jeudi 25 octobre 2018

Le Grand Bain, ou un certain malaise

Outre le fait que Le Grand Bain de Gilles Lellouche pêche par sa lumière épouvantable, son cadrage approximatif et son scénario à tiroirs qui coincent, sans parler de son final artificiel, on peut s'interroger sur un point du casting. En effet, à côté d'une brochette d'acteurs connus figure un acteur totalement inconnu: Balasingham Tamilchelvan – dont Allo Ciné nous indique qu'il est de nationalité "indéfinie", sans préciser aucun film à son actif, mais dont le nom peut laisser supposer qu'il est d'origine tamoul. Dans le film de Lellouche, son rôle est réduit à la portion congrue – sa seule prestation consiste en gros à s'exprimer dans sa langue – deux ou trois répliques, que ses compagnons semblent bizarrement comprendre (c'est drôle la première fois, puis, comique de répétition oblige, c'est censé l'être les autres fois). Tous les membres de la petite bande ont droit à son mini biopic (femme, enfant, boulot, causes de la dépression), tous interagissent les uns avec les autres (ils s'écoutent, s'entraident…) – sauf le personnage d'Avashim, qui n'est là que pour son physique enveloppé et ses phrases incompréhensibles – une seule de ses répliques, bizarrement, sera traduite par un sous-titre. D'où un malaise certain…

Quel sens donner à ce rôle ratatiné à trois fois rien, réduit à quelque propos en langue étrangère, propos qui ne rencontrent les trois quarts du temps que l'agacement des autres (genre; tu nous fais chier) ? Pourquoi ce parti pris? L'effet comique visé demeure douteux – on devrait rire d'un Tamoul s'exprimant dans sa langue + du fait que les autres semblent le comprendre. Mouais. Mais cela demande alors de rire dans le même temps du fait que son rôle n'existe pas, en comparaison des boulevards boulevardiers taillés aux autres acteurs (plus ou moins larges en fonction de leur côte et leur capacité à cabotiner…). On est donc censé se concentrer sur les petites dépressions de ces quelques Blancs sur la sellette, et ne jamais se préoccuper d'un personnage dont on ne sait rien, qui n'est jamais réellement filmé (aucun plan signifiant de son visage, comme s'il n'avait pas lieu d'être, et rien à jouer hormis son "étrangeté"). Un simple faire-valoir ? Une résurgence du "Noir rigolo" dont abonde le cinéma américain (et français, aussi, sûrement)? La gêne est d'autant plus palpable qu'elle est niée par le scénario.

On aimerait ne pas avoir à aller aussi loin dans le décodage de cette potacherie tournée à la truelle, et pourtant, noyé dans la poussive fantaisie du film, le personnage d'Avashim semble nous faire signe depuis son inexistence filmée, comme pour nous dire: Que se passe-t-il? Pourquoi ne me laisse-t-on pas passer? Ce Grand Bain ne serait-il qu'un énième lessivage?

2 commentaires:

  1. Votre critique me semble manquer d'honnêteté dans la mesure où un autre personnage de la bande (joué par Alban Isanov) n'a pas droit, lui non plus, à son "mini biopic".
    Par ailleurs, l'un des personnages répond à la première réplique d'Avashim par:"C'est gentil", bien loin de l'agacement que vous indiquez...

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    1. Ça n'annule pas pour autant le fait quil est totalement eclipsé et défini par son origine uniquement. Le personnage d'Alban parle français, l'autre est traduit une seule fois.certes l'article ici omet ces points mais je pense que c'est vous qui manquez d'honnêteté en cherchant des arguments a ce role, disons le, raciste

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