jeudi 22 janvier 2015

La vérité si jument

Un article paru dans La Tribune de Genève, consacré au classement des meilleures ventes de livre en France, peut-il faire rêver? Oui, surtout si vous êtes membre d'un club hippique ou passez vos dimanches matins au PMU du quartier. L'écrivain serait-il travaillé par un devenir-cheval? Y aurait-il en lui, dissimulé entre ses flancs haletants et tressautant de sueur, un cœur qui bat au rythme des coups de cravache du jockey, son éditeur? Des questions désormais assorties d'une réponse, grâce à l'article sus-mentionné.

On y apprends que, dans ce fameux "classement des meilleurs vendeurs francophones de livres GFK-Le Figaro" – je précise pour les non-initiés dont je suis que le groupe GfK (Gesellschaft für Konsumforschung) est le plus grand institut d'études de marché et d'audit marketing d'Allemagne –, Marc Levy "s'arc-boutait aux première et deuxième place". Que Pancol "s'est faufilée derrière" Musso. Mais attention, l'auteur de l'article est féru d'éthique, et il prend soin de nuancer:
"Au-delà de son mercantilisme trivial, ce coup de sonde annuel dans la littérature en dit long."
La formule est un peu proctologique, mais passons. Il repart ensuite au triple galop dans cette veine délicieusement chevaline: "Modiano débarque royalement à la sixième place"; "Pancol persiste à chatouiller le trio de tête"; "Pierre Lemaitre s'incruste à la neuvième place"; "Salvayre reste en rade"; "Emmannuel Carrère, cavalier seul, manque de peu son entrée dans le classement." Un royaume pour son cheval ! aurait-il pu dire, au point où il en était.

Hi-han, opinerait-on presque. Mais sans trop s'étonner. Car le topos hippique est récurrent depuis longtemps dès qu'on parle, après la "course aux prix", de qui caracole en tête des meilleures ventes. Ce parallélisme, qui n'a rien d'offensant (sauf pour les canassons, peut-être), est-il inévitable? Ne pourrait-on pas trouver d'autres images, d'autres métaphores, d'autres analogies? Oui, à qui pourrait-on comparer des écrivains rivalisant d'audaces stylistiques pour séduire le plus grand nombre? (Arf) Quel autre sport invoquer pour décrire ce désir de fendre la foule et d'accaparer le podium ? Hormis le cheval, quel animal pourrait rendre vive l'image d'un auteur suant corps et âme pour franchir le premier la ligne d'arrivée?
Le phasme? Le dauphin? Le crotale ? Le rhinopithèque? L'axolotl? Le panope? 
Ok, on garde le bourrin.

4 commentaires:

  1. et des raisons personnelles et littéraires (ô Cortázar!), j'opte pour l'axolotl...

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  2. Dans la même Tribune de Genève, hier, il était question du marché des transferts (ou du mercato des écrivains): http://www.tdg.ch/culture/livresediter-france-reve-americain-ecrivains-romands/story/24041096

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  3. Merci ô professeur de français dont j'ai oublié le nom qui m'a fait découvrir Cortázar au collège !

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  4. Moi j'hésite entre le pleurodele et le dendrobate...

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