing. He currently resides in Atlanta, Georgia, where he is associate professor at the Georgia Institute of Technology.

Paul Verhaeghen will be donating his prize money to the American Civil Liberties Union in protest of US foreign policy.

Antonia Byatt, Director, Literature Strategy at Arts Council England, said:

"I am delighted Paul Verhaeghen has won the Independent Foreign Fiction Prize. It is a highly ambitious novel which tackles some of the major issues of our time. He deserves such recognition in England, not only for his remarkable writing but also for his huge achievement in translating his own work."

jeudi 8 mai 2008

Fiction fougère (Senges, II)

Fragments de Lichtenberg: avec ce livre-fougère, Senges se livre à une tentative d'épuisement non d'un lieu donné (l'astre noir lichtenbergien), non de son interprétation (grand roman escamoté dans son unité ou poussières d'énoncés), mais de l'acte même de la lecture conçu comme une écriture à rebours. Partant, il fabrique un objet organique, passible de toutes les monstruosités, gibbosités et métastases galopantes. Œuvre monstrueuse, certes, mais formidablement tenue tel un traité de littératologie: farce à la fois furieuse (un chaos à maîtriser) et systématique, Fragments de Lichtenberg empruntent à l'objet de sa "désétude" un de ses principaux motifs: la structure arborescente, discernable sur la feuille de fougère comme dans le crépitement lézardant de l'éclair – et l'on sait que le "z", avant de proliférer en quinconce, part de la terre, non du ciel. Senges part donc de Lichtenberg, mais non en biographe têtu, plutôt en shaman logique, s'intéressant autant (davantage?) aux marges, échos, contrepoints du phénomène Lichtenberg. Certes, il y a, évidente à chaque page, la soif encyclopédique qui produit ses propres breuvages; la sainte potacherie et l'habile parodie; l'addiction digressive et la tentation taxinomique. Bien sûr, le dispositif mis en œuvre est une folle machine à fabriquer des excroissances narratives, à brasser des hypothèses, à relier des points. Le livre fabrique ses propres métaphores non pour les épuiser mais pour en exalter la folie jubilatoire. Des figures s'enchaînent, des motifs sont déclinés, des variantes se chevauchent sus le prétexte d'une quête à la fois dérisoire et essentielle. Un auteur laisse-t-il un amoncellement ou un tout fracturé? Les aphorismes sont-ils les chaînons manqués d'un vaste maillage? Dressant le portraits d'explorateurs téléologiques tout droit sortis des romans de Jules Vernes ou de Raymond Roussel, Senges cherche moins à stigmatiser l'insensé du décryptage qu'à libérer les forces du fictif. On évitera donc de se laisser aveugler par la structure en apparence infinie du livre, par sa molécularité jubilatoire, pour se concentrer sur l'énoncé sengésien, qui est un art de la ponctuation. C'est comme si Senges ponctuait ses phrases avant de les écrire, intervenant de part et d'autre des parenthèses, s'appuyant sur la virgule et sautant par dessus l'arçon des deux points. La syntaxe est semblable à un dé à 120 faces qui suivrait des dédales au préalable balisées (Senges sait où il va). Elle est ce que l'auteur nomme un "miracle profane", et pour lequel il invente la figure moins badine qu'il n'y paraît de la "biscotte qui ne s'effrite pas". C'est la phrase de Senges qui tient le tout, même si cette phrase ressemble, dans son déploiement, à une patiente et obstinée déflagration. On pense forcément à Pynchon, autre artificier de la grammaire (et à Roussel, on l'a dit lus haut). Mais Fragments de Lichtenberg est également une revisitation des grandes machines littéraires passée – l'œuvre entière de Senges est d'ailleurs placée sous le signe de la "visite", cette forme d'offensive qui n'a rien de touristique, mais tient fondamentalement du viral. Là, encore, tentative d'épuisement, sans jamais le moindre essoufflement. Senges arpente le temps et l'espace littéraire avec des bottes de sept lieues, en marcheur érudit et retors, de la trempe d'un Arno Schmidt. Il ausculte aussi le corps lichtenbergien, fasciné par l'idée de torsion (la torsion de l'idée) lisible dans l'anatomie même de son sujet. Il fait de la bosse à la fois un sac à malices et un ensemble paradoxalement ouvert. Passant cesse du micro au macro, de l'étincelle à l'incendie, maîtrisant magnifiquement l'art du montage et de la disjonction, Senges porte à ébullition la substantificque moelle de la raison fictionnelle avec une endurance qui laisse pantois. A la fois cartographie, orchestre, ragoût (au sens sorrentinesque), bruissement de fables, catalogue déraisonné et épopée impossible, Fragments de Lichtenberg est de ces livres qui vous donnent le sentiment d'écrire en lisant. Senges a écrit là un redoutable Anti-Goethe (comme on disait naguère Anti-Œdipe) fascinant et jubilatoire, inépuisable – depuis Perec, on avait pas vu ça.

