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mardi 19 février 2019

Rencontre avec Jason Hrivnak

Mercredi 20 février, à 19h30, nous vous proposons de venir écouter et rencontrer Jason Hrivnak, auteur du Chant de la mutilation, son deuxième roman publié par les éditions de l'Ogre. La rencontre, où je l'espère vous rassure aucun lecteur ne sera blessé, aura lieu à la Librairie Charybde, 129 rue de Charenton, 75012 Paris.

Ayant eu la chance de traduire ce livre éminemment démoniaque, possiblement paranoïaque et très étrangement salutaire, je me permettrai d'être présent si mon train ne déraille pas (mais même amputé je viendrai, promis).

Pour vous donner envie de ne pas rester chez vous ce soir-là, voici ce que dit l'auteur de son livre:

"Ce n’est pas une fiction « classique », encore une fois, mais c’est complètement différent de La Maison des Épreuves. La question, la peur, qui me taraudait en écrivant ce livre était : comment une toute petite chose peut nous appâter, peut suffire à nous motiver pour vivre un jour de plus, et à quel point cette chose peut être petite. Est-ce que je marcherai sur du verre pilé pour une minuscule miette d’espoir, de chaleur ? Bien sûr, la réponse implicite à toutes ces questions est oui. Peu importe à quel point cette chose est petite, peu importent les obstacles qui barrent la route, vous allez essayer de l’obtenir quoi qu’il arrive. Alors ce livre est une sorte d’exercice : à quel point ce qui permet au personnage de survivre peut-il être minuscule ?"

Et puisque vous êtes du genre curieux, voici un extrait:

"Il n’avait pas encore pleuré, ce que je remarquai avec une certaine consternation, car il me semblait avoir réussi à le briser la veille, quelques minutes seulement après son réveil, le maintenant le temps qu’il me plaisait dans un état de désolation sanglotante. Je fermai les yeux et m’imaginai dominant les corps brisés de toutes les recrues que j’avais assassinées au fil des ans : les cadavres s’empilaient presque jusqu’à la taille autour de moi et, enfoui sous eux, un tiède filet de décomposition coulait comme de la soie sur mes pieds. Je tirai de la force de cette image et de l’idée que son corps rejoindrait bientôt cette cohorte, un nouveau débris sans valeur balancé sur le monticule moisi. Quand j’ouvris les yeux, la vision de ce carnage flotta un instant devant moi telle une brume musculeuse et à travers sa substance qui se dissipait, je le regardai grimper les marches menant à la surface du pont. Comme il franchissait la travée dans la pénombre du dépôt, je sentis une brève et délicieuse tension pareille à ce frisson qui précède le massacre, et une fois que l’obscurité l’eut complètement absorbé, je souris et inspirai profondément l’air pollué, car il se trouvait désormais sur mes terres. Je savais que si je lâchais sur lui les maux qui dansaient alors dans mon imagination, il ne durerait que quelques mois, six au plus, mais je trouvais néanmoins délicieuse la perspective de son imminente destruction. Appelez ça une mesure de mes propres obsessions, ma soumission à un idéal ténébreux. Si on me laissait faire, je purifierais ce programme de tout rythme, de toute modération et de toute périodicité et, au lieu de ça, soumettrais chaque recrue à un flot incessant d’horreurs. J’inventerais une offensive d’une éblouissante férocité – mieux vaut laisser les légions se tarir que d’admettre ne serait-ce qu’un candidat portant la souillure du banal – et les exterminerais toutes."






lundi 4 février 2019

Déformation confessionnelle: les démons d'Hrivnak


Il existait le bildungsroman, le roman de formation, illustré par Dickens, Fielding, mais aussi Flaubert, et Vallès, pour n’en citer que les plus fondateurs et novateurs. Jason Hrivnak aurait-il inventé un autre genre : le roman de déformation ? C’est ce qu’on vous invite à découvrir ce mois-ci avec la parution du Chant de la mutilation, de Jason Hrivnak, aux éditions de l’Ogre, quelques années après le troublant La maison des épreuves, paru chez le même éditeur.

