jeudi 28 novembre 2013

Rey au milieu: du cul en ligne

La chose est entendue: écrire c'est bien, mais vendre c'est mieux. Certains écrivains l'ont si bien compris qu'ils n'hésitent plus à se transformer en homme-sandwich – ou plutôt en homme-burger vu la saveur de ce qu'ils vendent. Sulitzer agitant la plume flaccide d'un Mont-Blanc gorgé d'encre anémique; Foenkinos faisant la retape pour Nespresso, sans doute conscient que son talent tient dans une capsule perforée; Beigbeder posant, le torse aussi glabre que sa prose, pour les Galeries; Véronique Ovaldé réussissant ô miracle à épeler le mot Twingo… A qui le prochain? se demandait-on, intrigué par cette reconversion décomplexée des cancres en épouvantails.
A Nicolas Rey! Lequel nous offre trois nouvelles "hyper sexy" par le truchement de la marque de sous-vêtements RougeGorge. Il vous suffit d'aller sur le site de ce dealer de lingerie coquine pour décharger, pardon!, pour télécharger les trois textes écrits par l'immortel auteur de… de… ah zut, comment ça s'appelle déjà? Ah oui: Mémoire courte. Comme nous l'explique gracieusement la marque RougeGorge:
"L'auteur a imaginé des nouvelles érotiques dont les scénarios ne manqueront pas d'inspirer celles et ceux qui aiment la lingerie sexy."
Imaginé? Pire que ça: il les a écrites. S'il vous prend l'envie d'acheter un body Interlude ou une nuisette Inouïe, vous pourrez donc vous plonger dans la prose moite de l'écrivain Rey. Bon, pas sûr que ça vous procure une trique aussi avantageuse que le deal que l'auteur a dû conclure avec le vendeur de slips noirs et rouge:
"J’embrasse lentement ses cuisses, puis son sexe, puis j’insinue lentement ma langue entre ses lèvres. Nous savourons ces moments qui précèdent l’acte sexuel. Pour me montrer qu’elle aime ça, Mathilde relève ses jambes et les tient écartées avec ses mains derrière les genoux."
Deux "lentement" dans une phrase vite torchée: belle astuce! Y a même une vidéo associée où le petit Nicolas déballe des cartons de slips en improvisant des phrases brodées de mots… Je précise toutefois que ces giclées d'encre sont interdites au moins de dix-huit ans. Ouf. Qui aurait en effet la cruauté de proposer à un mineur découvrant la littérature cette prose si torride qu'elle nécessiterait au moins six jours pour faire cuire dessus un quart d'œuf de caille? Enfin, ne nous plaignons pas. La pub est un formidable révélateur. Grâce à son pouvoir attractif, des écrivains culottés ont, à l'instar du string, franchi la ligne – et les voilà désormais coincé entre les miches jumelles de la gloriole et de l'opportunisme. Bon vent, a-t-on presque envie de dire…

8 commentaires:

  1. "qui précèdent l’acte sexuel"

    lol

    En voilà un qui ne doit pas connaître grand chose au tantrisme.

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  2. Mais bon sang, qui est-ce, Nicolas Rey? (jamais entendu parler - preuve irréfutable, s'il en fallait, que je continue à lamentablement passer à côté de ce qui se fait de meilleur dans la prose contemporaine comme dans la lingerie fine...)

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  3. Ce commentaire a été supprimé par un administrateur du blog.

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  4. En voilà de la surprise!!!! Se voir couper les pattes par un "âââââdiministrateur" du blog!
    Bigre! Faire le ménage à l'eau bénite dans la concession de Claro!!!!????
    Mazette!!! Heureusement que les rencontres de visu avec le proprio ont lieu. CENSURE!!!??? ICI? Plus d'un promeneur du site sera escarbillé! Où le proprio s'impose en vrai loup de mer, voici qu'officie en délégation pour lui, un genre de scombéroïde mal-lisant! Même pas lol! Juste TRISTE!!! Pas ICI!

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    1. Et si on se calmait un peu. Il fait beau, les oiseaux chantent, et personne ne vous veut du mal.

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  5. Trop forts les publicitaires (auto fictif 2096)
    Je n'aime rien tant...rien ne m'émeut tant

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  6. Je ne pensais pas rencontrer d'administrateur avec des ciseaux dans cette maison que je visite tous les jours. Je n'avais jamais laissé de commentaire avant, mais là, je suis un peu "chiffon" de voir cela. En plus j'avais lu le commentaire avant u'il ne disparaisse; il semblait plutôt affectueux et taquin.
    Je viendrai désormais moins souvent. Antoine (admirateur depuis le début du blog et Cosmoz en livre de chevet). So long!

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  7. Eh bien je suis ravi de savoir que malgré votre admiration pour mon roman et mon blog, vous viendrez moins souvent sur mon blog parce que je ne publie pas tous les commentaires. Seule la lucidité critique nous sauvera de l'engouement aveugle.

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