lundi 16 mars 2015

Libraire languide, accroche-toi à l'ombrelle timide de tes rêves complices

Faire l'éloge de la librairie, et des libraires, est une noble cause, et je ne suis pas le dernier à vous en chanter les radieux rayonnages. Mais quel taon arriéré a piqué l'écrivain Laurent Sagalovitsch? Sur son blog, que m'a signalé François Bon, je découvre son éloge, que dis-je, sa déclaration d'amour aux librair(i)es. Ici, une petite nuance: ce n'est pas parce qu'on aime les librairies qu'on aime tous les libraires. Il y a des libraires cons, comme il y a des écrivains cons, des livres cons, et même des lecteurs cons. Evitons l'angélisme, voulez-vous. Mais revenons au texte de Sagalovitsch. Il s'y livre à une défense passionnée, voire moite, de la librairie (contre Amazon, si j'ai bien compris), mais pourquoi le faire en se vautrant dans une mare de clichés aussi sexistes que poussiéreux? Est-ce la dimension polysémique (et excitante?) de la marque "Amazon" qui a poussé Sagalovitsch à troquer sa plume contre un vibrophone?

Parlant de Paris, il nous annonce d'entrée qu'elle est une "vieille dame fatiguée atteinte d’une vilaine et incurable attaque de goutte". C'est vrai que Paris n'a rien d'un fringant pervers cacochyme. Parlant d'Amazon, le voilà qu'il (en)file la métaphore sans prendre la peine de revêtir le moindre gant en latex:
"Tant il est vrai que tous les amazones du monde, aussi avenantes soient-elles avec leurs jambes parfaitement musclées et leurs torses puissants, ne remplaceront jamais les charmes si particuliers d’une librairie de quartier."
Ça y est. Ça. A. Dérapé. On a droit ensuite aux plaisirs et aux surprises que recèlent les librair(i)es, on est initié alors aux:
"succession d’attouchements discrets, de clins d’œil complices, de flirts équivoques."
Ah. Le livre, cette farouche petite chose. Mais, pour combattre Amazon, est-il souhaitable d'en venir à des analogies aussi grotesques que celle-ci:
"Une femme vulgaire, sans mystère, sans charme et sans trouble qui se laisse dénuder et tripoter par des grosses mains suintantes de billets de banque froissés en gloussant des rires hystériques."
Ouch. Amazon, cette pute.  Heureusement, face à la pute Amazon, il y a la sexy, la fausse prude, la jouvencelle:
"Une librairie, c’est une jeune fille timide qui joue de son ombrelle et attend, languide et rêveuse, que vous fassiez le premier pas."
La libraire, cette allumeuse. Je ne suis pas sûr que ça soit la meilleure façon de s'attirer les bonnes grâces des libraires, mais bon, pour Laurent Sagalovitsch, expert ès libraires-geishas, ce genre d'allégorie doit être censé jouer un rôle apologétique. Si j'étais libraire, j'ai une vague idée, à lire ce post affligeant, de l'usage que je ferais de mon ombrelle. Mais c'est peut-être parce que j'ai cessé d'être languide depuis belle lurette.

7 commentaires:

  1. J'entends ce qui vous derange (et ça n'a rien à voir avec les librairies). Mais à ce compte là, les hommes n'auront plus jamais à parler des femmes. Hugo a chanté la naïveté des jeunes filles, Baudelaire les femmes démoniaques. N'étaient-ils que d'horribles sexistes qui n'ont jamais aimé ? Sagalovitsch a apparemment ses goûts en matière de femmes. Et vous, quels sont les vôtres? Femmes mariées? Féministes hardcores? Femmes libres, bien sûr.
    Je pose des questions, seulement.

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    1. Maxime LILENFELD16 mars 2015 à 12:59

      Je pense que l'homme de la maison Cannibale entend simplement dire que lire n'est pas baiser n'est-ce-pas et que, à découvert désormais, il y a des hommes qui aiment et ne s'émeuvent que des autres hommes. Est-ce-donc à dire dans ce cas-là, que ces hommes n'aiment pas les librairies? On peut défendre les "offres modestes" de lectures sans mettre les femmes dans la turlupine. Imaginez que le même Sagalovitsch nous exsude soudain son amour des pâtisseries en pinçant la même corde de harpe! Hein! La religieuse, le baba au rhum, l'éclair etc "effluveraient" drôlement tout d'un coup non?