Le chant de la mutilation : un démon s’empare d’un humain et entreprend de lui inculquer la déréliction afin que, délivré des tares humaines – compassion, tendresse, naïveté… – il puisse rejoindre les légions démoniaques et se livrer au mal avec une froide passion. Mais peut-être le narrateur n’est-il qu’un double schizophrénique de la jeune recrue ? Un double qui s’efforcerait de justifier le renoncement à l’humanité par tout un système philosophique digne du marquis de Sade, hors toute moralité. Le personnage principal sombre peu à peu dans une errance nocturne, peuplée de cauchemars, de rencontres avortées et de pensées délétères. Aspire-t-il vraiment à se soustraire à la lumière de l’existence ? Est-il la victime d’une entité maléfique ou est-ce juste sa folie qui l’a convaincu qu’il était manipulé ?

Pour l'écrivain Brian Evenson, auteur par ailleurs de La confrérie des mutilés (Lot 49, trad Françoise Smith),
"Fruit imaginaire des amours occultes de Georges Bataille et David Lynch, Le Chant de la mutilation de Jason Hrivnak est une méditation troublante et surréaliste sur les démons qui nous hantent et sur la nature du mal." 

Extrait:

« Il n’avait pas encore pleuré, ce que je remarquai avec une certaine consternation, car il me semblait avoir réussi à le briser la veille, quelques minutes seulement après son réveil, le maintenant le temps qu’il me plaisait dans un état de désolation sanglotante. Je fermai les yeux et m’imaginai dominant les corps brisés de toutes les recrues que j’avais assassinées au fil des ans : les cadavres s’empilaient presque jusqu’à la taille autour de moi et, enfoui sous eux, un tiède filet de décomposition coulait comme de la soie sur mes pieds. Je tirai de la force de cette image et de l’idée que son corps rejoindrait bientôt cette cohorte, un nouveau débris sans valeur balancé sur le monticule moisi. Quand j’ouvris les yeux, la vision de ce carnage flotta un instant devant moi telle une brume musculeuse et à travers sa substance qui se dissipait, je le regardai grimper les marches menant à la surface du pont. Comme il franchissait la travée dans la pénombre du dépôt, je sentis une brève et délicieuse tension pareille à ce frisson qui précède le massacre, et une fois que l’obscurité l’eut complètement absorbé, je souris et inspirai profondément l’air pollué, car il se trouvait désormais sur mes terres. »

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Jason Hrivnak, Le Chant de de la mutilation, traduit de l'anglais (Canada) par Claro, éditions de l'Ogre


mardi 10 janvier 2017

Dernier stratagème avant la fin du monde

                             

                             Jeudi 12 janvier, à 20h

La librairie Le Comptoir des Mots
(239 rue des Pyrénées 75020 Paris)

vous convient à une rencontre

avec Jason Hrivnak et Claro (son traducteur)

à l'occasion de la parution de

La Maison des épreuves
(éditions de l'Ogre)




« Ce livre a juste besoin d’une sorte de bandeau – dans les librairies, dans l’espace virtuel, n’importe où – indiquant ce qu’il a l’intention de faire : Je veux extirper de tes pires cauchemars quelque chose qui y est tapi et ne pourra plus jamais y être renfermé. » — Jason Hrivnak

« Première règle de La Maison des Épreuves : tout le monde parle de La Maison des Épreuves. Hrivnak écrit comme un ange déjanté et signe un premier roman aussi addictif qu’ahurissant. » — Lynn Crosbie


mardi 22 novembre 2016

Pas les mains vides

Avec votre permission (et même sans), je vais suspendre quelques semaines l'écriture de ce blog et me retirer (dans l'est, puis dans le sud, puis dans l'est, puis à Lisbonne…) afin de finir la traduction du Jérusalem d'Alan Moore (et perfectionner ma maîtrise des terrines). Mais je ne reviendrai pas les mains vides, foi de cannibale. Voici quelques informations concernant quatre ouvrages à paraître en janvier 2017, si tout se passe bien :



• Hors du charnier natal, mon dernier livre, aux éditons Inculte (le 4 janvier)


"Ayant décidé d’écrire la biographie romancée d’un anthropologue russe – un certain Nikolaï Mikloukho-Maklaï (1846-1888) –, l’auteur retrace le parcours de cet aventurier qui s’exila volontairement en Nouvelle-Guinée et finit par faire l’objet d’un culte étrange. Mais ce qui aurait pu donner lieu à un « petit bijou ciselé » prend vite avec Claro une autre tournure. L’entreprise littéraire vacille sous les heurts d’une voix soudain plus personnelle. S’engageant dans le récit comme si c’était une partie de roulette russe, Claro lâche le mort pour le vif et retourne sans vergogne l’auto-fiction contre elle-même."


