lundi 2 mars 2015

Homosexualité et zoophilie: la fièvre de Monsieur Noguès

Récemment, Louis Noguès, conseiller municipal FN du Mans, apparemment effrayé par "l'emprise du lobby LGBT" dans sa région, s'est permis de comparer homosexualité et zoophilie. Ce n'est pas la première fois qu'un rapprochement est fait entre des rapports sexuels avec une personne du même sexe et des rapports sexuels avec un animal. Cette comparaison est "intéressante", car elle en dit long sur celui qui y recourt. Ce qui est "intéressant", c'est qu'on sent bien que celui qui parle de zoophilie imagine (en gros) un homme en train d'enculer une chèvre (pour prendre un exemple susceptible d'être visualisé, car imaginer un cunnilinctus avec un phasme requiert une imagination un peu plus élaborée). La suspicion de bestialité qui plane, dans l'esprit du censeur, sur le rapport homosexuel, et qui semble ne concerner à ses yeux d'ailleurs que la population mâle (comme si gamahucher une loutre était, répétons-le, plus difficilement envisageable), semble reposer finalement sur un jugement de type chrétien : qui ne baise pas pour se reproduire agit en animal, ce qui est somme toute un paradoxe puisque précisément les animaux sont poussés en bonne partie par l'instinct de reproduction quand ils s'accouplent (même les phasmes). Mais cette comparaison, bien sûr, est avant tout induite par une association encore plus primaire: homosexualité = sodomie = bestialité. Association à laquelle vient s'ajouter, cela va de soi, la notion d'abus, donc, de viol, de violence. Bête = brute. L'animalité contre la conjugalité.

Mais ce sont moins ici les fluides que le langage qui nous intéresse. En effet, le mot de "zoophilie" opère à la façon d'un cache maladroitement apposé. Ce mot "savant" recouvre, il me semble, celui qu'on aimerait laisser résonner en sourdine, à savoir le mot de "pédophilie". Mais la pédophilie est un crime, alors que l'homosexualité n'en est plus un au regard de la loi (c'est récent, d'ailleurs). On a donc affaire, aux yeux de l'homophobe à une population d'autant plus dangereuse qu'elle est adulte et consentante (et désormais dans son bon droit). D'où le recours à l'image de la zoophilie, la question du consentement n'étant pas de rigueur (linguistiquement du moins) en ce qui concerne les animaux.

Pourtant, la zoophilie – dont la dimension est essentiellement fantasmatique, ne rêvons pas – renvoie à un rapport tout sauf homosexuel. Considérons si vous le voulez bien ses critères: un rapport sexuel brutal, rapide, initié par le mâle, perpétré sur un être qui n'a pas (droit à) la parole, un être bien souvent corvéable, jugé disponible à tout moment, afin de soulager une pulsion sexuelle masculine; une conception du "partenaire" comme un être inférieur, doté d'orifices mais privé de raison avec lequel néanmoins, propriété oblige (contractuelle ou non) on entretient des rapports continus et parfois même affublé des oripeaux de l'affection. Ce genre de conception de l'Autre ne vous rappelle rien, messieurs

Voilà sans doute pourquoi la comparaison homosexualité-zoophilie parle à ceux qui associent la virilité à l'hétérosexualité. Plus bêtes que nature, ils s'imaginent que l'on cherche à les imiter, voire à les parodier. Car en gros, leur argument se résume à ceci : "Nous avons le droit de traiter nos femmes comme des chiennes. Si vous dérogez à ce modèle, alors nous dirons que vous faites le contraire: que vous traitez vos chiennes comme des femmes."

Accessoirement, et pour en finir avec cette délicate question, je propose qu'on enferme Louis Noguès pendant dix jours avec un bonobo. Après ça, il ne marchera plus droit, certes, mais ça élargira, entre autres choses, ses horizons.

3 commentaires:

  1. Moi je l'enfermerais plutôt avec un dogue allemand (mâle, bien évidemment) en rut, le bonobo est trop gentil pour lui !

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  2. J'ai une requête à vous faire : pouvez-vous indiquer la source des images qui illustrent vos articles ? Souvent étonnantes, j'aimerais si possible en connaître l'origine.
    merci pour ce blog

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  3. ah bon, la sexualité avec des phasmes n'est pas conforme aux bonnes moeurs ? et dire que j'ai connu des profs de sciences naturelles qui en élevaient dans les collèges. Mon Dieu, qu'enseigne t'on à nos têtes blondes dans cette école du diable (dirait on en Bretagne). C Boutin, boute nous ces zoophiles de nos établissements...
    et dire que pendant ce temps, nos députés et autres élus se livrent à la sodomie de diptères en toute liberté (et cela passe sur Public Sénat, au vu de tous)...
    (ce qui montre entre autres, que la zoophilie n'est pas limitée aux hommes)
    ah il est beau notre pays

    quant aux suggestions : bonobo ou dogue allemand (pourquoi spécialement allemand ? un vénitien ne conviendrait il pas ?)... pauvre singe

    heureusement que canal plus (et A de Greef) nous avait introduit dans l'intimité du mouton (au grand bonheur de H Bourges et des membres (tiens ?) du CSA qui avaient eu ainsi l'occasion de s'instruire

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