mercredi 11 février 2015

La phrase du jour : étreinte et moiteur

En lisant le blog de Pierre Maury, je tombe sur cette phrase, qu'il cite dans un article consacré au roman dont elle est extraite:
"À l'étreinte furieuse se mêlaient aussi leurs souffles exaltés, jusqu'à ce que les forces leur manquent et qu'ils s'endorment dans la moiteur des draps." (Marc Levy, Elle et lui, éd. Laffont)
Bon, outre le fait, relevé par Maury, que le titre du livre réussit l'exploit de citer discrètement deux magazines modernes, qu'en penser? Est-ce l'adjectivisation qui rend cette phrase possiblement ridicule? Essayons sans:
"A l'étreinte se mêlaient aussi leurs souffles, jusqu'à ce que les forces leur manquent et qu'ils s'endorment dans la moiteur des draps."
Hum. A moins que l'article possessif alourdissent les choses? Sans compter ce "aussi", assez mal placé convenons-en. Essayons sans:
"A l'étreinte se mêlaient les souffles, jusqu'à ce que les forces leur manquent et qu'ils s'endorment dans la moiteur des draps."
 Reconnaissons que le "jusqu'à ce que" manque d'élégance, et que les "que" peinent à faire s'envoler la phrase. Essayons sans:
 "A l'étreinte se mêlent les souffles, les forces leur manquent, ils s'endorment dans la moiteur des draps."
Cette "moiteur des draps" ne passe pas, rien à faire, essayons sans:
"A l'étreinte se mêlent les souffles, les forces leur manquent, ils s'endorment dans la moiteur."
 On y est presque. Mais bizarrement, ce "les forces leur manquent" sonne bizarre, on le dirait traduit du latin, virons-le:
"A l'étreinte se mêlent les souffles, ils s'endorment dans la moiteur."
 Réflexion faite, on a du mal avec ce "mélange" d'étreinte et de souffle, unissons-les:
"Etreinte et souffles, ils s'endorment dans la moiteur."
Là, c'est un peu bizarre, syntaxiquement parlant. On peut faire mieux:
"Etreinte, souffles, moiteur."
N'est-ce pas un tantinet télégraphique, un peu sec? Il faudrait redonner de la chair à cette phrase, lui rendre aussi la notion du temps, du rythme. Je propose donc, non sans audace:
 "À l'étreinte furieuse se mêlaient aussi leurs souffles exaltés, jusqu'à ce que les forces leur manquent et qu'ils s'endorment dans la moiteur des draps."
Comme quoi, ça vaut la peine parfois de se fouler un peu pour arriver à une phrase qui tienne la route…

6 commentaires:

  1. Bon écoutez Claro, si c'est pour en revenir au point de départ je vous confierais un manque d'exercice de style ou comptable, une absence de volonté, un désert d'ambitions, bien évidemment ce genre de culture physique pour un transport des âmes appelle à un minimum de résistance lui-même entretenu par une pratique régulière un peu comme on dérouille le capital neuronal ou neuro-végétatif en le trempant every day dans le bain de la pensée alignée comme un régiment apprêtée au combat. La chair est triste et ne lit plus les livres, j'ai raté une station , mon orbite erre autour de nulle part pour être assuré de n'y rencontrer personne, étendre comme une couche de peinture quelque-chose neutre réceptif à l'aurore.

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  2. Hilarant ! Peut-on avoir la même chose avec G. Musso ? (Ah mais suis-je bête, c'est exactement la même chose !) Et on voudrait nous faire accroire qu'il y a des lecteurs pour de telles inepties ? Ce n'est pas possible, toutes ces piles de volumes qui s'entassent dans les librairies vont finir AU PILON ! (et même en papier recyclé, je ne suis pas sûr d'en vouloir...)

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  3. "Etreinte, souffles, moiteur.": c'est encore trop ample, trop ampoulé, trop "lyrique" dans le pire sens du terme...N'ayons pas peur de dégraisser jusqu'au bout, je propose donc de s'en tenir à "Souffles, moiteur" qui évoque subtilement l'étreinte sans la nommer, meilleure solution pour qui pense que la littérature, c'est la métaphore, et le reste du remplissage...

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    1. " je propose donc de s'en tenir à "Souffles, moiteur"..."

      Mais non, "c'est encore trop ample". Dégraissons un peu plus: "Souffles". Trop ampoulé encore. Je propose, donc: "Sou".

      Et nous voilà arrivés à l'essentiel de la "littérature" de M.L.

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  4. J'efface "Pas chères", pour faire Nand...

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  5. L'accord des temps ! missent et manquassent !

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