Ciment, la structure est pourrie, camarade, une BD cosignée par Viken Berberian et Yann Kebbi, aux éditions Actes Sud (trad. Claro):

Au cœur de la capitale arménienne et de cette révolution architecturale, Yann Kebbi, et l'énergie monumentale de son trait, associé à l'humour absurde de l'écrivain Viken Berberian, dessine un portrait grotesque et terriblement réaliste de notre monde. — “Il faut tout reconstruire, terminés les vieux immeubles historiques, place au renouveau !”



• Animal Machine, d'Eleni Sikelianos, éd. Actes Sud (trad Claro)

Avec Animal Machine, Eleni Sikelianos rend hommage à Melena, sa défunte grand-mère, dans un texte saisissant à la frontière des genres, et raconte l’expérience poétique d’une femme qui a vécu aux marges de la société américaine. Richement illustré, ces mémoires sauvés du désert continuent de tisser le travail mnésique et poétique entrepris l'auteure avec son précédent opus traduit, Le Livre de Jon.





• La Maison des épreuves, de Jason Hrivnak, éd. de l'Ogre, (trad Claro)


Après le suicide de son amie d’enfance, un homme entreprend de poursuivre le carnet dans lequel ils avaient ensemble construit un monde imaginaire et terrible. À la fois lettre d’amour, tentative de rédemption et manuel de survie à nos pulsions autodestructrices, La Maison des Épreuves est un rêve fiévreux à ranger aux côtés de La  Foire aux atrocités de J. G. Ballard et de La Maison des feuilles de Mark Z. Danielewski. 























**** BONUS !!!! ******




Salam says hello


vendredi 10 juin 2016

Le dit des carcasses: Quentin Leclerc en langue vive

L’apocalypse, ou plus précisément le post-apocalyptique, semble devenue un topos récurrent dans le roman contemporain. Issue entre autre de la science-fiction, cette veine permet à la fois de mêler critique sociale, descriptions crues et récits de la survie. Mais souvent le Robinson Crusoé post-Tchernobyl ressemble à un néo Mad Max échappé d’une parodie de La Route de Cormac McCarthy, et l’écriture de ces textes ne semble pas innervée en profondeur par l’ampleur du désastre qu’ils décrivent. Hors de rares textes limites comme Tombeau pour cinq cent mille soldats, de Pierre Guyotat, ou Enig Marcheur, de Russel Hoban, les romans qui s’attachent à raconter l’après sont écrits au mieux dans un style flou, incisé d’ellipses éloquentes, qui jouent si l’on veut le rôle de failles ou de cratères dans une narration plus éprise de cahots que de chaos. D’où la force indéniable du premier roman de Quentin Leclerc, Saccage, qui pousse loin le curseur de la décomposition – sociale, urbaine, militaire, langagière, etc. – sans jamais s’embourber dans l’inutile suspense ou la fastidieuse rédemption.

Comment décrire la déréliction, dans sa différence et sa répétition, ses hiérarchies et ses failles ? Le projet est aussi périlleux qu’ambitieux, mais Quentin Leclerc parvient à orchestrer les différentes partitions du désastre sans perdre de vue l’instance la plus menacée, à savoir la langue. Car ici, dans ce monde écharpé où sévit la milice, un contrat a été passé avec les survivants, les « bêtes », et il revient aux « carcasses » de léguer, en testaments de feu, la mémoire du chaos. Cagoulées et cloîtrées, les « carcasses » permettent de transmettre in extremis des prophéties dont se repaissent les industriels. Dite ainsi, la chose peut sembler fantasque, mais sous la plume de Leclerc, la fantasmagorie du cauchemar peut basculer à tout moment – affaire de perspective – dans un inquiétant réalisme. Maîtres et esclaves se livrent ici à d’ultimes affrontements, de fatales compromissions. Personne n’en réchappera, car la survie n’est plus qu’une variante de la chance. 