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  2. Laurent Sagalovitsch : un premier livre Dade City, quelque peu drole , j'avais aimé
    un second la canne de Virginia, plat
    depuis je ne le lis plus

    par contre lu ce samedi de chez Zulma Snapshots : nouvelles voix du Caine Prize
    petit livre (218 pp) rassemblant 6 nouvelles (snapshots) de 6 (jeunes, j'ai mis leur date de naissance) auteurs africains (qui en fait vivent aux USA). C'est dans la ligne du Brooker Prize (nouvelle entre 3000 et 10000 mots) en anglais d'un auteur africain)
    on croise donc Noviolet Bulawayo (81, Zimbabwe)
    Constance Myburgh (86, RSA)
    Chinelo Okparanta (81, Nigeria)
    Tope Folarin (82, Nigeria
    Olufemi Terry (72, Sierra Leone)
    Botimi Babatunde (76, Nigeria)

    il faudra vous faire à ces noms (seule la première auteur a déjà un livre traduit (Il nous faut de nouveaux noms, Gallimard) que j'ai d'ailleurs commandé

    ce qui frappe dans ces textes (tous bien écrits et bien traduits - Sika Fakambi-) ce sont deux choses
    - des textes violents (sans nul doute la violence de la vie - cf Nigeria ou Zimbabwe)
    - des protagonistes très jeunes (après 17 ans on sent que ce sont déjà des vieux - sans espoir)

    une écriture mure et sans clichés (bien sur il y a beaucoup de MFA aux USA derrière tout cela), mais c'est frappant de voir cette écriture africaine anglophone débouler dans notre vieux monde.
    j'avais déja été impressionné par lla liste des 20 under 40 du New Yorker il y a qq années (2010), qui avaient révélé ces 20 auteurs de moins de 40 ans. il y avait Chimamanda Ngozi Adichie (l'hibiscus pourpre, l'autre moitie du soleil, Dinaw Mengetsu (Les Belles Choses que porte le ciel)
    de la première, lisez Americanah qui vient d'être traduit par Anne Damour (Gallimard)
    déja une nigériane et ces espoirs de partir du pays (malgré ceux qui restent (cf Miracle de T Folarin)

    ca change un peu (même beacoup) du susdit L S (un laurent ca va, trois ...(même 5).....)
    un peu comme Gary Shteyngart (qui faisait parti des 20 under 40), ca lasse


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  3. lundi 16 mars 2015
    Libraire languide, accroche-toi à l'ombrelle timide de tes rêves complices
    http://towardgrace.blogspot.ch/2015/03/libraire-languide-accroche-toi.html

    Dans la défense maladroite de quelque chose d'essentiel, il me semble moins importante la maladresse (pour ne pas dire la bêtise) de la forme que la gravité du fond, qui est ci "la sauvegarde des librairies". Moi ce qui me choque dans le texte de Sagalovitsch est cette phrase: "Selon une récente étude, en l’espace de quatre ans, 83 librairies parisiennes auraient mis la clé sous la porte...". Comme il y a quelques jours m'a choqué un article lu dans El País, qui expliquait qu'en 2014 ont fermé en Espagne 686 librairies, 2 par jour ouvrable.

    http://cultura.elpais.com/cultura/2015/03/04/actualidad/1425453103_819705.html

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  4. "Une librairie est une des rares preuves qu'on peut avoir aujourd'hui que les gens réfléchissent encore".
    (Jerry Seinfeld)

    Et à propos de librairies et de sexisme:

    "C'est une librairie féministe. Il n'y a pas de rayon Humour".
    (John Callahan )

    ;-)

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  5. 15:44 Nothomb élue à l'Académie belge

    la souscription pour son épée (foireux, sur fond de toile cirée) est ouverte

    comme disait qqun : les emmerdes ça vole en escadrille

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  6. Trop d'honneur mon cher Claro. J'ai pas tout compris mais ça doit être très bien.
    Amicalement
    Saga en personne

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