mardi 28 janvier 2014

Paul Auster : en avoir ou pas

Le 16 janvier dernier, à la Morgan Library de New York, au cours d'une conversation avec Isaac Gewirtz, l'écrivain américain Paul Auster a découvert une catégorie particulière d'écrivains: les "boy writers". C'est en tout cas ainsi qu'il a présenté la chose:
"une catégorie qui, je crois, est… existe, et que j'appelle une boy's literature. Boy writers. Et Edgar Allan Poe est un boy writer de la même façon que Thomas Pynchon est un boy writer, de la même façon que Borges était un boy writer..."
Boy literature, vraiment? Boy writer? Diantre! Veut-il dire littérature pour garçons, ou faite par des garçons, ou plus vraisemblablement les deux? Oh, boy… Heureusement, Auster s'explique sur le sens à donner (prêter?) à cette expression:
"Par boy writer j'entends: quelqu'un de surexcité, qui prend vraiment son pied en faisant le malin, en s'adonnant à des énigmes, des jeux, des… et vous croyez entendre ces boys glousser dans leurs chambres quand ils écrivent une belle phrase [a good sentence], c'est pour eux une telle aventure. Et les boy writers sont ceux que vous lisez, et vous comprenez pourquoi vous aimez à ce point la littérature."
Quelle drôle de perception de la littérature! Les grands écrivains considérés comme des petits gars malins, hyper excités par les phrases qu'ils forgent dans l'intimité un peu bordélique de leur chambrée, tels des garnements expérimentant avec leur boîte de parfait petit chimiste… Une vision "bleu" de la littérature, un truc de mecs, quoi. Oui, parce qu'écrire des phrases épatantes, ça réveille en vous le petit gars débrouillard. Jouer avec la langue, c'est pas un truc de filles, apparemment.
Comment traduire, alors, ce "boy writers"? Les écrivains couillus? Non, ça fait trop Hemingway. les écrivains-mecs ? Bof-bof. Les petits gars littéraires? Non, décidément, ça ne marche pas non plus. D'ailleurs, pour tout dire, on n'a pas vraiment envie de traduire cette expression. On préfère la laisser à Paul Auster, en l'état. Brave garçon, va.


2 commentaires:

  1. Bizarre, c'est plutôt Auster que je vois gloussant et se frottant les mains après avoir trouvé une énième variation sur le motif de la chambre et la polysémie du mot "confinement". Une littérature de vieux garçon. Par contraste, le boy-writer ou écrivain-garnement (boys will be boys) est facétieux (sans être factice).

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  2. Cela me fait penser à Brassens qui se défendait d'être un poète, mais "un habile parolier". Gare au gorille !

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