Tour à tour prendront la paroles des êtres de l’extrême dénuement : carcasse, civil, voyageur, prisonnière, déserteur, enfant-singe, etc. Le carrousel de l’extermination n’en finit pas de tourner, mais le livre, lui, tire de cette fatale rotation de puissantes frictions, comme s’il sentait que son sujet, ou plutôt sa ligne de fuite, en dépit de la noirceur ici envahissante, reste cette improbable notion : l’increvable. Quelque chose résiste, mieux que les résistants du récit, quelque chose qui à chaque phrase refuse de lâcher le morceau – et qu’on peut sentir de façon exemplaire dans le passage suivant :
« En écrivant on expie la cohue à l’intérieur de nous. Sans l’écriture ça passe par nos bouches, force la bouche après la gorge, et se déverse dans la sauvagerie. C’est l’écriture qui nous sauve d’être toutes là à convulser sur le sol, à expulser ce trop-plein comme on peut sur les murs, avec notre sang, notre salive, possédées par les flots de paroles d’inconnus cachés dans les recoins oubliés du pays. »
A l’heure de la grande concentration des camps, Saccage s’impose comme un chant suffisamment désespéré pour qu’on sente, au-delà des violences dont il se fait le greffier méthodique, la ligne claire d’un combat d’écriture : celui contre l’extinction des voix.
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Quentin Leclerc, Saccage, Editions de l’Ogre, 16 €

lundi 9 mai 2016

L'Ogre à la Manœuvre


Les éditions de l'Ogre
s'invitent à la Manoeuvre



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Librairie- La Manoeuvre
Mercredi 11 mai à 19h00
58, rue de la Roquette (75011)








"A peine créée, la jeune maison d'édition a déjà sa place sur les étagères de la librairie. Osés, fantasmés, imaginés ou poétiques, les romans de l'Ogre sont un bol d'air dans l'édition française." (le libraire manœuvrier)

Soirée exceptionnelle avec les éditions de l'Ogre, en présence de leurs auteurs : Claro, Lucie Taieb, Maurice Mourier, Quentin Leclerc — et bien sûr leurs éditeurs, Benoit Laureau (sans accent circonflexe sur le i de Benoit, merci de votre compréhension) et Aurélien Blanchard (sans accent circonflexe non plus, mais là ça va sans dire). Toute personne qui repartira sans avoir acheté un livre de l'Ogre sera obligé de lire à voix haute trois pages du dernier Foenkinos. Alors réfléchissez bien avant de jouer les pingres.

On discutera (un peu), on lira (sans doute) et on festoirra (plus que certain).


Pour en savoir plus sur les éditions de l'Ogre, c'est ici.

Et déjà les prochains titres:







mardi 5 avril 2016

Comment rester immobile quand on est à Bobigny

Dans le cadre de la manifestation littéraire Hors Limites, je vous donne rendez-vous après-demain, si mes calculs sont bons et si vous lisez cette annonce demain, autrement dit mardi, parce que si vous la lisez mercredi alors ça sera forcément de l'autre demain dont il s'agira, le jeudi, bon bref, assez ergoté… je vous donne rendez-vous le  jeudi 7 avril          à             19h


à la Bibliothèque Elsa-Triolet 

(4, rue de l'Union – 01 48 95 20 56 / Accès Métro 5 station Bobigny-Pablo-Picasso
/ Tram T1 station Hôtel-de-Ville-de-Bobigny)

pour une lecture-musique de mon dernier livre


Comment rester immobile quand on est en feu

(éd. de l'Ogre)– 

avec Elsa Tauveron (vive voix)
& Olivier Mellano (magic guitare). 


A trois, nous nous lancerons dans "une entreprise de gai savoir, où l’abstrait donne des coups". Donc, oui, c'est mieux si vous venez. 


Renseignements: ici

mercredi 13 janvier 2016

Comment rester immobile quand on monte en l'air

Pour ceux et celles qui auraient raté notre bouillante prestation à Toulouse (à savoir presque huit milliards d'individus humains, d'après les chiffres de la police planétaire), il sera possible de rattraper le coup vendredi 15 janvier à 19h à la librairie le Monte-en-l'Air.

En effet, ce soir-là, l’occasion de la récente publication de mon anti-ode – Comment rester immobile quand on est en feu aux éditions de L’Ogre, – Olivier Mellano et moi-même vous proposerons une lecture musicale de ce texte. J'apporte mes cordes vocales, Olivier apporte sa guitare, le libraire fournit l'ampli, et l'éditeur offre les chips. Pour l'ambiance, on compte sur vous.

