lundi 18 juin 2007

Le théatre et la gaité


De passage à Paris en 2004 pour la sortie de son roman "La Famille royale", William Vollmann commençait l'écriture d'un long poème en prose, achevé deux ans plus tard à Sacramento. Le livre devrait paraître d'ici moins d'un an chez l'éditeur américain Void (éditeur entre autre de Cooper), accompagné de reproductions d'aquarelles faites par Bill. En voici le début, traduit en français, en attendant une éventuelle parution en France…

1.
Toi qui vois au-delà des toits, comment peux-tu savoir cela ? Avant de trouver le courage de boire le vin vert des jardins à la nuit tombée, je croyais qu’être de faction était une forme de constance, et j’allais même jusqu’à en tirer fierté. Et même si le dernier étage communiquait avec le ciel, jamais je n’y allai ; car, dans le Théâtre de la rue de la Gaîté, je vis un jour une pièce où ce que le récitant disait était vrai :
Osant fuir son dédale de réverbères et de briques, qu’il avait construit dans un élan altruiste et superficiel, un ingénieur s’envola par la fenêtre au moyen d’un engin improvisé. Son fils aimait voler, et c’est pour ça qu’il mourut. Pour être précis, il connut la dissolution entre les cuisses ignées d’une femme. Laquelle fut fécondée froidement par l’ingénieur. C’était une putain marocaine qui gardait son chemisier, et quand le fils caressa ses cheveux elle dit : Non, pas la tête ; ne touche pas ma tête. Quand il toucha ses fesses, elle grimaça et le réprimanda farouchement. C’est alors qu’il bascula dans la défunte luxuriance des feuilles de marronniers et s’écrasa contre la Tour de Jean Sans Peur. Mais revenons au père, dont le périple fut sans ambages : Elle le suça sèchement sans recracher puis, quand il la pénétra sur le lit, elle se contenta de râler et gémir de douleur. Au dernier moment, elle se redressa d’un bond et s’écria en grimaçant : on crève de chaud ! puis elle ouvrit la fenêtre et pissa dans le lavabo, les chevilles dégoulinantes de sueur. L’Algérienne et elle durent duper notre ingénieur, car quand le récitant demanda : Quelle est la couleur du désir ? ce dernier resta coi. Bien sûr, il n’avait pas le droit de pleurer la mort de son fils, sous peine de connaître un sort semblable. Et tous ces soirs où le ciel ne fut que menstruation, des ailes blanches se déployèrent dans la flamme de la bougie, mais ses yeux ne voulurent pas les voir. Prenant l’air pour de la terre, il expliqua : si je pouvais voir à travers le sol, je ne verrais que des ossements. Aussi tourna-t-il dans le ciel, célébrant son succès avec ceux dont les ventres sont des cimetières de vignes. On dit qu’il tourne encore, qu’il est poussière, herbe ou chair.

Quant à moi, je refusais de voler sans rien ressentir. Mieux vaut hocher la tête tel un pigeon, qui va et picore sans penser à rien ! Du fond de mon propre dédale, j’implorai : Si jamais une étoile voulait bien se donner à moi, faites qu’elle cesse de tourner. – Le récitant répondit : Mais alors elle aussi périrait dans les flammes, au lieu de végéter dans l’illusion du mouvement.

4 commentaires:

  1. Donnons un pequeño canto
    Pour célébrer le regreso
    De la tribuna de Claro:
    Olà, traducteur matelot!
    Pour maintenir ta barque à flot
    (Enfin, croit-on, le bon vaisseau?)
    N'oublie pas de jeter à l'eau
    Une ancre qui tienne à niveau
    Via l'encre étrange des réseaux
    Le grand esquif voilé de mots!
    (Tonteria signée Pedro)

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  2. Yes !
    The fool on the hill est get back !
    Let it be !
    Je vois des Lucy in the sky, flying toward grace.

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