mardi 6 mai 2008

Senges de Lichtenberg

Parfois, un livre vous attend à votre chevet. Il ressemble à un pavé et, comme on est en mai, c'est forcément tentant. Il y a le Bolaño, bien sûr. Mais il y a aussi le dernier livre de Pierre Senges, Fragments de Lichtenberg (éd. Verticales). Ce dernier est si tentant, et le temps pour le lire pas encore disponible dans l'organigramme personnel, qu'on se contente de picorer. Il y aurait tout un essai à écrire sur le picorage littéraire – on s'y livre essentiellement en librairie, mais aussi chez des amis, en bibliothèque, par dessus l'épaule du voisin dans les transports en commun, on picore aussi sur le Net, bien sûr. Bref, tout ça pour dire que, picorage aidant, on constate une chose: où qu'on ouvre Fragments de Lichtenberg, on jubile. Force est de constater que Pierre Senges dépasse de cent mille coudées nos plus chouettes prosateurs. Rares sont les écrivains qui aiment autant la syntaxe, la façon d'enclencher la phrase, les fausses pistes, la formule qui vous mord la queue, le liminaire et l'infini… Senges a un sens du langage qui pourrait être pathologique mais qui est tout bonnement génial: il habite le langage comme une main tutoie un gant, en connaissance de cause du cuir et des plis. Il sait ponctuer comme Henry James et Rousseau, il a un lexique qui ravirait Nodier, une souplesse digne de John Barth, un goût des inter-titres que pourrait jalouser Vollmann. Senges sait débuter un paragraphe comme Vialatte, le détrousser comme Senges, le conclure comme Swift. Que ces comparaisons ne laissent point suggérer quelque sampling habile. Le lichtenbergien Senges sait où il va, et peu sont ceux qui donnent autant à un livre. Chaque page est une leçon d'écriture, micro und macro. On pourrait, pour stigmatiser son style, parler de "complaisance" – ce serait une fâcheuse erreur. Senges hante la grammaire de façon migratoire, certes, tel un héron s'essayant à briser sa patte dans un miroir censément liquide, et ce dans une déclinaison de l'excès, souvent parodique. Mais il tient son sujet comme un aigle agrippe sa proie. Comme Arno Schmidt, il produit, au sens noble, une œuvre infinie: au lecteur de s'y damner.

Le Golden Gate (extrait)








11.5

Phil vient de renverser la moitié de sa flûte
Sur Joan Lamont, alors qu’il racontait, hilare,
l’issue de son procès, après d’intenses luttes :
« On aurait dit un véritable traquenard !

Le juge s’est changé en grand inquisiteur,
devenant notre principal accusateur,
battant en brèche nos moindres arguments. Untel
Ne tenait pas la route ! Un autre était trop frêle !

Quant à la doctrine de la nécessité,
Elle était pour lui sans le moindre fondement !
Et voilà cet immonde crapaud purulent,

Ce monarque bouffi, aux idées arrêtées,
A deux doigts de nous renvoyer tous en prison… »,
Il renverse à nouveau, dans son excitation,


11.6

du champagne sur ceux qui ont formé un cercle
autour de lui. « Oh, désolé… Pardon, Erlys…
Franchement, dès qu’on soulève un peu le couvercle
et qu’on se penche sur le cas de la justice !…

Reprenons du gâteau… ah, tiens, voilà maman… »
Un peu ivre, il se tourne vers elle et lui tend
Les bras, mais elle le fusille du regard
Et le repousse sèchement. « Pas de bobard !

Si jamais Paul se plaint à moi de cette femme,
je prendrai je premier avions… Tu verras bien !
Tu n’es qu’un pauvre idiot, Philipp. Je ne veux rien

Avoir à faire avec ta Liz. Si Paul réclame… »
Mais déjà on se moque : « Ollé, la señora
a un coup dans le nez ! C’est du soap opera ! »

(Vikram Seth, Le Golden Gate, trad. Claro, à paraître…)

Das Kapital


"L’ordre régnait partout autour de lui. Ses maillots de corps étaient rangés par pile de sept. Ses livres étaient ordonnés par couleur. Son mobilier était essentiellement nordique, linéaire. Il se levait à cinq heures tous les matins, même le dimanche, non parce qu’il était insomniaque, mais parce qu’il avait du travail à faire. Il consulta la météo autour du bassin méditerranéen, jaugea les tropiques de terreur sous le trente-cinquième parallèle ; la production céréalière au Kansas ; le prix de Brent Crude Oil à 50 $ le baril ; le nombre de forêts disparues, complètement déracinées, flétries et fichues, à l’insu de tous.
La nature. Ils n’aimait pas ses épines, ses ronces et ses buissons, la précision têtue de ses cycles, son calendrier prédéterminé, la tapisserie codée de ses motifs, l’indéfectible et singulière suffisance ses collines, qui se dressaient obstinément sur le chemin du progrès humain." (Viken Berberian, Das Kapital, trad. Claro, à paraître aux éditions Gallmeister en janvier 09).