Mais de quoi diantre s'agit-il? vous demandez-vous, inquiet, et on vous comprend. Pourtant, c'est simple comme tout. Il suffit de méditer onze secondes ces vers de Claudel: « Que parles-tu de fondation ? la pierre seule n’est pas une fondation, la flamme aussi est une fondation, / la flamme dansante et boiteuse, la flamme biquante et claquante de sa double langue inégale ! » puis de les prendre comme une mesure musicale, une invitation à faire dialoguer entre elles deux aspirations en apparence contraires, l’une portée vers le temps de la grâce, l’autre attirée par le plancher des vaches. Deux régimes de langue, donc, l’une danse l’autre pas, mais toutes deux sont prêtes à en découdre. Voilà, maintenant oubliez Claudel et laissez rugir la guitare du barde Mellano.

Il s’agira vendredi d’en découdre, de découdre le langage, de faire craquer ses coutures. Comment rester immobile quand on est en feu est à la fois un questionnement – l’exercice est périlleux – et un mode d’emploi – essayons toujours… –, une entreprise de gai savoir, où l’abstrait donne des coups. C’est le langage qui parle ici, incarné dans deux voix prises entre deux feux, avec pour horizon tremblé le refus d’être dupe et la joie de résister..

Venez très beaucoup!

Le lieu: Librairie Galerie Le Monte-en-l’air
71, rue de Ménilmontant / 2, rue de la Mare
75020 Paris
Tél. : 01 40 33 04 54

L'heure: 19h

mardi 8 décembre 2015

Comment rester immobile en feu au fond des abattoirs



[Attention, ceci est une page culturelle à vocation auto-promotionnelle et ne saurait en aucun cas être assimilé à une publicité pour quelque chose d'utile qu'on jette au bout de trois jours ni pour une incitation à la prise de pouvoir collectif d'une idée usagée.]





Jeudi 10 décembre 2015 :
= Lecture-concert de =
Comment rester immobile quand on est en feu

Lieu: Médiathèque des Abattoirs, 76 allée Charles-de-Fitte, Toulouse

Lecture-concert de 19h à 20h30 - Entrée libre

Présentée en avant-première aux Abattoirs, une ode contemporaine de Claro portée par la musique tumultueuse d’Olivier Mellano:

Comment rester immobile quand on est en feu est un long chant poétique encore inédit, une "anti-ode" sur lequel Claro a travaillé longtemps. A l'occasion de la démo qui lui est consacrée, il a invité le compositeur Olivier Mellano à venir l'accompagner à la guitare pour une lecture musicale exceptionnelle de l’œuvre.
Claro est l’auteur d’une quinzaine de romans, et de nombreuses traductions de l’américain (Pynchon, Gass, Danielewski...) et membre du comité Inculte. Il vient de publier chez Actes Sud Crash-Test, .

Olivier Mellano a longtemps accompagné les grands noms de la nouvelle chanson française (Dominique A, Yann Tiersen, Miossec, etc.) avant de sortir en 2014 MellaNoisEscape, un premier album solo à la croisée de Shellac, Battles, Pinback et Blonde Redhead… 



Comment rester immobile quand on est en feu sortira le 7 janvier aux éditions de l'Ogre. D'autres rencontres sont prévues, dont nous vous parlerons après le passage du Père Noël dans le radiateur.

mardi 17 novembre 2015

Comment rester immobile quand on est en feu

J'aurai aujourd'hui entre les mains mon prochain livre, Comment rester immobile quand on est en feu, une "anti-ode" d'une centaine de pages qui paraîtra le 7 janvier aux éditions de l'Ogre. Oui, je sais, c'est dans longtemps, mais l'urgence elle aussi aime à prendre son temps. (Et comme ce titre résonne étrangement après ce qui vient de se passer…) Immobile, donc. Mais en feu.

