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jeudi 28 mai 2015

Soral, la noyade, l'Eurovision et la carpe farcie

Si je vous disais tout à trac que j'aimerais, si j'en avais les moyens, rassembler les citoyens qui font de la nation le cadre déterminant de l’action politique et de la politique sociale un fondement de la Fraternité, composante essentielle de l’unité nationale, et que, tant qu'à faire, j'irais jusqu'à me réclamer de la gauche du travail et de la droite des valeurs contre le système composé de la gauche bobo-libertaire et de la droite libérale, arrah arrah arreuh— eh bien, je pense (j'espère…) que vous réagiriez très sainement en vous disant: C'est pas un mauvais bougre, mais parfois son humour m'échappe, et là j'avoue ne pas trop piger où il veut en venir.

Et vous auriez raison. Oui, vous auriez raison puisque les débris de phrase "rassembler les citoyens qui font de la nation le cadre déterminant de l’action politique et de la politique sociale un fondement de la Fraternité, composante essentielle de l’unité nationale" et "[se] réclamer de la gauche du travail et de la droite des valeurs contre le système composé de la gauche bobo-libertaire et de la droite libérale" proviennent du site "Egalité réconciliation", fondé par Alain Soral, site qui a décidé de ne plus valider les commentaires "ne respectant pas de manière stricte" sa "charte", "eu égard au climat délétère actuel" [lol] – une charte qui pince désormais le nez devant son fondement comme un doigt dans le cul qui estimerait que "anus" est juste un mot latin et par conséquent étranger.
"Aucun message à caractère raciste ou contrevenant à la loi;
Aucun appel à la violence ou à la haine, ni d'insultes;
Commentaire rédigé en bon français et sans fautes d'orthographe."
Parce que hein, bon, les procès ça coûte cher, et les soutiens écrits en analphabétique c'est un peu gênant. Mais pourquoi je vous parle d'Alain Soral un jeudi – mon jour préféré de la semaine ! – , Soral qui n'est bien sûr ni antisémite ni fasciste, comme Dieudonné lui non plus ? Ah oui. C'est parce que sa sœur, la comédienne Agnès Soral, qui a écrit il y a peu un livre sur le petit Alain, vient de déclarer récemment sur France Info que son frangin avait essayé de la noyer dans sa baignoire. Archimerde.

Je ne sais pas trop quoi en penser, sinon que c'est sûrement le genre d'info hyper gênante quand on essaie, comme Soral, d'être un penseur martyr. Ça vous ramène au niveau de la bulle rance. Ça vous fait pas trop mousser. Et puis il y a cette déclaration d'Agnès Soral, comme quoi l'antisémitisme de son frère serait une "posture". Trop mignon. Genre: non mais en fait Adolf il faisait encore pipi au lit à douze ans. Mais bon, n'oublions pas que Soral c'est quand même le genre de mec capable de se relever à 2h33 du matin pour décréter sur les réseaux sociaux, peu après une cérémonie consacrée à des Résistants, que
"Le Panthéon c'est à peu près la même merde que l'Eurovision !"
Je crois qu'il est temps de recopier ces mots de Sartre, extraits de ses Réflexions sur la question juive:
"Tout antisémite est donc, dans une mesure variable, l'ennemi des pouvoirs réguliers, il veut être le membre discipliné d'un groupe indiscipliné; il adore l'ordre, mais l'ordre social. On pourrait dire qu'il veut provoquer le désordre politique pour restaurer l'ordre social, et l'ordre social lui apparaît sous les traits d'une société égalitaire et primitive de juxtaposition, à température élevée, d'où les Juifs seront exclus."
Là-dessus, je retourne écouter ABBA en préparant ma carpe farcie.

vendredi 7 février 2014

Maître Bilger et la parole "libérée"

Quand un magistrat fait part de ses engouements littéraires, comme c'est le cas de Philippe Bilger pour la romancière Françoise Bourdin, ce n'est pas pour parler style, mais pour instruire un procès. D'abord celui de la presse littéraire, celle du Monde en particulier, à qui il reproche un certain mépris pour la littérature populaire (rappelons que F. Bourdin vend à peine moins que Musso et Levy…). Que pourrait bien faire la pauvre Françoise pour avoir droit aux honneurs du Monde? Pas grand-chose, hélas, ainsi que le déplore maître Bilger:
"Même si Françoise Bourdin s'efforçait d'instiller de l'hermétisme et de glorifier l'homosexualité, cela, je le crains, ne suffirait pas."
Bon, là, on voit clairement que ce qui agace cet amoureux des lettres, ce n'est pas le désintérêt du Monde pour les best-sellers, mais leur prédilection pour… l'hermétisme et l'homosexualité. C'est beau, la subtilité, quand même. Ça évite d'être frontal, ça permet de ne pas dire: eh-oh, bande de pédés abscons. Mais tout le monde comprend le message. La litote agite ici sa fière dentelle pour mieux diffuser ses vents brenneux (aïe). Ça permet aussi de dire: non mais dites donc, je suis magistrat, je lis des livres, j'interviewe des humoristes, en plus j'ai le droit de sortir des trucs aussi énormes. Mais Bilger ne manie pas que la litote. Il excelle également dans la peinture de mœurs. On en prendra pour preuve ce portrait qu'il fait d'Alain Soral :
"Parcours contrasté, chaotique, apparentes fluctuations idéologiques mais sous-tendues par une approche jamais banale, toujours provocatrice, à contre-courant, une infinie répugnance à l'égard des poncifs même les plus utiles, les plus bienfaisants, une maîtrise du langage violent dans sa netteté et son art des formules […] un dissident campant sur sa singularité de foudre, d'humeur, d'agression et de discrimination, une nature."
Chaos, flux, passion, solitude, violence, foudre — nature! On pourrait croire qu'il parle de Nietzsche, mais en fait non, il parle bien d'un homme d'affaire franco-suisse et national-socialiste. Et une fois de plus, on retrouve l'imparable et brune rhétorique qui glorifie la singularité des trafiquants de fiel sous prétexte qu'ils ont du panache, voire des couilles. Ça a le mérite d'instiller du compréhensible et de glorifier la virilité. Mais Soral n'est-il pas antisémite? Oui-mais:
"Antisémite affiché, Soral fait preuve sur ce plan d'une déplorable pauvreté intellectuelle en même temps que d'une triste éthique quand il justifie sa position notamment par le fait qu'il était signifiant et révélateur que les Juifs avaient toujours été persécutés et qu'en quelque sorte leurs souffrances venaient d'eux."
Bon sang mais c'est bien sûr! Ce que Bilger reproche éventuellement à Soral, ce n'est pas d'être antisémite, mais de faire preuve de "pauvreté intellectuelle" dans la justification de sa "position" (oui, vous avez bien, lu, l'antisémitisme est une position). Ce qui n'empêche pas Soral de camper dans une "singularité de foudre". Là encore, on n'est pas franchement dans l'hermétisme. 
Bref, quand maître Bilger tient dans son bec un fromage, on n'est tout sauf alléché par son odeur. Et on se dit que, finalement, un des grands mérites du mariage pour tous sera d'avoir contraint les corbeaux à se tailler des plumes entre eux.