Contre-jour


A deux jours de l'anniversaire de Mr. Pynchon (le 8 mai, V-Day…), changement de titre français pour Against the Day. Finalement, ça ne sera pas Face au jour, comme nous l'avions annoncé et souhaité (ce titre ayant été soufflé par Pascal Arnaud, l'éditeur de Quidam), mais, suite à la décision de l'auteur himself, qui a droit de regard sur le titre français, ce sera Contre-jour. Ce que Pynchon veut… J'ai présenté aujourd'hui le roman aux représentants du Seuil, un projet de couverture est à l'étude, que je posterai ici bientôt (plein de ballons…). Pour l'instant, la sortie est prévue soit fin août, soit début septembre. C'est la première fois qu'une traduction me file une tendinite, c'est pour dire l'ampleur de la tâche (j'ai aussi une extinction de voix, mais ça c'est parce que je me suis laissé entraîné par mes enfants dans un horrible manège appelé "Grizzly" qui se la joue soucoupe volante et vous oblige à hurler le nom de vos ancêtres sur six générations…)

lundi 5 mai 2008

Installez-vous

La plasticienne Marylin Rolland a conçu des installations autour de Chair Electrique (Claro), L'Arc en ciel de la gravité (Pynchon), La Réfutation majeure ( Pierre Senges), Anima Motrix (Arno Bertina) et quelques autres (Volodine, Perec, etc.). Cartouches éclectiques sur simple click. Apparitions/disparitions. Evénements. Surfaces. Evasion optique. Digression. Echos. Bon voyage.

lundi 28 avril 2008

Face à Pynchon



"Un hurlement traverse le ciel; Face à Pynchon": tel est le titre du prochain volume de la collection Lot49. En effet, à l'occasion de la parution, en septembre, du nouveau roman de Thomas Pynchon, Face au Jour (Against the Day, pour les pynchonoïdes), le labo Lot49, en co-édition avec la revue Inculte, a décidé de "marquer le jour" et de visiter le continent pynchonien. Jusqu'à ce jour, si je puis dire, il n'existait, en langue française, rien sur l'œuvre de l'auteur de V., hormis le livre d'Anne Battesti, publié dans la défunte collection "Voix Américaines" dirigée un temps chez Belin par le maître d'armes de la littérature américaine contemporaine, j'ai nommé Marc Chénetier (qui est par ailleurs en train de traduire, pour le même Lot49, Cartesian Sonatas de William Gass avant de s'attaquer à Darconville's Cat, d'Alexander Theroux). Avec Jérôme "Poker" Schmidt, Arno "Scarface" Bertina et Mathieu "Boston" Larnaudie, nous avons donc décidé de sonder la galaxie Pynchon, ici et ailleurs. Pour cela, les Incultes que nous sommes avons contacté quelques écrivains, critiques, artistes, américains, français ou autre, afin de faire le point (du jour?) sur le phénomène Pynchon. Le credo de ce volume? C'est simple:
L’homme qui s’effaça rapidement
Il y a, bien sûr, un mystère Pynchon. Quasiment aucune photo, aucun entretien, pas la moindre apparition publique. Bref, le lot des trois quarts de l’humanité. Le quotidien d’une vie que le talent transforme, par sa seule magie, en destin plus qu’underground. Qu’a-t-il donc cherché à effacer, celui qui, en sept livres (mais un seul aurait suffi), s’est imposé comme l’écrivain américain le plus fabuleux depuis Melville ? Un visage ? Un regard ? La promesse redoutée d’un vieillissement ? Ou, plus simplement, la crispation en une identité dépourvue de fondements, et dont l’écriture cherche avant tout à se débarrasser ? La disparition du corps de l’auteur est un pied-de-nez à notre époque avide de photogénies, elle semble donner raison à cette mort de l’auteur qu’annonça le philosophe Michel Foucault.
Pynchon n’a pas fui le succès, que lui apporta très tôt la parution de V. Il a fui le sournois petit agent du F.B.I. qui piaille au fond de chacun d’entre nous. « Fichez-moi la paix, ne me fichez pas » : telle pourrait être sa devise. Quand vous irez à New York, dans la rue, sur un banc de Central Park, ou bien accoudé au comptoir d’un bar appelé à disparaître, dites-vous : Il est peut-être là. En train de lire le journal ou d’observer un écureuil. D’écrire. L’omniprésence possible comme verso, et gage, de l’absolue invisibilité ?
Il était une fois un écrivain qui trouva suffisamment de lumière dans l’ombre pour s’installer dans le plus pur des contre-jour.


