mardi 11 février 2014

Comment prédire le succès d'un livre: de la stylométrie considérée comme un bazar

Vikas Ganjigunte Ashok, Song Feng et Yejin Choi: Retenez bien ces trois noms. Ce trio de chercheurs américains risque de devenir plus  célèbre et plus utile que leurs astucieux prédécesseurs, Riri, Fifi et Loulou. En effet, avec l'aide du Département de Science informatique de la Stony Brook University, ils se sont attaqués scientifiquement, à un projet d'envergure, qu'ils ont même menés, les coquins, à bout: Prédire le succès d'une œuvre littéraire! Et on peut lire les fruits de leur travail dans un document intitulé Success with Style: Using Writing Style to Predict the Success of Novels. Quels critères ont-ils retenus pour établir l'algorithme magique qui devrait épargner aux éditeurs de publier des livres qui ne rencontrent pas de succès critique? Oh mais c'est très simple.
D'abord ils ont pris en compte les facteurs susceptibles d'expliquer un succès littéraire: 1/ la qualité intrinsèque d'un livre (son intérêt, sa nouveauté, son style, son intrigue); 2/ les facteurs externes (contexte social, chance). Miam. Mais comment définir cette histoire de succès? Ah, c'est très simple, là aussi, on va "se baser sur le nombre de téléchargements effectués à partir du site Projet Gutenberg" (40 000 œuvres dans le domaine public…), mais on va également tenir compte des récompenses littéraires accordées (Pulitzer, Nobel…) ainsi que des meilleures ventes d'Amazon. Et ce n'est pas tout: on va étudier grâce aux statistiques quels éléments stylistiques sont garants du succès, ce qui permettra d'établir un indice stylométrique [sic]. Avec tout ça, on va pouvoir arriver à un taux de prévision assuré de 84%. Qui dit mieux?
Résultat des courses: les livres qui ont le plus de succès sont… les mieux écrits et les plus intéressants. Même si parfois certains auteurs foutent le boxon, comme Hemingway qui est connu mais écrit des phrases simples, ce qui leur a un peu compliqué la tâche, ainsi qu'ils le reconnaissent.  En gros, les livres à succès recourent davantage à des verbes décrivant le processus de réflexion (reconnaître, se souvenir) et des verbes signalant une citation (dire); ils utilisent également plus souvent les prépositions. C'est ainsi que, ô miracle, Richard Ford réussit à l'emporter sur Dan Brown.
Bon, ça marche surtout avec les livres qui ont déjà eu du succès, mais apparemment ça peut servir à prédire lesquels, à l'avenir, viendront rejoindre le rang des meilleurs. On en frémit d'avance. Prions juste pour que cette étude ne tombe jamais entre les mains de certains écrivains. Je vois ça d'ici: Florian Zeller ou David Foenkinos se mettant soudain à faire des longues phrases articulées, pleines de verbes de plus de deux syllabes qui distillent un sentiment de réflexion intense!!  Au secours!!!!

2 commentaires:

  1. et alors moi, je vais te rechercher ça, que dans le genre, j'avais trouvé bien drôle http://blog.tcrouzet.com/2012/12/08/sermonner-jerome-ferrari/
    et ho, surprise, le clavier hyperlié dedans...

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