jeudi 23 février 2017

Motocritique du charnier

"Le nouveau livre de Claro s'intitule Hors du charnier natal, mais à le lire on se dit qu'il aurait dû s'appeler Hors du chantier naval, tant les galères qu'il nous inflige sombrent l'une après l'autre dans la vase de l'indigeste. Sous prétexte de ne pas savoir trousser un roman, qu'il doit juger indigne de lui, l'auteur-traducteur s'évertue à dynamiter un sujet pourtant en or. En effet, avec le personnage assez légendaire de ce Russe anthropologue parti vivre au milieu des Papous, il aurait pu brosser un portrait détonnant du scientifique en exil, tâter de l'exotique errance qui nous transporte loin de nous, peindre la Russie de la fin XIXème, explorer les abysses du naturalisme, bref, rendre à la narration ses (belles-)lettres de roture. Au lieu de ça, le fantassin Claro piétine, macère, marine. Il se complaît dans la disjonction de son récit, nous inflige de vrais/faux souvenirs d'une adolescence ramboldienne (sic) pour mieux mettre en exergue de son projet la fameuse difficulté d'écrire. Ses parents, ses tantes, sa sœur, et même sa chatte! N'est pas Angot qui veut. 

S'autoparodiant, plus crispé que jamais dans ses tics et tacs littéraires, l'auteur s'embourbe dans une entreprise fastidieuse où il cherche à régler ses comptes avec ce qu'il appelle les PBJ ('petits bijoux ciselés'), ne réussissant au final qu'à mettre en scène sa rancœur de n'être pas assez lu. Il y a bien certains moments de bravoure, certaines envolées qui pourraient donner des ailes à qui veut fuir ses responsabilités, mais dans l'ensemble Claro piétine les mêmes sempiternelles platebandes que dans ses autres pensums. Confit de vanité, il se pose en champion du style, éructant à sa parnassienne façon (Hérédia, sors de là) un conte peu engageant où il cherche à jouer et l'ogre et le petit poucet.

Déjà, dans son précedent livre, Crash-test, il nous infligeait trois nouvelles au prix d'un roman, avec galimatias femen, torture alla Ballard et branlette seventies. Là, il s'enfonce dans une lie-térature douteuse dont le lecteur ne saurait sortir, heureusement, qu'indemne. L'auto-fiction, c'est bien, mais encore faut-il savoir (se) conduire. Si Claro sait faire une chose, ma foi, c'est bien aller dans le décor."

(critique parue dans La Revue du Critique, mars 2017)

7 commentaires:

  1. "Mais quand Claro s'arrêtera-t-il de nous infliger ses morceaux litteraires maso d'ado pré-pubère et post-gôchiste indigeste ? Jeanne, au secours !"

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  2. Moralité: on n'est jamais mieux desservi que par soi-même.

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  3. Bref, arrêtez d'écrire et produisez du lisible (cf Roth).

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  4. très fort, d'écrire une critique dans le même exact style que le livre... On en vient à souhaiter que la "revue du critique" se mette à exister, sorte de la page ou de l'écran — natals, forcement. Mais ne rampe pas hors du berceau qui peut.

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  5. "Demander à un écrivain ce qu'il pense des critiques est comme demander à un réverbère ce qu'il pense des chiens."

    (John Osborne)

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  6. Se faire haïr par les masculinistes, ça doit quand même procurer un paisir intense...

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  7. Bonjour Christophe, je n'ai pas apprécié ton dernier roman. Déjà il est sorti aux Inculte à un prix rédhibitoire pour des éditions sortant des livres d'obédience bourgeoise. Très bel incipit, comme d'habitude la la la, s'arrête à la première redondance, à la 22ème page, dont Les souffrances du jeune ver de terre souffrit également dans cette même zone paginale. Petit plaisir, comme une cueuiller de nutella? ou une gorgée de génepi. Le sentiment présent est : je t'"aime Claro, mais repose-toi un bel été à la verte (eau de nos jardins délicieux) et écris un si beau roman comme Tous les diamants du Ciel, ou traduis (tu es dans les secrets d'alcôve des éditeurs) un nouveau boss de la littérature tel Pynchon T., dont je suis pour le titre La vente à la criée du lot 49.
    Bien à toi, cher ami.
    Michael Dutertre
    post scriptum : Quand tu auras ou sera lâché par les saucissons sur pattes d'incultes, tu ne t'en sentirâsses que mieux.

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