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lundi 4 février 2013

Télélivre qui croyait vendre

Au journaliste de Ragemag qui lui demande ce que lui inspire la médiocrité des best-sellers, Eric Chevillard répond:
"La vraie question est de savoir si, comme certains le prétendent, ces non-livres ou, osons le néologisme, ces télélivres peuvent conduire leur public à la littérature. Je suis très dubitatif quant à moi, sachant que ce public réclame de ses auteurs de prédilection une prise en charge émotionnelle, un soutien psychologique, les petits soins dont s’entourent les très vieilles et très fragiles personnes un peu diminuées par l’âge et la maladie, un confort en somme que nous sommes en droit d’attendre et même d’exiger d’un matelassier mais pas d’un écrivain… La littérature est revêche, importune, outrecuidante. Ce ne sont pas des qualités bien reluisantes, mais ce sont les siennes. Il faut accepter en tout cas cet abord difficile, débrouiller en soi le fil de l’illisibilité parfois, et alors s’ouvre un monde de délices… amandes douces, lait d’ânesse, fontaines de miel…"
Après le concept, délicieux et fort utile, de "littérature pavillonnaire" que Chevillard avait mis au point pour traiter des tartineries de Foenkinos, voici donc le concept, non moins pertinent, de télélivres. Une alliance entre deux termes qui feraient mieux de s'éviter dans l'intérêt des uns comme des autres (la télé ridiculisant le livre, et le livre cherchant vainement à anagrammer écran en encre).. Le télélivre, ultime avatar du roman bobobourgeois, rendu crypto-cathodique par la seule prétention à la diffusion. Oui, un livre se rêvant déja diffusé, un livre diffusable, volage et volatile, parce que susceptible de passer par une myriades d'orifices plus ou moins aseptisés, en vue d'une immense et pathétique vaporisation. Après les télélivres que stigmatise Chevillard, on se permettra donc de rallonger la liste, et de parler d'aérolivres. De livres d'ambiance ou d'appartement. De diet-livres. Et, pourquoi pas, de soft-livres. Mais surtout, on notera le parallèle éloquent que fait l'auteur de Mourir m'enrhume entre l'accompagnement aux personnes en fin de vie et la production de romans reposant essentiellement sur l'assistance respiratoire (des livres qui vous pompent l'air dont pourtant vous manquiez…). Certains écrivains sont malins: ils parlent à leurs lecteurs comme à leur mémé, sans doute pour être sûr que ces derniers les couchent sur la table de nuit de leur (soi-disant) testamentaire naïveté. Ils ont peut-être tort d'imaginer leurs lecteurs en mal d'euthanasie…
Comment qualifier, dès lors, ces livres qui ressortent d'une littérature "revêche", "importune", "outrecuidante"? Fort heureusement, on n'est pas obligés d'inventer le terme. Et c'est là sûrement que se niche le gemme de l'outrecuidance, dans ce désintérêt pour le label et cette aptitude à faire la bête.