lundi 6 mai 2013

Bio dégradée: Bravo Folio


Le passage en poche, qui est souvent pour l’auteur un moyen de toucher un plus large public, comporterait-il d’autres avantages, dont celui qui consiste à ne pas vieillir, à rester soi-même à jamais tel qu’on l’était à l’instant où on le fut ? On est donc en droit de se poser la question. Quand un livre passe en poche, doit-il conserver les attributs de son présent périmé ou laisser se graver sur sa peau nouvelles les rides que le temps, ce farceur, s’ingénie à y imprimer ?
Mais assez de vagues considérations. Je sens bien que le lecteur de ces lignes exige du concret. Voilà : J’ai acheté récemment l’édition en Folio de Comédie classique de Marie NDiaye, que j’avais lu lors de sa sortie en 1987 aux éditions P.O.L. L’achevé d’imprimer de ce poche porte la date du mois de janvier 2013. Il a d’ailleurs déjà fait en 1988 l’objet d’un premier passage en Folio, ainsi que le précise obligeamment l’achevé d’imprimer (auquel on ne demandait rien, au fait).
Pourtant, quand j’ouvre le livre, je suis accueilli très vite par une courte biographie de l’auteur. La voici :
"Marie NDiaye est née à Pithiviers en 1967 d’une mère française et d’un père sénégalais. Elle poursuit actuellement des études de linguistique en Sorbonne. Elle a publié Quant au riche avenir aux Editions de Minuit. Comédie classique est son deuxième roman."
La date de naissance de Marie NDiaye ne risque pas de changer, certes, pas plus que ses origines (qu’on nous détaille avec précision, pour des raisons qui m’échappent, alors que la bio ne fait que quatre lignes et quelque…) ou le fait que ce livre est son deuxième roman. Mais bon, j’espère pour l’auteur qu’elle a achevé ses études de linguistique ! Moi ça me paraîtrait long, vingt-six ans sur les bancs de la Sorbonne…
Allô, Gallimard ? Je voudrais parler à Folio. Ah, Folio, bonjour, je voulais savoir s’il y avait une raison philosophique au fait que vous conserviez en l’état la bio des auteurs que vous pochisez ? Non, je vous dis ça, parce que je rêverais d’ouvrir un livre imprimé hier qui m’apprendrait que Artaud n’est pas mort et qu’il va même peut-être jouer le rôle de Marat dans un film. Ça me donnerait de l’espoir. Ou une autre raison de rire.

3 commentaires:

  1. Bigre, on a intérêt à revoir nos modes de réimp en coll de poche avant que tu nous épingles nous aussi... MDdAS ;-)

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  2. Cher Clair Cannibale

    Il s'agit sans doute de l'effet dit de « La-Femme-changée-en-bûche ».

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  3. Dans tous les folio de W. G. Sebald, la bio est ainsi formulée : "W. G. Sebald est né en 1944 à Wertach, en Bavière. Il vit et enseigne la littérature à Norwich […]. W. C. (sic, uniquement dans "Austerliz") Sebald est mort en décembre 2001.

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