lundi 15 avril 2013

Justin goes to hell

On ne sait pas si Justin Bieber aura le temps de se rendre à Auschwitz pour y saluer 5 999 999 fans potentiels in absentia. Ce qu'on sait, en revanche, c'est que le Maison Anne Franck, via son porte-parole, a soutenu la petite phrase laissée par le chanteur dans le livre d'or ("Cela a été vraiment inspirant d'avoir été en mesure de venir ici. Anne a été une fille vraiment bien. Avec un peu de chance, elle aurait été un belieber"), et que ce soutien, elle l'a exprimé par les mots suivants:
"Nous pensons que ce qu'il faut retenir, c'est qu'un garçon de 19 ans soit venu à la Maison Anne Frank et y ait passé une heure un vendredi soir alors qu'il pouvait très bien faire d'autres choses à Amsterdam."
Bon, s'ils en sont à se féliciter d'avoir eu un visiteur qui, en temps normal, aurait dû aller fumer de la beuh dans un café, c'est un peu triste. Si Justin avait eu 25 ans et était resté deux heures un jeudi matin, est-ce que c'était mieux? ou moins glorieux? On ne sait pas trop en fait. Apparemment, cette histoire du vendredi soir a l'air importante. Surtout quand il s'agit d'un visiteur qui a vendu 15 millions de galettes. Certes, si les 35 millions de followers du kid s'intéressent demain à l'extermination des Juifs pendant la Seconde Guerre mondiale, on peut espérer un monde meilleur. Et oui, on voit ce qu'ils ont voulu dire, à la Maison Anne Frank : qu'importe qui nous apporte son soutien, et qu'importe la façon dont il l'apporte, du moment qu'il nous l'apporte. Face à l'oubli, un peu de renommée ne peut pas faire de mal. Et le contraste entre le talent tout relatif de ce pauvre, pardon, de ce riche garçon (qui a un actif de 55 millions de dollars), et la détresse des Juifs arrêtés, déportés et exterminés est forcément saisissant et pourrait même paraître obscène. Mais en fait non: son geste était important, comme on nous l'explique. Son geste, hélas, a juste consisté à écrire le mot "belieber", ce qui relève d'un humour (involontaire) assez douteux, voire très con – son geste n'a pas consisté, que je sache, à faire don d'un soixantième de sa fortune à une organisation luttant contre le racisme. Résultat, on parle de lui, beaucoup, et d'Anne Franck, un petit peu. A quand Lorie à Birkenau (un samedi soir) ?
Le devoir de mémoire n'est-t-il pas, aussi, un droit qui se mérite? Vous avez cinq heures pour méditer cette épineuse assertion. Cinq heures ou une vie entière. Vous pousserez la chansonnette plus tard.

4 commentaires:

  1. j'aime comme d 'habitude ...

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  2. On peut pousser la chansonnette tout de suite, pour pousser le cauchemar, le dégoût, la colère hors de soi (parceque "ne pas oublier", certains jours, c'est pesant)
    ...et heureusement que vous êtes là Claro avec votre vision limpide et précise comme un diamant (je dis pas ça à cause des Juifs hollandais hein !).
    Vous avez une façon de rendre la vie plus légère avec votre exigence, très bénéfique.

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  3. Je pense plutôt que la Maison Anne Frank voulait transmettre un message rassurant, du genre "le monde n'est pas complètement perdu, il y a encore des jeunes, même parmi ceux qui sont pas très malins, qui préfèrent consacrer leur précieux vendredi soir à s'instruire et à se recueillir en se rappelant l'histoire d'Anne Frank. Amen."

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