mercredi 9 mars 2016

Opération respiration

Prendre du recul ça peut être s’écarter, faire un pas de côté, sur le bas-côté comme on dit, pour mieux voir ou pour au contraire se retourner, cueillir quelque chose, fermer les yeux, attendre que ça passe ; ou bien se replier, faire boule, afin que diminuent les frictions, au risque d’être bousculé ; ou bien encore s’arrêter, non pas tétanisé ni las, juste présent, tandis que les choses passées foncent vers leur impossible destination.

Un blog n’est ni un régiment en marche ni un cirque en panique. C’est un organisme, riche de chacune de ses cellules, qui parfois exécute les mêmes mouvements, mais différemment, pour mieux sentir l’espace, ce monstre. Il se nourrit des choses lues, vues, entendues, perçues, imaginées, il apprend à les digérer, apprend aussi que tout ne se digère pas, que certaines restent coincées, l’empêchent de respirer. Or il n’est tenu à rien, sinon à la respiration, qui elle tient du rythme, de la scansion. Où va-t-il ? Nulle part. Il est immobile à sa façon, têtu, tenace, tout entier travaillé par des voix qu’il tente d’entendre deux fois, la première dans leur surgissement, la seconde dans leurs échos.

Le Clavier Cannibale ne s’arrête pas, pas vraiment. Ni en vacance, ni en sursis, juste en quête de coulisse, de tunnels, de galeries à traverser. Moins présent donc moins intempestif, peut-être. De toute façon, tout persiste dans ses ramifications, il suffit de chercher, de s’y perdre, il est composé d’archives se rêvant sans cesse actuelles. Quand le sage est pressé, dit-on, il s’assoit. Comment rester en feu quand on est immobile : ce n’est décidément pas une question. Apprendre à vivre dans les plis : tout un programme. Tâter la doublure des choses, au cas où on aurait oublié quelque chose. Se méfier du tort et du travers. Entrer avant de frapper.

Le recul, c’est aussi la réaction de l’arme suite au tir effectué, histoire de vous rappeler qu’il n’y a pas que la cible de fragile. Tout reste à fourbir.


7 commentaires:

  1. Même si le CC cessait, il aura déjà beaucoup donné. Merci !

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  2. Le Clavier Cannibale, entre présence et absence, tir et recul, a été et reste un moteur pour son propre travail (aussi sur blog).
    Respiration.
    Claude

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  3. « Le Clavier » – comme nous sommes nombreux à l’appeler familièrement – m’accompagne depuis si longtemps, lui aussi, que je fus à peine étonné en me rendant compte que je savais ce qui allait arriver, le pourquoi de cet éloignement, de ce congé que tu dis provisoire et qu’on espère tel, de l’annonce de cette raréfaction qui me fait déjà sentir à quel point il me manquera – tant il est, pour moi comme pour tant d’autres, point de feu, bivouac où il n’y a pas de place pour les assis, miroir rarement terni des joies, des dégoûts, des admirations, des refus, des coups de coeur et de tête de leur « proprio » (et que si souvent je reconnus comme étant également miens), boussole surgissant, non pas pour montrer le chemin, mais pour aider chacun à trouver et suivre le sien, souvent escarpé, parfois semé d’embûches, mais parsemé de ces clairières où resplendissent les voix de ceux qui se battirent et copulèrent avec cette langue irréductible à ce qui n’est pas elle, mais sachant, en quelques instants de grâce, se plier à la mesure de leur démesure et de leur douleur…
    Et que dire de ceux (j’en fais partie) à qui l’âge ôta souvent l’envie et/ou le courage de plonger « au fond de l’Inconnu pour trouver du nouveau » et à qui « Le Clavier » ouvrit (à sa façon parfois rêche, bourrue, coupante même, mais sans désemparer) des horizons que son absence amoindrira sans nul doute...

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  4. Vous tombez donc à plat comme une poupée à qui on retire son bâton?

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  5. Cher Clavier,
    C'est vrai, comme il est dit ci-dessus, vous avez beaucoup donné... Je me suis même souvent demandé jusqu'à quand ça pouvait tenir à ce rythme, j'en étais (es)soufflée!
    Quoi de plus normal que ce besoin de respirer, de changer de mouvement.... Restez donc un peu assis. Nous, les lecteurs, continuerons de passer et de repasser...

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  6. il s'en va juste au moment où sort "Gone With The Mind" de Mark Leyner

    In prose that is equal parts Roth, Joyce, Scientific American and the Marx Brothers, Gone With The Mind delineates the deep soul and life story of man staring down the barrel of mortality-in the food court of a New Jersey mall.

    si avec ça......, on dirait un gateau type quatre-quart(surtout ne pas forcer sur le mélange Scientific American et Marx Brothers)

    ah il ne s'en va pas ? il va traduire ? merci

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