C'est un texte commencé il y a six ans, hors les sentiers de la narration, pour tenter d'aller plus loin dans une langue que tout chahute et électrise, qui s'accroche à la voix mais renâcle au réel, et pense pourtant qu'est politique toute tentative pour écorcher les évidences que tisse la parole. En exergue, je cite ces vers de Claudel, extraits de la quatrième Grande Ode, La muse qui est la grâce:
« Que parles-tu de fondation ? la pierre seule n’est pas une fondation, la flamme aussi est une fondation, / la flamme dansante et boiteuse, la flamme biquante et claquante de sa double langue inégale ! »
Ces vers, prenons-les comme une mesure musicale, une invitation à faire dialoguer entre elles deux aspirations en apparence contraires, l’une portée vers le temps de la grâce, l’autre attirée par le plancher des vaches. Deux régimes de langue, donc, l’une danse l’autre pas, mais toutes deux sont prêtes à en découdre. Il s’agit donc ici, aussi, d’en découdre, de découdre le langage, de faire craquer ses coutures. Comment rester immobile quand on est en feu est à la fois un questionnement – l’exercice est périlleux – et un mode d’emploi – essayons toujours… –, une entreprise de gai savoir, où l’abstrait donne des coups. C’est le langage qui parle ici, incarné dans deux voix prises entre deux feux, avec pour horizon tremblé le refus d’être dupe et la joie de résister.


lundi 13 avril 2015

L'Escale de Bordeaux: Bilan et perspectives

Heureusement qu'on rentrait en train et non pas en avion de l'Escale du Livre à Bordeaux, car sinon on était bon pour un supplément bagages…
On en profite pour remercier tous ceux et toutes celles qui nous ont si bien reçu pendant ces trois jours. Spécial thanks & hellos donc à Rodolphe Urbs et sa fine équipe de La Mauvaise Réputation, à Claire, à Willem qui m'a permis de profiter des conseils de ses trois gardes du corps, à l'incompressible David Vincent, nouvel homme fort du Festin qui publiera bientôt les onze tomes des aventures de Pomponette Iconodoule, à ce libraire jovial et néanmoins palois venu m'informer qu'il avait vendu Dans la queue le venin à une sexologue-dentiste qui milite en défaveur du vagin denté (je cite de mémoire), aux ogres gentils Benoît Laureau et Aurélien Blanchard qui ont fait l'aller-retour Paris-Bordeaux dans la journée pour m'offrir une pièce de boucher, un rôle dans leur débat et une place dans leur cœur, à Charles-Henri d'Anacharsis qui m'a confondu avec un ballon de rugby, à Lilian qui voudrait ou pas une piscine, à Colette Olive qui m'a déjà fait miroiter le(s) prochain(s) Riboulet, à Lionel Destremeau qui a promis de m'inviter au prochain Lire en Poche si je m'achetais un GPS intégré, à toute l'équipe de l'Escale qui se décarcasse sans jamais se désincarner, aux lecteurs qui sont venus me dire qu'ils suivaient mon blog et du coup se ruinaient en livres, etc.

On a vu et apprécié pas mal de libraires (dont Le Muguet, qui vaut le détour), des auteurs (dont Christian Garcin qui refuse à juste titre de se prénommer  Jérôme), on a croisé deux géants – Will Self et son traducteur Hoepffner –, et subi les effets magiques d'une température de 28° sur une tente plastifié. On a passé un moment fort et concentré en compagnie de Colette Mazabrard avec ses beaux Monologues de la boue. Puis, oui, on est reparti avec pas mal de bouquins, dont voici une liste possiblement exhaustive…

Halbo Kool, Constantin Cavafy, la rue chérif pacha est ma nièce, éd. Marguerite Waknine
Jean-Luc Verna, Paramour, éd. Marguerite Waknine
Léon Bonneff, Aubervilliers, l'Arbre Vengeur
Virginie Poitrasson, Il faut toujours garder en tête une formule magique, éd. L'Attente
Juliette Mezenc, Elles en chambre, éd. L'Attente
Sandra Mousempès, Acrobaties dessinées & CD Beauty Sitcom, audio-poèmes, éd. L'Attente
(Message privé: Eh, Annocque, je nai pas acheté ton livre parce que je me suis dit que tu allais me l'envoyer, mais si tu ne comptes pas le faire, dis-le-moi, je l'achèterai.)
Yves Tenret, Funky Boy, médiapopéditions
Yves Tenret, Fourt, médiapooéditions
Bernard Noël, Le cerveau disponible, Les éditions libertaires
Bernard Plossu, Far out!, médiapopéditions
Roaxana Azimi, La folie de l'art brut, éd. Séguier
Frédéric Boyer, Quelle terreur en nous ne veut pas finir, POL
Christos Chryssopoulos, Terre de colère (trad. Anne-Laure Brisac), la contre-allée

Voilà, il est probable et même certain qu'on vous cause de tous ces ouvrages dans les semaines à venir si on trouve le temps de cerveau disponible pour les lire… (Et sinon je vous confirme que le mélange tramadol-malartic permet de se plonger épisodiquement dans un pur esprit Haight-Ashbury, mais n'en abusez pas quand même, hein.)

