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samedi 28 octobre 2017

Les auteurs-artistes finalement entendus

On n'avait rien compris. On trouvait injuste cette hausse de la CSG qui allait diminuer notre pouvoir d'achat. Quand soudain, ça a fait tilt! Mais bien sûr! Le gouvernement, épris de culture, n'agissait pas à l'aveugle ni inconsidérément. Il cherchait à nous envoyer un message, confiant dans notre capacité à entendre l'inaudible, à voir l'invisible, à palper l'intangible. Oui, nous autres, auteurs-artistes, allons tirer profit de cette baisse de notre pouvoir d'achat! Qu'avons-nous besoin d'acquérir, de posséder, d'avoir, nous qui sommes entièrement voués à l'être? Moins nous pourrons acquérir, plus nous créerons. C'est d'une simplicité biblique. Après tout, nous ne sommes pas des acteurs sociaux, mais des saltimbanques marginaux. Pourtant, Dieu sait si on a essayé de s'intégrer, d'être bobo, de mettre un pied dans la mode ou la pub, d'écrire des scénarios, de devenir donneur d'opinions, de piger, de performer comme des pingouins, de réciter en publique façon cigale électrique. Mais le gouvernement nous connaît mieux que nous ne nous connaissons nous-mêmes. Il sait qu'en nous épargnant des allocations chômages il nous évite le triste destin du chômeur. Contribuez socialement et généralement à la baisse de votre pouvoir d'achat, nous dit-il, et vous en sortirez grandis!
    Merci, donc, Macron et consorts, de nous avoir remis à notre place, sur ce confortable strapontin en bout de rangée. Heureusement, on nous promet des compensations, des petits gestes. Une petite résidence par ci, un petit prix littéraire par là. Francfort nous fête, la médiathèque de Poulignac-les-Soublettes nous invite. Oui, à nous la reconnaissance, les lauriers, avec le thym, va, tout s'en va. Qui sait? Peut-être finirons-nous par convaincre notre épicier de nous filer des raviolis en échange d'un sonnet ou d'un chapitre, façon Picasso ? Un pouvoir d'achat? Pour quoi faire? Pour acheter du pouvoir? Pas notre genre.
    Alors pourquoi nous plaindre? Nous touchons quand même parfois jusqu'à deux mille euros pour un livre qui nous a pris deux ans de travail. Nous percevons dix pour cent sur les ventes d'un livre qui ne se vend pas et deux pour cent sur une traduction qui passe inaperçue. Nous cotisons pour une retraite somptueuse qui nous permettra enfin de travailler au noir. Non, franchement, tout ça est pour le mieux. On est même prêt à payer un ISF spécial – un impôt sur le sens de la farce. C'est pour dire.