« Un hurlement traverse le ciel » : ainsi commence L’Arc en ciel de la Gravité, paru en 1973. La phrase renvoyait au bruit produit – légué ? – par les V2 quand ils approchaient de Londres. Un bruit, mais aussi une trajectoire, un arc, dont l’ascension semble défier la gravité en même temps qu’elle épouse la courbure de la terre – double mouvement, libération et mimesis, délire et naturalisme, création et destruction, sensible de L’homme qui apprenait lentement à Mason & Dixon. « Face à Pynchon » : parce que, quarante-cinq ans après la parution de V., alors que paraît en traduction française son dernier roman Face au Jour, il était temps d’interroger ses contemporains, d’ausculter un peu « l’effet Pynchon ». Il n’existait à présent aucun ouvrage collectif en langue française sur ce continent déraisonnable et jubilatoire qu’est l’œuvre de Thomas Pynchon. A plusieurs, nous avons voulu revenir sur les romans et les motifs qui les irriguent, ainsi que sur cet auteur jusqu’ici sans biographe – pour cela, nous avons convoqué divers écrivains, artistes, critiques, français ou étrangers, tous hantés et passionnés par celui qui écrivait, toujours dans L’arc en ciel, : « You may never get to touch the Master, but you can tickle his creatures. ». Vous ne toucherez peut-être jamais le Maître, mais vous pouvez chatouiller ses créatures…

Ont répondu à l'appel de ce feu nourri, des plumes qu'on espère trempées dans un bel acide critique et (of course) jubilatoire:

• Percival Everett
• Joanna Scott
• Brice Matthieussent
• Tom Robbins
• Steve Erickson
• Richard Powers
• Laird Hunt
• Tomaso Pincio
• The Residents
• Oliver Rohe
• Arno Bertina
• Brian Evenson
• Rick Moody
• Mathias Enard
• Jacques Barbéri
• Stéphane Legrand
• Pierre-Yves Pétillon
• Bastien Gallet & Olivier Lamm
• Mathieu Larnaudie
• Michael Moorcock
• Tom Leclair
• Pierre Senges
• Luc Sante
• Avec des illustrations de Carles Burns, Paul Horschenmeier, Zack Smith

et quelques autres intervenants encore sous réserve, qui, on l'espère, tiendront leurs promesses et les délais. Enfin, en bonus: Aucun inédit de Pynchon, aucune photo de Pynchon, et ce conformément à la volonté de l'auteur dont nous avons à cœur d'explorer l'œuvre. Parce que nous avons voulu ébaucher un contrejour à l'aventure pynchonienne, et non paparazzier ce qui gagne en ombre.

Evidemment, votre esclave soumis "Madman Claro" s'est fendu d'un article sur les rapports entre Pynchon et la musique ("Pynchon Pop"); d'un texte-chantier sur Face au Jour ("Le Spath, l'Espace"). Sera également repris l'intégralité des mes balbutiantes notes sur la traduction de Face au Jour, précédemment publiées par Antonio Werli sous le titre de Vers la Grâce. Il y aura aussi une biographie, soigneusement étayée par P.-Y. Pétillon, ainsi qu'une bibliographie fureteuse.





vendredi 18 avril 2008

Emergeant alors des brumes inédites…

Alas, Poor Richard!

Richard Millet nous ferait presque oublier Houellebecq. Qui nous fera oublier Millet? Une fenêtre ouverte devrait suffire, on l'espère, pour dissiper ce concepteur de relents. Millet: « La guerre étant inhérente à l’humanité, la plupart des pensées modernes sont donc des pensées féminines, ou féminisées : elles tendent à en nier le rôle, à l’empêcher, à émasculer le principe mâle, à refuser la condition de l’autre comme ennemi.» Bon, on n'avait pas trop remarqué que les guerres étaient passées de mode. Les carabosses castratrices contre les chevaliers de l'ombre, fallait oser. Ne revenons pas sur les envolées du Père Richard concernant l'Afrique, le métro, les odeurs – Chirac est indépassable, de ce côté-là, on s'en souvient. Bah. Visiblement, RMystique, n'ayant pas réussi à s'attirer les louanges de ceux qu'il méprise, brigue les sarcasmes de ceux qui le méprisent. Et de revêtir des postures comme d'autres des moumouttes. Et vas-y que je me drape dans l'opprobre, que je fasse trois tours d'ivoire et puis m'en vais. Pfiou! Hyper impressionnant. Le monopole du martyr n'est plus à prendre, dites donc. Soit. Rappelons que le mépris est une chose trop précieuse pour qu'on le dilapide sans discernement. Un entartreur serait plus à même de remettre Guignoll dans sa malle. Laissons les porcs enterrer les porcs, et qu'on n'en parle plus.