Allez, dos à l'œuvre (= back to work).
 

vendredi 10 avril 2015

Escale Bordeaux: du cul, de la boue, des ogres

L'Escale du Livre, c'est de vendredi à dimanche et c'est à Bordeaux. Il y aura Laurent Mauvignier, Lidia Jorge, Andreï Kourkov, Mona Ozouf, Will Self (oui), Lyonel Trouillot, Laurent Gaudé, Jean-Noël Orengo, Minh Tran Huy, Olivier Adam (qui aura peut-être sa carte…), etc. Pour ce qui est de Alain J'y Vais Juppé, on ne sait pas trop, mais bon, parfois un astéroïde tombe au bon endroit.

J'aime bien Bordeaux. C'est une couleur pas comme les autres.

Je participerai du coup à trois rencontres, porté par un enthousiasme dont je ne connais d'équivalent que dans le monde sub-aquatique, puisque l'écrivain est une murène qui s'ignore et un bigorneau qui se la coule douce. (Ne cherchez pas à comprendre, je suis sous tramadol, et parmi les effets indésirables figure la bonne volonté.) En voici le détail (des rencontres):

• Le samedi 11 à 16h, au Comptoir des Mots – rencontre intitulée "Regards croisés : Géographie intime", où on évoquera mon dernier livre, Dans la queue le venin (éd. l'Arbre Vengeur) et 029-Marie (éd. Anarchasis), de Franck Manuelen gros, on parlera du rapport inéluctable entre la pulsion sexuelle et la mise à mal du clavier, des formes diverses que peut adopter spontanément l'orgasme quand les partenaires idoines sont absents à eux-mêmes et que vagit, rubicond, et loin dans l'infini, la sirène moite du peut-être. Une fois de plus, bien sûr, je schématise.

• Le samedi 11, à 18h, au Salon Littéraire – rencontre avec Colette Mazabrard, auteur de Monologues de la boue (éd. Verdier), dont je vous ai déjà parlé. Il sera question de paysage, donc de traversée de la page. On lira. On verra si Rimbaud vient. La boue est sagesse, et silence, pas de panique.

• Le dimanche 12, à 15h, au Forum des Livres – rencontre autour des éditions de l'Ogre, avec Aurélien Blanchard et Benoît Laureau (dont je ne cesse de vous parler). Si vous n'avez toujours pas lu le livre de Max Blecher,  Aventures dans l'irréalité immédiate, je ne vous en veux pas, mais faites gaffe quand même. Un nouvel éditeur est une chose précieuse, voire sauvage. D'Ormesson en Pléiade, est-ce vraiment excitant? Non? Non. Ok, donc, foncez sur l'Ogre. Ici on échoue mieux, je crois.

Je serai également présent, mais de façon plus écliptique, pour ainsi dire infra-promotionnelle, sur le stand de la librairie La Mauvaise Réputation qui est tenue par des gens ayant tous au moins dix ans d'existence en enfer et au-delà. J'essaierai de les distraire en leur racontant des blagues pas drôles sur l'homme qui rentre dans un bar, ce poisson. Il fera dans les 20°, alors ne nous plaignons pas, car, rappelez-vous, à la même date, en 1958, on avait frôlé le zéro (j'ai vérifié, ho). Venez très beaucoup.

Ah, mon agent littéraire  – en gros, mon auriculaire – me dit que c'est le moment de lâcher un scud, pardon, un scoop. Alors voilà. J'ai rendu mon manuscrit, après deux ans et demi de saignée d'encre et de convulsions de papier. Le livre sortira fin août aux éditions Actes Sud. Il aura pour titre Crash-Test. Et oui, vous l'avez deviné: Au commencement était l'Accident…