mardi 18 juin 2013

Le communisme, l'hypnose et les Beatles

En France, nous avons eu Jean Royer, le "père la pudeur", ce maire-instituteur tourangélique qui partit en croisade contre l'endroit douteux où se croisent les pattes du X pornographique, et sous le nez duquel, en 74, une fille immunisé contre le rhume oculaire agita deux seins joyeux. Eh bien, aux Etats-Unis, ils ont eu David Noebel. Un pasteur d'une trempe peu commune qui passa sa vie à essayer de prouver que les communistes représentaient un danger pour les Etats-Unis (ah, qu'il est cool de prêcher des convaincus…). Noebel était en particulier sensible à la musique pop, qu'il soupçonnait d'être une arme des Rouges pour assujettir l'ado wasp. Et donc, en 1962, il fit paraître un court pamphlet (26 pages) – "Communism, Hypnotism And The Beatles" – pour expliquer au monde que
La faculté des Beatles à pousser les jeunes à se déshabiller et se déchaîner a été testée et approuvée en laboratoire. La science lui a donné le nom d'hypnose de masse et de névrose artificielle.
La Croisade chrétienne de saint Noebel exigeait une telle rigueur. Il était clair que les Beatles, manipulés par le Kremlin, étaient venus aux Etats-Unis sous forme humaine et vinylesque pour détourner le jeune yankee de la vraie voie. Noebel conseilla donc à ses ouailles de jeter les disques des Fab Four, afin de veiller à ce que le dangereux quatuor
ne détruise pas la stabilité émotionnelle et mentale de nos enfants et, au final, notre pays, comme nous a mis en garde Platon dans sa République.
Je n'ai pas retrouvé le passage où Platon conspue Ringo, mais j'avoue que ce Noebel n'avait peur de rien. Il publia peu après un autre pamphlet intitulé Rhythm, Riots and Revolution, un titre qui ma foi balance pas mal.
Comme à chaque fois qu'on est confronté à un exemple patent de paranoïa galopante, on ne peut s'empêcher de se poser la pernicieuse question: Et s'il avait raison? Si les Beatles étaient des agents communistes déguisés? S'ils pratiquaient l'hypnose de masse pour subvertir le peuple américain? Mais dans ce cas, un truc cloche. Car il semblerait que le message convoyé par nos quatre ludions n'entre pas franchement en harmonie avec la doctrine khrouchtchevienne, sauf à trouver un parfum marxiste à des chansons comme "Why don't we do it in the road" ou "Obladi Oblada" (en russe, "obladi" veut dire "redistribuer les richesses de façon équitable" – nan, je déconne).
Alors, qu'est-ce qui motivait des types comme Noebel? La haine d'une certaine musique? Ou la jalousie, en voyant tous ces zozos leur voler leur public et faire sur lui cet effet qu'aucun discours chrétien ne parvenait plus à déclencher ? Mais Noebel n'en avait pas fini avec les Beatles, il écrivit encore deux autre bouquins sur la question:  The Beatles: A Study in Drugs, Sex and Revolution (1969) and The Legacy of John Lennon: Charming or Harming a Generation? (1982).
Admirons en tout cas la pugnacité d'un homme persuadé que les Russes avaient inventé le rock. Reste à savoir si en Russie, il existe un Noebelski persuadé que les Pussy Riots seraient… Non, rien. Arrêtons de délirer.

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Merci à Laure Limongi de m'avoir envoyé l'image de couverture du bouquin de Noebel.

1 commentaire:

  1. Décidément, rien de ce qui est humain ne vous est étranger.

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