mercredi 8 janvier 2014

Prix ô piège: la révélation du siècle

L'heure est grave. Je dirai même plus: elle est noire. Ce jour est donc à marquer d'une pierre noire et grave. Tout allait bien dans le meilleur des milieux littéraires possibles, la rentrée affluait à peine sur les étales des libraires, la presse se précipitait déjà sur les pépites imprimées et voilà qu'un ouvrage vient tout dévaster, tout arracher, tout laminer. Une vraie larme de fond dont les longs sanglots inondent et délugent (oui, je sais, le verbe déluger n'existe pas, merci) les rafiots de mots qui déjà cinglaient courageusement vers la gloire. En effet, Claude Durand, ex-PDG de Fayard, vient de faire paraître sous pseudonyme un roman* dans lequel il…
Stop! Mais comment sais-je que l'auteur de ce livre est Claude Durand puisqu'il l'a signé d'un pseudonyme? Ah, mais c'est que Claude Durand ne se cache pas de l'avoir écrit lui-même sous pseudonyme. Késako? Serait-on en présence d'une nouvelle forme de pseudonyme? Un nom censé caché un autre nom mais qu'on a, tel un loup de Venise en verre, rendu transparent? Dans quel but? Eh bien, on ne sait pas trop. Dissociation de la personnalité? Jeu de piste pour enfants? Schizozottement?
Bref, revenons à ce livre-ouragan dont personne ne sortira indemne. En effet, dans ce roman à clés et serrures, l'auteur, qui connaît bien son monde, a décidé de déclencher l'apocalypse. (Je rappelle que "apocalypse", étymologiquement, signifie "révélation".) Et donc de révéler, sans le moindre scrupule ni aucune pudeur, et avec force détails et anecdotes, cette vérité qui nous tombe sur l'occiput comme le ciel sur la tête des Gaulois: les prix littéraires sont… truqués!!!!
Hein? Quoi? Est-ce possible? Ahhh! Das ist sehr traurig. Désormais, plus rien ne sera jamais comme avant. Finie notre innocence, adieu notre désinvolture. Ce qui de tout temps nous avait paru de nobles et audacieuses délibérations visant à distinguer avec la plus infime marge d'erreur les véritables novateurs de l'écriture contemporaine… n'étaient en fait qu'odieuses conspirations et vénales manipulations. On tombe de haut. On s'arrache les cheveux, les yeux, les os, les molécules ! Fatalitas! Puis, on sourit. Et si ce n'était qu'un canular? Ouf, tout va mieux. (En attendant, continuez à faire l'amour et à lire, c'est bon pour le karma.)
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P.-S. Pendant ce temps, 300 libraires ont créé leur propre prix – S.O.S Libraires – afin de réparer les injustices dues à ce système vérolé, et paf!  voilà Valentine Goby et Jaume Cabré primés.)

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* J'aurais voulu être éditeur, de François Thuret, postface de Claude Durand, Albin Michel, 232 p., 18 euros.

2 commentaires:

  1. Le livre date de 2010... C'est le Post à remonter le temps!

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  2. Maxime LILENFELD8 janvier 2014 à 14:55

    Troublegotte!! J'allais faire la même remarque que "Anonyme". Thuret-Durand après franchissement du Seuil,va se faire tant bien Grasset les pattes (Ah! C'est lui-même qui dit que tout est pipé!) qu'il évoluera bon Fayard où il restera même après effet de porte à tambour. Il ne confesse pourtant pas comment s'est passé l'obtention pour lui du Médicis. Mais je suis parfaitement d'accord pour que le présentoir désordonné ait relâché cette sur-bûche devant le Zicre de cette maison! Ca me donne une bonne occasion de me gondoler devant sa pratique du footage de face! Appuyez bien les crampons!!! Merci!

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