"Tu peux écrire sans Internet ?" Drôle de question à poser à un écrivain, mais qui à elle seule résume assez bien la conception que certains se font de l'écriture. On aurait pu demander: "Tu peux écrire sans électricité?", qu'on ne serait guère allé plus loin dans la marelle de l'interrogation. Cela dit, tout dépend de la personne à qui on pose cette question. Car quand les Inrocks sollicite les lumières d'Aurélien Bellanger, auteur de La Théorie de l'information (SNCF, 2012), la réponse est aussitôt à la hauteur:
"Non, j’en suis quasiment incapable. J’ai absolument besoin de faire du fact-checking en permanence. Au final, 50% de mon inspiration provient du hasard des recherches Google. Quand je travaille, j’ai vraiment accès à Google comme au troisième hémisphère de mon cerveau pour reprendre le slogan de l’un de ses fondateurs."
Certes, qui dit troisième hémisphère présuppose, même au mépris de l'étymologie, deux autres hémisphères, mais bon, on sait désormais ce qu'il en est de cette fameuse "inspiration". Verra-t-on un jour les écrivains se répartir en "trois" hémistiches? Ceux d'inspiration Google, ceux d'inspiration Yahoo et ceux d'inspiration… d'inspiration… euh… Zut j'ai oublié le nom de ce troisième moteur de recherche. Pas grave, je vais aller faire un peu de fact-checking, il paraît que c'est bon pour les neurones. "Niveau télématique, j’ai le niveau d’un enfant de CP", nous dit aussi le généreux Bellanger. Niveau télématique seulement?