vendredi 13 avril 2012

Une fièvre sinon rien

J'avais l'intention de consacrer ce post à la fièvre, laquelle s'est abattue sur moi depuis deux jours tel un missile sol-air sur un petit enfant coupable de complicité passive, quand, mû par un noble souci de documentation, je me suis permis de consulter l'encyclopédie en ligne Wikipedia.

Et là, stupeur: 

"À ce jour –en 2010– il n'existe pas de définition précise universellement admise de la fièvre notamment du fait de difficultés concrètes de mesure en situation clinique (la température mesurée dépend du moment de la journée, de la proximité d'un repas, de caractéristiques environnementales)."

Soit. Parlons donc d'autre chose. Parlons des livres qui se vendent. Aux Etats-Unis, par exemple. En ce moment, le block-buster c'est la trilogie Fifty Shades, écrite par E. L. James. Ils se dirigent tranquillement vers le million d'exemplaires. Good for them. On s'est demandé ce qui pouvait bien susciter pareil engouement, et heureusement l'indispensable Christophe Greuet, du site culture.café.fr a fait le sale boulot (on le remercie) et nous dévoile la trame:

Le sujet de la trilogie Fifty shades a de quoi faire tourner plus d’une tête. Le livre commence par la rencontre accidentelle d’Anastasia Steele, une jeune étudiante de 21 ans, avec Christian Grey, le patron richissime, à seulement 27 ans, d’un empire des télécoms. Anastasia tombe immédiatement sous le charme des yeux gris et du corps de rêve de Grey. Une relation débute peu à peu entre eux, qui change toutefois de nature lorsque Grey annonce à la jeune étudiante, encore vierge, son plus lourd secret. Le beau chef d’entreprise avoue « ne jamais faire l’amour », mais « baiser durement » : Grey est un dominateur, et exige d’Anastasia qu’elle entre dans ses jeux sado-masochistes extrêmes. A son domicile, il possède une “chambre rouge de la douleur” équipée en chaînes, combinaisons de cuir et crochets. Pour plaire à son nouvel amant, Anastasia va plonger dans son jeu…
Le succès du livre, outre son contenu sulfureux, est, c'est révélateur, passé par la vente en format électronique. Parce que apparemment personne avait trop envie d'être vu dans le métro en train de lire des phrases du style "Grey obligea d'abord Anastasia à visionner pendant deux heures d'affilée des discours de George Bush" ou "Anastasia manqua jouir en découvrant que Grey écrivait aussi mal que son auteur". Hein? Quoi?

La fièvre, aurais-je pu vous dire, altère parfois votre lecture…

5 commentaires:

  1. C'est l'heure de l'alter ego ou celle qui désaltère… 

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  2. véritable illustration du sado masochisme j achète

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  3. E.L. James, encore un auteur qui se "fait confiance pour trouver des solutions en cas de blocage."

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  4. « L’amour est masochiste. Ces cris, ces plaintes, ces douces alarmes, cet état d’angoisse des amants, cet état d’attente, cette souffrance latente, sous-entendue, à peine exprimée, ces mille inquiétudes au sujet de l’absence de l’être aimé, cette fuite du temps, ces susceptibilités, ces sautes d’humeur, ces rêvasseries, ces enfantillages, cette torture morale où la vanité et l’amour-propre sont en jeu, l’honneur, l’éducation, la pudeur, ces hauts et ces bas du tonus nerveux, ces écarts de l’imagination, ce fétichisme, cette précision cruelle des sens qui fouaillent et qui fouillent, cette chute, cette prostration, cette abdication, cet avilissement, cette perte et cette reprise perpétuelle de la personnalité, ces bégaiements, ces mots, ces phrases, cet emploi du diminutif, cette familiarité, ces hésitations dans les attouchements, ce tremblement épileptique, ces rechutes successives et multipliées, cette passion de plus en plus troublée, orageuse et dont les ravages vont progressant, jusqu’à la complète inhibition, la complète annihilation de l’âme, jusqu’à l’atonie des sens, jusqu’à l’épuisement de la moelle, au vide du cerveau, jusqu’à la sécheresse du cœur, ce besoin d’anéantissement, de destruction, de mutilation, ce besoin d’effusion, d’adoration, de mysticisme, cet inassouvissement qui a recours à l’hyperirritabilité des muqueuses, aux errances du goût, aux désordres vaso-moteurs ou périphériques et qui fait appel à la jalousie et à la vengeance, aux crimes, aux mensonges, aux trahisons, cette idolâtrie, cette mélancolie incurable, cette apathie, cette profonde misère morale, ce doute définitif et navrant, ce désespoir, tous ces stigmates ne sont-ils point les symptômes mêmes de l’amour d’après lesquels on peut diagnostiquer, puis tracer d’une main sûre le tableau clinique du masochisme ? »

    Blaise Cendrars in Moravagine

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